Les élections municipales qui, dans moins de deux mois, donneront au peuple l'occasion de porter à la mairie la personne qu'il juge la plus à même d'en mener les affaires, sont déja au coeur des préoccupations de nombreux acteurs de la vie politique locale, à la fois parmi nos élus, désireux de pérenniser les réalisations initiées sous leurs mandats, et au sein de la foule des prétendants, impatients de leur succéder à la tête des municipalités.

A Sarreguemines comme ailleurs, rencontres, accords et négociations vont bon train, au point qu'il nous faille craindre que les ambitions personnelles en viennent à prendre le pas sur l'intérêt collectif, et il faut reconnaître que les déclarations rapportées par la presse ne sont pas de nature à apaiser la défiance légitime des électeurs.

Parmi les nombreuses personnes se déclarant intéressées par la mairie de la ville émergent à ce jour trois candidats principaux.

Le moins loquace des trois, comprenez René Ludwig, nous a offert, au fil des jours, un petit condensé de ses intentions et de sa personne en accordant ici et là des interviews surprenantes, où il donne volontiers libre cours à son mauvais caractère et à sa misanthropie. Embarrassé par le désaveu cruel d'une large majorité de son électorat aux municipales de 2001, René Ludwig a ensuite confirmé, de manière extrêmement convaincante, le don particulier qui est le sien lorsqu'il s'agit de conduire une liste politique à la déroute, talent qui s'est manifesté une fois encore lors de ses participations malheureuses aux cantonales de 2003 et 2004. Planificateur irréaliste et gestionnaire maladroit, René Ludwig, ancien socialiste que la désaffection de ses adeptes contraint à se déclarer aujourd'hui "sans étiquette", a achevé de se déconsidérer aux yeux de la population sarregueminoise par un comportement quotidien d'une arrogance déroutante, éconduisant sans ménagements ses interlocuteurs et adoptant une attitude lointaine et inabordable qui a fini par excéder même ses plus proches collaborateurs. Tenant d'une théorie louable selon laquelle l'ardeur au travail et l'efficacité pratique doivent primer sur la mansuétude et l'affabilité, René Ludwig a tenu à en illustrer les principes de curieuse manière, en accomplissant le tour de force d'être globalement perçu, en quelques années seulement, comme simultanément improductif, inopérant, et conjointement irascible et revêche.

A l'opposé du rogue et hautain René Ludwig se tient le retors et cauteleux Eric Kamblock qui, pour sa part, a parié résolument sur les vertus d'une stratégie aussi trouble et brumeuse que possible. Longtemps dissimulé derrière le paravent confortable d'un pseudonyme collectif, Eric Kamblock a peiné dès le départ à assumer son rôle de leader de liste, et s'est durant de longues semaines opiniâtrement refusé à toute expression de sa pensée personnelle, à toute déclaration endossée à titre individuel, et à tout débat engageant sa responsabilité propre. D'abord intrigués par cette volonté insolite de se dérober aux regards et aux échanges, les électeurs ont fini par découvrir qu'il ne s'agissait là, en fait, que d'une mesure désespérée censée soustraire à l'opinion publique la réalité d'une candidature totalement infondée, où un groupe de personnes aux objectifs mal définis portent à leur tête un individu d'une inexpérience notoire, à laquelle s'ajoute une profonde méconnaissance du tissu social et du contexte économique de notre région. Désireux de tromper les votants à la fois sur la nature de son engagement, sur ses qualifications pratiques et sur ses motivations véritables, Eric Kamblock a finalement été publiquement démasqué, et contraint d'avouer que "les grandes lignes de son programme ne sont pas encore prêtes" (sic). Déclarant qu'il pense de toutes façons échouer dans sa course aux municipales, et incapable de préciser quelles alliances il serait susceptible d'envisager le cas échéant, Eric Kamblock laisse une impression de profond malaise à ses interlocuteurs qui, en dépit de questions pressantes et précises, ne parviennent jamais à obtenir d'autre réponse que la manifestation d'une prolixité embarrassée, où le verbiage imprécis tient lieu de programme et les promesses incertaines de projets concrets.

Le troisième candidat, enfin, se nomme Céleste Lett. Il n'est pas dans notre propos de rappeler ici les innombrables réalisations menées à bien par le maire sortant, auxquelles nous avons d'ailleurs consacré quelques lignes dans un autre billet que le lecteur intéressé pourra consulter sur ce site :

"Municipales de Sarreguemines : René renaît".

Indépendamment des exemples cités dans le texte susnommé, les opérations initiées par Céleste Lett en faveur de la ville dont il a la charge parlent au demeurant d'elles-mêmes, et l'immense popularité dont il jouit depuis des années n'est nullement due au hasard. Ecrasant René Ludwig aux municipales de 2001 avec près de 20% de points d'avance, Céleste Lett a confirmé la remarquable faveur dont il jouit en triomphant aux dernières législatives par un score sans appel de 61,4% des voix, dont 63% dans sa propre ville. Chargé de mandats et de postes à responsabilité de tout premier plan, Céleste Lett est, entre autres, député de la Moselle, maire de Sarreguemines et Président de Sarre - Moselle Avenir. Ces charges simultanées, que d'aucuns jugent, à tort, incompatibles, lui ont en fait permis d'ajouter à son expérience locale du terrain une connaissance précieuse des rouages de la politique nationale. Acteur respecté et averti sur la scène française, Céleste Lett possède aujourd'hui des moyens d'action et une finesse pratique peu communs dont les habitants de Sarreguemines tirent le plus grand profit, et un grand nombre d'entre eux mesurent la chance qui est la leur d'avoir un homme de son envergure pour veiller aux intérêts de leur ville.

Pour achever ce billet, je reviendrai avec le sourire sur le titre hollywoodien dont j'ai trouvé amusant de le parer. J'imagine que le lecteur attentif aura compris à quel acteur de la vie politique sarregueminoise devrait, à mon sens, être dévolu le rôle du Bon dans le western des élections municipales. En revanche, je serais très curieuse de voir à qui les lecteurs attribueront les personnages de la Brute et du Truand. Ici comme ailleurs, c'est la voix du peuple qui, seule, comptera en définitive !

Florence Soriano-Gafiuk