Pression, stress et suicide au travail
Par Florence Soriano-Gafiuk le Vendredi, 13 avril 2007, 11:08 - Réflexions - Lien permanent
Alerte à un « nouveau » phénomène
C’est avant même l’heureux dénouement de ma difficile situation professionnelle, que mon envie d’engagement pour la défense du développement humain du chercheur et en particulier, pour la lutte contre le harcèlement et les discriminations (raciale, sexiste, ethnique ou autres) dans les laboratoires de recherche est née. Et c’est à l’aube de premières démarches pour la concrétisation de ce projet que je souhaite alerter au « nouveau » phénomène pointé par le récent suicide d’un technicien de 44 ans, sur l’un des sites de l’entreprise Renault.
Ce drame a en effet permis de repérer un nombre alarmant de suicides liés au travail.
Lorsqu’en six mois une entreprise enregistre quatre suicides, le débat s’ouvre.
Selon une étude du Conseil économique et social, au moins une personne par jour se donnerait la mort à cause du stress au travail.
Les principales causes du suicide au travail
La souffrance sur le lieu du travail est souvent l’effet de plusieurs causes :
- le lien entre le travail et la construction d’une identité sociale,
- la peur du chômage et de la précarité, à l’heure où le taux de paupérisation de la population française est de plus en plus élevé,
- l’éclatement (de plus en plus fréquent) des familles qui ne permet plus à ces dernières d’être un rempart suffisant pour éviter la dépression. Et comme la réciproque s’avère vraie - les conditions de vie dégradées ou humiliantes sur le lieu du travail nuisent à l’épanouissement sur les plans personnel et familial -, la personne en souffrance rentre rapidement dans un cercle vicieux qui peut entraîner inéluctablement vers le suicide.
- la mondialisation qui fait peu de cas de la valeur humaine (anonymat, absence de dialogue, stress, concurrence entre les salariés, mise au placard, licenciement, harcèlement moral voire sexuel,…) au rythme des restructurations de société, des reprises successives, et de choix stratégiques qui ne s'accompagnent d'aucune explication.
Quelques alternatives
Maintenant que les tabous ont été levés, il est urgent de mettre en place quelques dispositifs préventifs :
- l’augmentation du nombre de consultations obligatoires auprès du médecin du travail
- la programmation de reconversions professionnelles : la formation tout au long de la vie doit être favorisée
- la création de cellules indépendantes d’écoute et de compréhension au sein des grandes entreprises ou de groupements de PME, rassemblant des médecins du travail, des psychologues spécialisés, des assistantes sociales et des représentants des services des ressources humaines
- la révision du code de travail :
1/ En cas de cession de société, la responsabilité du vendeur doit être engagée pour une durée déterminée. Des conditions de travail décentes pour le personnel doivent être maintenues.
2/ Le travail effectué doit être valorisé, et l’employé respecté.
3/ Un plan social (qui traite notamment des situations des smicards et des cadres de plus de 50 ans) doit être mis en œuvre.
4/ La lutte contre toutes formes de harcèlement doit mieux s'organiser : les syndicats ne sont plus suffisamment puissants. Des associations travaillant en réseau avec des avocats, des médiateurs et des élus politiques doivent être créés. La législation sur le harcèlement doit être revue : certaines situations n’ont pas encore été prévues.
5/ Les missions des comités d'entreprise (CE) et des comités d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT ) doivent être renforcées.
De telles mesures permettront d’engager une lutte contre les situations professionnelles de grande détresse, et devraient en particulier pouvoir faire régresser de nombreuses dérives (dépression, alcoolisme, drogue, tentative de suicide ou suicide avérée, violence,…).
Commentaires
présentation du site cgt prévention santé travail
La santé, la place de l'individu au sein des organisations du travail sont au centre des préoccupations d'un nombre croissant de salariés. Le CHSCT est un outil pour les salariés comme pour le syndicat, c'est pourquoi nous avons regroupé sur un site Internet les différents champs d'actions et de compétences. L'intervention syndicale est indispensable pour regagner le respect, la dignité, l'égalité, la reconnaissance de la personne au travail. Notre réflexion porte également sur l’élaboration de stratégies d’actions face aux violences du travail et au harcèlement moral, entamée avec les chercheurs dans le cadre de l’ISERES (ancien Institut Syndical d’Études Recherches Économiques et Sociales de la CGT). Elle se poursuit, depuis, sous d’autres formes, notamment dans le cadre des travaux de l’activité « Travail » de la Confédération et de la mise en œuvre du Projet confédéral « Pour une politique de Santé publique par l’intervention des salariés sur leur travail ! » adopté le 17 mars 2005 par la Direction Confédérale.
www.comprendre-agir.org
Merci cher Philippe pour cette petite présentation du site CGT "Santé, travail, culture et action syndicale" ( www.comprendre-agir.org ) laissée en commentaire à mon billet qui se trouve être l'un des plus consultés de mon blog ; on voit là le grand malaise de notre société et la nécessité pour tous de s'entraider.
Florence Soriano-Gafiuk
Repenser le management ? et si tous ceux qui s’en réclament voulaient simplement se donner la peine de PENSER, tout simplement ? ne croyez vous pas plutôt que ce que nous rencontrons dans les organisations et que leurs promoteurs appellent le management par objectif n’en est qu’une CARICATURE ?
L’idée de base du management par objectif est de déterminer des buts a atteindre, de jalonner un chemin pour y parvenir, de façon à disposer d’un « tableau de marche » qui EVITE la surveillance en continu de chacun des pas faits sur le chemin; c’est une logique d’autonomie et de responsabilité ; le comptage quotidien des résultats, assorti de l’injonction de parvenir nécessairement à porter tel indicateur à un niveau arbitrairement défini (et non pas négocié), représente EXACTEMENT LE CONTRAIRE de cet esprit
Si cela n’avait pas des conséquences aussi dramatiques, ce ne serait qu’une erreur commise par de sottes gens …
Bonjour, je suis tombe par hasard sur votre blog et je trouve que les articles qui y sont present sont supers.
Nul ne doit ignorer la détresse de ceux qui vont jusqu’à se supprimer, pas davantage d’ailleurs que l’épreuve que cela représente pour leurs familles, mais l’instrumentalisation de ces drames, avant tout humains, est plus qu’indécente. Si bien des progrès sociaux restent faire, ceux qui s’en emparent pour en faire des arguments de leur lutte feraient bien d’y réfléchir. Ceux qu’ils bernent, autant qu’ils abusent la mémoire des victimes, que ce soit pour attiser une haine de classe dépassée ou satisfaire la curiosité d’une audience jamais repue, connaîtront un jour une vérité qui ne fait injure à personne en démontrant que les suicides ne sont pas plus nombreux parmi les salariés de France Télécom qu’ailleurs. Il s’agit hélas d’un phénomène qui touche l’ensemble de la société, sans distinction d’employeurs ni de conditions de travail. Des chiffres existent et ceux qui désirent sincèrement donner son sens réel au drame peuvent facilement en prendre connaissance, dans de nombreuses études, notamment sur le Net. Ils pourront ainsi ramener à de justes proportions une situation dont rien ne peut justifier qu’elle donne lieu à des interprétations hâtives et indignes.
Je veux dire, l'article utile. Venez voir mon blogue aussi. 08))
S'il vous plaît écrire plus de cela. J'ai largement apprécié.