Présidentielle : le doute
Par Florence Soriano-Gafiuk le Mercredi, 2 mai 2007, 08:29 - Humeurs - Lien permanent
Le vécu a toujours façonné la personne.
Nulle surprise donc si les tendances d'un électeur dépendent en grande partie de la matrice socio-culturelle dans laquelle il a grandi.
En tant que fonctionnaire, une tradition séculaire m'enjoint de voter à gauche.
En tant que femme, ma sympathie devrait de même être tout naturellement acquise à Ségolène Royal, dont l'élection à la Présidente de la République serait une chance historique en faveur du statut de la femme... si tant est qu'elle soit à la hauteur des espérances des français ! Toute femme que je suis, j'avoue ne pas avoir gardé un souvenir impérissable des prestations de Margaret Thatcher, Edith Cresson et autres Marie-France Garreau dans le paysage politique des années 80.
En tant que directrice adjointe de l’IUFM, inquiète pour l’avenir de l’Education en général, et des IUFM en particulier (Nicolas Sarkozy prévoit de remplacer les IUFM par des écoles professionnelles, alors que la loi qui prévoit l’universitarisation des IUFM (incompatible avec la proposition du candidat UMP) doit entrer en vigueur pour avril 2008), mon intérêt irait vers la candidate socialiste.
En tant qu’humaniste, je me sens profondément peinée face aux situations dramatiques (précarité, paupérisation,…) que certains de nos concitoyens vivent parfois même en travaillant. Mon cœur bat clairement à gauche, bien que...
A bien y réfléchir, ce n'est pas avec de bons sentiments qu'on résout les problèmes, mais en faisant preuve d'initiative et de méthode. J'ai par exemple apprécié à sa juste valeur la proposition de Nicolas Sarkosy de juguler le chômage ravageur qui sévit dans les populations d'origines étrangères en imposant la "discrimination positive", qui doit représenter un coup de pouce inédit pour les jeunes issus de l'immigration, une tentative de les intégrer au monde du travail plutôt que de laisser nombre d'entre eux se tourner vers le communitarisme et la délinquance à force d'échecs et d'exclusion. Cette tentative est riche d'espoir, innovante et audacieuse, et propose une alternative bien préférable aux traitements superficiels si souvent servis par la gauche, consistant à calmer les gens à coup de RMI, à occuper les jeunes en leur faisant enregistrer des disques de RAP dans les MJC... Tout cela est sans doute sympathique, mais aussi globalement inefficace, et revient à mon sens à se moquer des jeunes qu'on prétend aider.
En tant que fille de chef d’une toute petite entreprise, ma culture est naturellement de droite.
En tant que fille d’un père qui, sous le poids de taxes lourdes et de charges surélevées, a toujours travaillé comme un forçat sans jamais avoir pu profiter de la vie, mes convictions se tourneraient vers le candidat UMP : le travail, le risque, l’effort et l’initiative doivent être récompensés.
En tant que fille d’une mère qui, suite au récent décès de mon père, a pu conserver sa maison grâce à l’héritage de ma grand-mère, également décédée en 2006, je m’insurge contre les taxes de succession que les socialistes veulent pourtant renforcer. S’il est essentiel d’aider la jeunesse - notre capital avenir - à trouver sa place dans la société, il est aussi immoral que scandaleux de mettre en difficultés financières, voire parfois de jeter à la rue, nos parents ou grands-parents que nous chérissons tant.
En tant que contribuable (disposée à payer plus) dont certaines connaissances (amicales et même familiales) se vantent ouvertement de profiter du système social pour éviter à tout prix de travailler, je ressens un malaise croissant.
Si je défends l’intérêt commun au même niveau que l’intérêt individuel relevant de situations de détresse de ceux qui veulent mais n’y arrivent pourtant pas, je ne souhaite pas que l’assistanat soit encouragé.
Si l’appel à la solidarité doit être lancé ou relancé plus fortement, l’attribution des aides sociales doit être repensée…dans l’intérêt des SDF, des travailleurs pauvres, des foyers monoparentaux, des chômeurs de longue durée, et de tous les exclus de la société qui veulent se battre pour s’en sortir et que nous nous devons d’aider.
Le doute subsiste mais... pour finir sur une note optimiste, Aristote ne disait-il pas que le doute est le commencement de la sagesse ?
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