A l'approche des élections législatives, la décision de certains députés UDF d'opérer un rapprochement avec la majorité présidentielle a fait l'objet de critiques acerbes au sein de la gauche, mais aussi d'une partie de la droite.



Opportunisme indigne, compromission déshonorante, tels ont été les qualificatifs appliqués à ces députés accusés d'être davantage attachés à leurs sièges qu'à leurs convictions.



Qu'en est-il en réalité?



Tout d'abord, il faut rappeler que la recherche d'accords, d'alliances, de soutiens fait partie intégrante de l'activité politique. Que d'aucun s'avise de donner le spectacle d'acoquinages curieux avec tel ou tel groupe extrémiste serait certes regrettable. En revanche, un rapprochement de principe entre formations politiques de sensibilités voisines conclu dans l'idée d'empêcher le triomphe d'adversaires communs me semble tout à fait naturel, et même parfaitement justifié.



En second lieu, les gestes d'ouverture de Nicolas Sarkozy montrent clairement que quiconque souhaitant jouer un rôle constructif aux côtés de la majorité présidentielle est le bienvenu. Ainsi, le socialiste Bernard Kouchner s'est vu confier le très convoité ministère des Affaires étrangères et européennes. L'installation de Rachida Dati au poste prestigieux de ministre de la justice en dit également long sur la sincérité des intentions d'ouverture de Nicolas Sarkozy, en particulier lorsqu'on pense aux rôles misérables de faire-valoir réservés depuis toujours aux représentants des minorités ethniques par le parti socialiste, exhibant à l'occasion des beurs de service (Razzye Hammadi, Karim Rhaouti...), mais évitant soigneusement de leur donner le moindre pouvoir, et préférant même présenter aux élections des candidats parachutés plutôt que de faire confiance à des personnalités locales d'origine étrangère, dont la longue implication sur le terrain auraient pu apporter de réelles chances de succès.



Dans ce contexte de large ouverture, comment pourrait-on reprocher à un élu UDF de souhaiter prendre part à la belle histoire qui est en train de s'écrire? Hervé Morin, président du groupe UDF à l'assemblée nationale, est ainsi bien mieux placé au ministère de la défense pour jouer un rôle actif et défendre ses valeurs dans le paysage politique de son pays, qu'il ne le serait s'il avait choisi le confinement dans un groupe faible, isolé, refusant tout dialogue et toute participation à la politique en marche. Dans cette logique, la position des députés UDF ayant choisi la voie du dialogue et de la concertation avec la majorité présidentielle me semble intelligente, et parfaitement légitime.



Pour finir, il m'est agréable de rapporter ici la réponse faite par Winston Churchill, premier ministre britannique pendant la seconde guerre mondiale, à ceux qui lui reprochaient les multiples changements de partis qui avaient émaillé sa carrière. A ses détracteurs, Churchill répondait en substance qu'il est plus honorable de changer de parti pour suivre ses idées, que de changer d'idées pour suivre un parti.



Je ne peux qu'adhérer à ce principe d'honnêteté et de cohérence personnelles, et constater avec satisfaction que plusieurs ont le courage de le mettre en pratique.