Alerte à un « nouveau » phénomène

C’est avant même l’heureux dénouement de ma difficile situation professionnelle, que mon envie d’engagement pour la défense du développement humain du chercheur et en particulier, pour la lutte contre le harcèlement et les discriminations (raciale, sexiste, ethnique ou autres) dans les laboratoires de recherche est née. Et c’est à l’aube de premières démarches pour la concrétisation de ce projet que je souhaite alerter au « nouveau » phénomène pointé par le récent suicide d’un technicien de 44 ans, sur l’un des sites de l’entreprise Renault.

Ce drame a en effet permis de repérer un nombre alarmant de suicides liés au travail.

Lorsqu’en six mois une entreprise enregistre quatre suicides, le débat s’ouvre.

Selon une étude du Conseil économique et social, au moins une personne par jour se donnerait la mort à cause du stress au travail.

Les principales causes du suicide au travail

La souffrance sur le lieu du travail est souvent l’effet de plusieurs causes :

- le lien entre le travail et la construction d’une identité sociale,

- la peur du chômage et de la précarité, à l’heure où le taux de paupérisation de la population française est de plus en plus élevé,

- l’éclatement (de plus en plus fréquent) des familles qui ne permet plus à ces dernières d’être un rempart suffisant pour éviter la dépression. Et comme la réciproque s’avère vraie - les conditions de vie dégradées ou humiliantes sur le lieu du travail nuisent à l’épanouissement sur les plans personnel et familial -, la personne en souffrance rentre rapidement dans un cercle vicieux qui peut entraîner inéluctablement vers le suicide.

- la mondialisation qui fait peu de cas de la valeur humaine (anonymat, absence de dialogue, stress, concurrence entre les salariés, mise au placard, licenciement, harcèlement moral voire sexuel,…) au rythme des restructurations de société, des reprises successives, et de choix stratégiques qui ne s'accompagnent d'aucune explication.

Quelques alternatives

Maintenant que les tabous ont été levés, il est urgent de mettre en place quelques dispositifs préventifs :

- l’augmentation du nombre de consultations obligatoires auprès du médecin du travail

- la programmation de reconversions professionnelles : la formation tout au long de la vie doit être favorisée

- la création de cellules indépendantes d’écoute et de compréhension au sein des grandes entreprises ou de groupements de PME, rassemblant des médecins du travail, des psychologues spécialisés, des assistantes sociales et des représentants des services des ressources humaines

- la révision du code de travail :

1/ En cas de cession de société, la responsabilité du vendeur doit être engagée pour une durée déterminée. Des conditions de travail décentes pour le personnel doivent être maintenues.

2/ Le travail effectué doit être valorisé, et l’employé respecté.

3/ Un plan social (qui traite notamment des situations des smicards et des cadres de plus de 50 ans) doit être mis en œuvre.

4/ La lutte contre toutes formes de harcèlement doit mieux s'organiser : les syndicats ne sont plus suffisamment puissants. Des associations travaillant en réseau avec des avocats, des médiateurs et des élus politiques doivent être créés. La législation sur le harcèlement doit être revue : certaines situations n’ont pas encore été prévues.

5/ Les missions des comités d'entreprise (CE) et des comités d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT ) doivent être renforcées.

De telles mesures permettront d’engager une lutte contre les situations professionnelles de grande détresse, et devraient en particulier pouvoir faire régresser de nombreuses dérives (dépression, alcoolisme, drogue, tentative de suicide ou suicide avérée, violence,…).