Comme chacun a pu le constater en suivant les actualités récentes, le gouvernement de notre pays dévoile peu à peu une batterie de mesures destinées, d'une part, à moderniser nos institutions, et d'autre part à rendre plus performants les modes de fonctionnement de nos structures, dont les mécanismes sont aujourd'hui jugés impropres à défendre la position et les intérêts de notre économie dans un contexte international bâti sur des principes de concurrence sévère.
De fait, ces dispositions nouvelles concernent de très nombreux secteurs, et s'inscrivent dans une volonté affichée de réduire les dépenses, quitte à en payer le prix en termes de ruptures des pratiques régionales, avec les angoisses et les bouleversements sociaux qui peuvent s'y attacher. Dans cette ligne, on a pu observer ces derniers mois les difficiles négociations relatives aux définitions des nouvelles cartes judiciaires et hospitalières, et la question du maintien de certaines garnisons militaires s'insère de manière naturelle dans le même mouvement de redistribution des sites, des moyens et des personnels.
Ce vaste plan de restructuration, qui intervient dans le cadre des politiques publiques, prévoit la fermeture d'une trentaine de garnisons sur tout le territoire national d'ici 2012. Comme on pouvait s'y attendre, le quart Nord-Est du pays est au premier rang des régions concernées, et ce sont la Champagne-Ardenne et la Lorraine qui devraient faire les frais des efforts assignés à cette réorganisation d'envergure. S'appuyant sur des expertises traçant le nouveau visage de la menace extérieure, le "livre blanc", dont la publication est annoncée pour le mois de mai 2008, déterminera la loi de programmation militaire 2009/2012.
Le cas de notre région est bien entendu tout à fait spécifique sur ce point, eu égard à l'importance considérable des équipements et effectifs présents sur notre sol et dans nos murs. Les engagements notables de l'état sur le plan local, depuis des décennies, ne doivent naturellement rien au hasard, mais sont directement liés au caractère limitrophe de notre situation géographique. Les conflits répétitifs avec nos voisins allemands et la menace à l'est inhérente aux ambitions du bloc soviétique ont en effet, de manière bien légitime, motivé un renforcement sérieux de nos frontières, ainsi que le maintien de troupes opérationnelles capables de faire face à toutes velléités invasives.
Ces dernières années, le contexte géopolitique mondial a cependant beaucoup évolué, et chacun comprend, par exemple, que les menaces d'invasion allemande n'ont plus de réalité effective. Dans un même ordre d'idée, nous sommes aujourd'hui bien loin de la période noire de la guerre froide, et les avancées de la perestroïka replacent les relations est-ouest dans une perspective plus favorable. Dans ces conditions, l'idée selon laquelle le maintien de contingents importants aux portes du pays n'est plus une priorité a fait son chemin, et s'impose finalement comme une évidence, dont il convient de tirer des conséquences pratiques, chez nous comme ailleurs.
A cette étape de notre analyse, il n'est pas inutile de faire un point rapide des mesures qui, selon la presse et en particulier le Républicain Lorrain, seraient envisagées au niveau local. Pour commencer, il faut savoir qu'un document interne de l'Etat-Major de l'armée de Terre annonce la fermeture de la garnison du Pays de Bitche, et le transfert du 57 ème Régiment d'Artillerie à Montpellier. D'après des estimations, 1300 militaires, 120 employés civils et 100 familles seraient concernées par ce déplacement. Les disparitions de plusieurs autres garnisons sont également évoquées : la 13 ème RT (Régiment Terre) à Lunéville, le 53 ème RDP (Régiment Dragons Parachutistes) à Dieuze et la 8ème RA à Commercy. Selon un document de l'Etat-Major, la question se pose aussi pour le deuxième régiment du génie (RG), le premier régiment médical (RMED) à Châtel-Saint-Germain et le premier régiment du matériel de Woippy. La RMED serait, pour sa part, délocalisée à la Valbonne.
Notre position propre, qui peut être considérée comme plutôt privilégiée du point de vue des investissements particuliers consentis au profit des infrastructures militaires lorraines, a permis pendant des décennies à des commerces et des entreprises périphériques de prospérer. Dans ces conditions, on imagine sans peine les craintes et les résistances d'une frange de la population qui, déjà sinistrée du fait d'une récession de l'activité industrielle, voit disparaître des emplois, mais aussi des personnels qui étaient autant d'acteurs des affaires locales, investisseurs, consommateurs, et plus généralement protagonistes du dynamisme régional.
Aussi fondée que puissent sembler les inquiétudes précédemment évoquées, il est pourtant manifeste qu'elles ne sauraient être seules prise en compte pour déterminer les orientations sur lesquels nos politiques sont amenés à se prononcer. Les variations relatives à la localisation de la menace extérieure constituent une réalité objective dont il faut s'aviser, et il serait par ailleurs complètement déraisonnable de préconiser le maintien de garnisons militaires au prétexte que leur présence stimulerait l'activité économique environnante !
Cela dit, la nécessité incontestable de procéder à des évolutions ne doit en aucun cas justifier l'emploi de méthodes brutales et expéditives, faisant fi des aspects humains du problème. Dans la pratique, des sites seront supprimés, des personnes déplacées et déracinées, des commerces et entreprises mis en péril, et ces états de faits sont au moins aussi importants que les considérations géopolitiques que nous avons développées plus haut. D'autre part, parallèlement aux répercussions indirectes des restructurations, c'est aussi le nouveau visage de notre armée elle-même qui doit être un motif de préoccupation.
Pour commencer, il faut comprendre que la défense doit être envisagée de manière nouvelle. Pensée sous l'angle d'une force européenne, elle doit cependant ménager à chaque nation le sentiment de conserver son identité propre. D'autre part, la dissémination de l'armée sur l'ensemble du territoire en remplacement des localisations stratégiques traditionnelles, devenue caduques, répond à une réalité de terrain, et peut s'accompagner de regroupements inter-armées garantissant simultanément une efficacité fonctionnelle accrue, et des économies substantielles pour les finances publiques.
En ce qui concerne les personnes amenées à accepter des mutations, il faut, dans une certaine mesure, relativiser le problème lorsqu'on sait que le personnel engagé est, d'une manière ou d'une autre, contraint de manière statutaire à de multiples changements d'affectations au cours de sa carrière. Le cas des personnels civils des armées est en revanche plus délicat, et doit faire l'objet d'un examen particulier. Dans un même ordre d'idée, il faut, comme nous l'avons dit, se préoccuper des conséquences désastreuses d'une fermeture subite de sites militaires dans des régions dont les ressources s'articulent autour des installations et des personnes qu'on y emploie.
Disons-le clairement, ces difficultés ne doivent en aucun cas être appréhendées froidement comme de simples paramètres parmi beaucoup d'autres, mais justifient un travail de réflexion très approfondi, des dispositions d'accompagnement très soigneuses, et il faut veiller, avec la plus grande fermeté, à ne jamais laisser se reproduire des erreurs qui ont eu lieu par le passé. A titre d'exemple, le docteur Denis Jacquat, Député de la Moselle, est hostile à un ordonnancement comparable à celui prescrit par le "Plan Armée 2000", calibré par la Gauche en son temps, et qui avait donné lieu à de regrettables maladresses. On rappellera, pour mémoire, le cas des terrains militaires censés être proposés à prix avantageux, et dont on s'était aperçu ensuite que l'état de très forte pollution consécutive aux usages répétés d'engins et d'armes avaient nécessité de coûteuses opérations de dépollution.
Pour notre part, nous considérons qu'il faut regarder la réalité en face, et ne pas chercher à faire perdurer des situations qui ne sont plus viables. En revanche, bien loin de subir passivement les changements à venir, il nous faut au contraire les accompagner, en atténuer les effets néfastes, en développer les répercussions positives, veiller à leur mise en œuvre avec l'idée constante de préserver les intérêts de nos populations, et finalement chercher, dans un esprit entreprenant et moderne, à tirer parti de la configuration nouvelle, à jouer sans complexe de nos forces et de nos atouts pour créer notre place dans la conjoncture de demain.
C'est le rôle de vos élus de vous informer, de vous défendre, et de s'efforcer d'infléchir le cours des évènements afin de leur donner un tour favorable. C'est en tout cas la voie que je me propose de suivre à mon modeste niveau de conseillère municipale, et dans laquelle, à une échelle plus large, je vois s'engager des hommes de conviction, à l'image des députés Denis Jacquat, à Metz, ou Céleste Lett, à Bitche-Sarreguemines.
Attentifs, rigoureux, solidaires, nous parviendrons à négocier au mieux les changements à venir, si nous avons le courage de prendre notre avenir en main, ce qui, cela va sans dire, est mon intention et mon credo !
Florence Soriano-Gafiuk
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