Il est désormais évident que dans tous les domaines de la vie publique, les délais séparant les débuts d'un jeune animateur, chanteur... que sais-je ? de son accession à la notoriété ont tendance à se raccourcir, chose extrêmement dommageable pour l'artiste en question qui, contrairement à ses ainés, se trouve floué des années d'ascension progressive, dures peut-être, mais oh combien formatrices, qui seules sont à même de forger l'âme d'un véritable professionnel, solide, expérimenté, capable de résister aux aléas du métier et de garder pleine confiance en sa valeur et en ses ressources quelles que soient les situations affrontées.

Tels furent, s'en souvient-on ? les parcours des Brassens, Bécaud et autre Brel, qui affutèrent leurs talents au contact de salles innombrables, de cabaret en cabaret, de ville en ville, jusqu'à devenir les vedettes étincellantes qui ont bouleversé les foules de leurs admirateurs. Tels est encore la voie choisie par de jeunes artistes authentiques qui, à l'image de mon frère Christophe, ont décidé de peaufiner leur apprentisage en se donnant le temps de comprendre, d'assimiler, d'intégrer toutes les facettes du métier auxquels ils se sont donnés sans réserve.

Aujourd'hui, les trajets rectilignes ouverts par les émissions de téléréalité ou les plateaux de la Star Academy court-circuitent les voies progressives traditionnelles, et l'on voit jetées en pâture aux auditoires les moins indulgents de jeunes personnes fragiles et immatures dont certaines, quelques semaines plus tôt, étaient encore vendeuses de chaussures ou caissières de supermarchés, professions honorables mais peu formatrices sous un angle purement artistique. Mal entourées, mal préparées, ces pseudo-stars accumulent les erreurs en termes de comportement et de gestion de carrière, et j'invite les lecteurs à s'interroger sur le devenir artistique de celles et ceux qui faisaient la une de toutes les presses il y a quelques mois seulement. Aussi fâcheuses (pour leurs auteurs) que ces errances puissent l'être, tout cela n'a pourtant, au fond, que bien peu d'importance ! Qu'importe, en effet, qu'un mauvais chanteur livre des prestations médiocres avant de disparaître à tout jamais du devant de la scène !

Plus grave, en revanche, est le fait que cette tendance accélératrice évoquée plus ha ut par le biais d'exemples tirés du monde du show business s'étende à présent au monde de la politique qui, désormais, présente à son tour son cortège de néophytes ballots et maladroits que des itinéraires fulgurants ont projeté soudain à des postes de responsabilité convoités. De Rachida Dati à Rama Yade,avec peut-être un bémol pour Fadela Amara, l'actualité nous fournit une avalanche de faits illustrant combien un tel degré d'amateurisme est synonyme de bévues à répétition, de méprises, de scandales, et finalement d'échecs, et il faut se rendre à l'évidence que la pratique politique, du moins, doit rester l'apanage d'individus expérimentés, formés, et raisonnables, et non le terrain de jeu de dilettantes bohèmes dont les initiatives, poussées jusqu'à leur aboutissement, mèneraient nos institutions dans les marécages.

Que l'année 2009 nous apporte un peu de professionnalisme et de sérieux, voila qui serait, à mon sens, un excellent début !

Florence Soriano-Gafiuk