Ramadan : la force d'âme au service de la piété
Par Florence Soriano-Gafiuk le Dimanche, 23 août 2009, 00:11 - Humeurs - Lien permanent
Une pensée particulière pour nos amis musulmans, qui entreprennent aujourd'hui une longue période de recueillement propice à la purification et à la régénération spirituelle. Je leur souhaite beaucoup de courage dans cet effort méritoire, qui appelle le respect de chacun, croyant ou non.

Commentaires
Il est frappant de constater le déluge de bons sentiments médiatiques envers les musulmans pratiquants avec le début du Ramadan.
Ce jeûne serait respectable, admirable et pour tout dire exemplaire. C’est également le sens de votre article.
Les seules voix dissonantes que j’ai entendu, c’était sur France Inter lors du « Téléphone Sonne »du 21/08/09 : deux interlocuteurs au prénom musulman (mais se revendiquant d’abord comme français) ont parlé du caractère « archaïque » de cette tradition et demandé s’il ne serait pas du rôle des institutions représentatives de l’Islam en France de déterminer ce qui pourrait être une pratique moderne et adaptée du Ramadan.
L’un des deux disait en substance que sa famille et l’école lui permettait de s’assumer en tant que Musulman « athée » ou au moins « agnostique »- notions intéressantes qu’il faudrait préciser, mais qui montrent en tout cas que les français d’origine musulmane sont pour beaucoup à la recherche de pratiques plus modernes de leur religion.
De votre coté, comme de celui de notre bon président catholique, vous poussez les français d’origine maghrébine vers une pratique rigoureuse de l’ Islam : ainsi « un bon arabe serai celui qui suit à la lettre les principes de l’Islam »
Que n’en demandez vous pas autant à vous-même et au 65% des français qui se disent catholiques : s’ils respectaient les 10 commandements et les « piliers » du catholicisme, on jeûnerait à Carême, on ne mangerait pas de viande le vendredi, les magasins resteraient fermés le dimanche, les églises seraient pleines, les prisons vides et les marchands chassés du temple !
Plus sérieusement, la république laïque n’est pas là pour décider des bonnes pratiques religieuses ! Elle est là pour permettre à chacun d’exercer sa pleine liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer sa religion comme il l’entend.
Plutôt que de pousser les musulmans au sens très large du terme vers une pratique stricte (voire absurde dans le cas de certaines exégèses, comme par exemple de ne pas avaler sa salive pendant le jeûne), on ferait mieux de laisser chacun libre de ses pratiques ou de ses non-pratiques : sur les 65% de catholiques revendiqués, combien ne sont pas pratiquants ?combien vont seulement à l’église pour la messe de Noël ou aux mariages et obsèques ? Pourquoi n’y aurait-il pas la même proportion de non-pratiquants chez ceux qui se reconnaissent comme musulmans. Sans parler de ceux qui se reconnaissent d’origine ou de culture musulmane, mais qui se disent aussi athées ou agnostiques ?
Il faut rompre avec cette soit disant bien-pensance (pardonnez le néologisme) qui sous une apparence d’ouverture, cache en fait un prosélytisme catholique que pratique Sarkozy ou localement Lett (pourquoi en effet le catholiques ne seraient-ils à leur tour pas aussi pratiquants que les musulmans) et qui à terme dresse les croyants les uns contre les autres et stigmatise les non-croyants !
Alors plutôt que de saluer ceux qui suivent une pratique archaïque, saluons les musulmans non pratiquants ! Comme les catholiques non pratiquants ils sont maitres de leur croyance et de la forme que prennent leurs élans spirituels. Ils sont plus adultes et permettent réellement à la société de rester laïque.
Sigmund
Je me permet. Relisez vos dix commandements parce que je ne crois pas qu'il y ai : "Le carême tu respectera" ni "le dimanche tu ne travailleras". C'est plutôt les commandements de Besançenot çà.
Ces commentaires sont extrêmement justes et pertinents et m'engagent à préciser davantage ma pensée, dans la mesure où il serait effectivement dommageable de laisser planer quelque flou sur le sujet.
Tout d'abord, bien loin de moi l'idée de me joindre au cœur des professionnels du "politiquement correct", qui s'interdisent toute remarque vis-à-vis de l'Islam de crainte d'être taxés de xénophobie ou de racisme. Pour moi, il s'agit d'une thématique comme une autre, et je ne me sens tenue pour l'occasion ni à une réserve particulière, ni à une auto-inhibition de mon sens critique.
Pour mettre les choses au point, je déclare donc sans ambages mon hostilité aux dérives inadmissibles imputables à des interprétations tendancieuses de textes séculaires (ainsi en est-il du mariage de centaines de fillettes de six ans à Gaza, en début d'année), aussi bien qu'aux initiatives d'inspiration religieuse prétendant régir les règles de la vie quotidienne. Sur ce dernier point, je rappelerai à titre d'exemple que le code pénal de la République Islamique d'Iran (articles 102 et 104) définit de manière précise les conditions de la lapidation : « Les pierres utilisées pour infliger la mort par lapidation ne devront pas être grosses au point que le condamné meure après en avoir reçu une ou deux. Elles ne devront pas non plus être si petites qu'on ne puisse leur donner le nom de pierre. La taille moyenne est choisie généralement afin de faire expier la faute par la souffrance » (sic). Cautionner de telles abérrations par souci d'ouverture, d'acceptation de croyances et coutumes étrangères, c'est à mon sens manquer d'honneur, et même faire preuve de la plus insigne des lâchetés.
La lapidation, les violences faites aux personnes et, en particulier, aux femmes, tels sont, selon moi, des facteurs qu'il convient pour le moins de qualifier d'archaïsme.
Le Ramadan, en revanche, ne saurait être perçu sous un angle similaire, dans la mesure où il ne s'agit nullement là d'une pratique à visée offensive, mais de la recherche sincère d'un accomplissement spirituel profond, aussi respectable que peuvent l'être l'observance chrétienne de règles monastiques strictes chez les religieux cloitrés, ou les rites précis et la rigueur inflexible des bonzes asiatiques. Pour ma part, on aura compris que je ne me mêle nullement d'engager quiconque à adopter telle orientation mystique ou tel principe de vie particuliers, mais je sais reconnaître la force d'âme lorsque je la rencontre, et j'ai à coeur de saluer ceux qui en font preuve, lorsqu'ils démontrent combien ils sont à même d'exprimer la réalité et l'intensité de leur engagement religieux sous l'angle très honorable d'une pratique dévotieuse et pacifique.
Florence Soriano-Gafiuk
Merci pour ce tres bon article. J'espere que d'autres suivront.