Après le bleu de la vague qui déferla sur notre pays aux dernières élections présidentielles, c'est une autre couleur qui enflamme désormais les joues des usagers des transports ferroviaires ou de la RATP, qui piétinent sur les quais déserts avec le sentiment d'être les otages d'un conflit qui ne les concerne guère. Critiqué et impopulaire, le mouvement des cheminots mérite quelques sérieuses mises au point.



Le premier élément qui choque lorsqu'on se met à l'écoute de nos concitoyens est l'idée curieusement erronée qu'ils se font des salariés de la SNCF et de leurs conditions de travail. Favorisés par leur employeur, nantis d'avantages injustifiés, les cheminots formeraient une sorte de caste paresseuse et argentée, qui entendrait faire perdurer des avantages acquis à l'époque lointaine où leur profession était "vraiment" pénible et risquée.



De fait, en termes de retraite, il faut savoir que les pensions moyennes des retraités gérés par le régime général étaient de 1 590 euros en 2001, contre 1407 euros seulement pour ceux de la SNCF. De plus, les cheminots en activité se voient appliquer une surcotisation non négligeable (taux patronal à 28,44 % contre 14,18 % sous le régime général). Comme on le voit, les "retraités dorés" de la SNCF n'ont donc jamais existé ailleurs que dans les fantasmes populaires, car non seulement ils ne sont pas aussi bien lotis qu'on se plaît à le laisser entendre, mais surtout, ils payent au prix fort leurs maigres avantages en étant financièrement mis à contribution tout au long de leur carrière.



Et en ce qui concerne les cheminots actifs, il faut également comprendre combien les lourdes contraintes horaires (dimanches, nuits, jours fériés) menacent l'équilibre d'une vie familiale, surtout si l'on songe aux compensations financières dérisoires censées en dédommager les acteurs. Ainsi, les heures de travail placées entre 0h30 et 4h30 donnent droit à une majoration de vingt centimes d'euros ! ...



Que des gens soient privilégiés dans notre pays est absolument exact. Nantis de la société, les véritables privilégiés le sont de naissance (héritiers de grandes entreprises) ou de professions (libérales, et en particulier médicales). Une petite enquête menée pour estimer les appointements des notaires, cardioloques, stomatologues révèlent ainsi des chiffres proprement effarants, qui rendent complètement grotesques toutes vélléités de controverses relatives aux misérables primes accordées aux cheminots qui travaillent les jours de fête, et s'il faut parler conditions de travail, cotisation ou retraites, j'aimerais qu'on m'explique à l'occasion pourquoi les cas d'autres groupes professionnels (militaires, sénateurs...) sont axiomatiquement passés sous silence dans les débats.



On l'aura compris, je me refuse à me joindre au coeur des contempteurs des cheminots, que des manoeuvres habilement orchestrées ont livré à la vindicte populaire. Il n'est au demeurant nullement exclu qu'à court terme, une partie des mécontents qui crient leur indignation face à ce mouvement social voient à leur tour leur propre situation faire l'objet d'une remise en question. Peut-être alors apprendront-ils la compréhension et la solidarité... s'il en est encore temps ! ...



Florence Soriano-Gafiuk