La crise économique qui a frappé l'ensemble de la planète au cours de l'année 2008 est présentée sous des angles très différents suivant l'éditorialiste consulté. Incidence des trépidations usuelles des marchés financiers, corollaire des choix politiques de tel gouvernant en poste, des stratégies globales de tel groupe dirigeant, elle fournit un prétexte commode et prévisible pour éreinter des adversaires désignés pour l'occasion comme responsables de la situation, mais n'appelle à ce jour aucune analyse admissible, aucune proposition de plan crédible susceptible de mener à la correction réelle dont la mise en œuvre doit être entreprise de toute urgence.

En quelques mots, que se passe-t-il ?

Le concept clé à saisir pour analyser les fondements de la crise est celui de "dette", notion élémentaire qui, chez le plus grand nombre, éveille un sentiment de méfiance hostile au demeurant tout à fait salutaire en soi.

Sur le plan pratique, il semble pourtant que cette circonspection instinctive, sous la pression d'une société toujours prompte à attiser la propension de tout un chacun à consommer plus que de raison, finisse par céder le pas à l'adoption d'un mode de vie excessivement dispendieux, dont les acteurs se trouvent tôt ou tard dépassés par les montants globaux de leurs échéances. De plus en plus notable dans les pays européens, cette tendance à l'endettement personnel est plus marquée encore outre-atlantique, où une tradition de surconsommation exacerbée a conduit à la crise des subprimes dont le pays, et le reste du monde avec lui, peine à se relever. Si, comme nous venons de le voir, le secteur privé américain est excessivement endetté, une situation identique peut être observée sous nos latitudes, mais le point important est que le phénomène concerne cette fois notre secteur public ! Plus ou moins menottés par l'observance contrainte d'acquis hérités d'une époque plus faste, angoissés par l'idée de subir des revers électoraux, les gouvernements qui se succèdent accroissent démesurément les crédits alloués aux services, à l'aide sociale et aux infrastructures, tout en étant conscients du caractère irréaliste et précaire du système qu'ils entretiennent.

L'Etat-providence, dont on attend qu'il assure à notre population des conditions de vie normalement corrélées à un contexte économique florissant, est donc depuis longtemps dans une impasse, compte tenu du fait que dans la pratique, il n'a nullement les moyens de maintenir ce cap sur le long terme. Plus grave encore, il semble que le lent mais inéluctable fléchissement de notre balance financière vers le point de non-retour soit appelé à s'accélérer de manière surprenante, suite aux difficultés engendrées à l'automne 2008 par la crise de liquidité subséquente à la crise des subprimes. Contre tout logique, nombre d'états ont en effet opté pour une politique interventionniste visant à contrecarrer le grand ajustement correctif qui aurait dû normalement se produire après des années d'orientations bancales et d'estimations erronées. De fait, l'enchaînement sain et naturel eut été que les responsables de la situation assument leurs erreurs et en enregistrent les pertes résultantes, certains parvenant à survivre tandis que d'autres ne se relèveraient pas des dommages cumulés.

Au lieu de cela, les états ont choisi de voler au secours des artisans de la crise, sans prendre conscience qu'ils n'en avaient aucunement les moyens ! Contraints d'emprunter eux-mêmes pour secourir les entités asphyxiées d'avoir trop emprunté, ils se sont vus forcés à alourdir la dette publique dans des proportions jamais atteintes, agissant comme s'ils étaient possible de juguler la dette en contractant des dettes supplémentaires ! Emprunter pour couvrir ses propres déficits, emprunter encore pour racheter des créances malsaines et renflouer des structures à la dérive, emprunter toujours pour soutenir la relance via des stimuli artificiels, c'est bâtir sur le sable et aller tout droit à la déconvenue et à l'échec.

Mais alors, que faut-il faire ?

Avant de répondre, je me permettrai de soumettre à la sagacité du lecteur un petit texte lumineux de réalisme pratique qui, prenant le contre-pied des méthodologies salvatrices hautement fantaisistes qui ont cours aujourd'hui, distille sans détour les principes de bon sens qui devraient présider à toute gestion publique : "Les budgets doivent être équilibrés, le Trésor doit être renfloué, la dette publique réduite, l'arrogance des fonctionnaires doit être tempérée et contrôlée, l'assistance aux pays en difficulté doit être verrouillée, sinon nous ferons faillite. Les citoyens doivent réapprendre à s'enrichir par le travail, non par la dette et l'assistanat !" Etonnamment modernes dans l'esprit comme dans l'expression, ces lignes sont l'oeuvre de Cicéron, littérateur et homme d'état romain qui se permit cette mise au point devant le Sénat de Rome en 55 avant Jésus Christ !

Aujourd'hui comme hier, Cicéron a raison, et quelques économistes clairvoyants s'accordent désormais pour donner à entendre que l'austérité n'est pas facultative ! Coupes budgétaires, dépenses maitrisées et recherche énergique des voies menant au désendettement progressif doivent être privilégiées, et il importe d'associer sans plus tarder notre population à cette réalité. Certes, on ne peut préjuger des réactions du public confronté à la vérité dévoilée, et il serait sans doute excessif d'en attendre un grand élan de compréhension globale et de générosité vigoureuse, à l'instar de celui qui s'est saisi du peuple coréen au début des années 1990, lorsque la crise asiatique menaçait la nation de naufrage. On s'en souvient, les coréens, traditionnellement peu avares d'efforts et de sacrifices variés, avaient spontanément fait don de leur bijoux personnels afin de rétablir les réserves d'or publiques, avec des résultats remarquables. Moins constructives ont en revanche été les réponses des grecs, abusés par les paravents de réalité exposés à leurs regards depuis des décennies. Irréalistes car mystifiés, les grecs ont logiquement refusé l'évidence, et contesté des plans d'austérité pourtant vitaux pour leur propre avenir.

Riches de ces observations, nous avons le devoir de faire face à la situation, et d'opter sans hésitation pour les seules mesures susceptibles de conduire à un assainissement de notre situation économique. Le salut ne viendra ni d'un miracle improbable, ni de "solutions" basées sur une aggravation de l'endettement public, mais d'une révision profonde des modes de fonctionnement et des édifices structurels tels qu'ils existent aujourd'hui, ces modifications étant élaborées et planifiées par les élus de notre gouvernement et fortement approuvées et soutenues par notre population. La souplesse tactique, meilleur gage de succès, doit certes nous conduire à accepter certaines mesures à compter au nombre des "bons déficits", que le président Nicolas Sarkozy considère comme favorables au rétablissement de la croissance et à la restauration de la confiance sur les marchés financiers. Mais c'est avant tout d'une évolution de nos usages sociétaux, d'un retour à un sens accru des responsabilités, à une capacité plus importante à se maîtriser et à construire de manière rigoureuse et rationnelle, que naîtront les conditions d'un nouvel ordre basé sur les efforts de chacun et conduisant à la sécurité pour tous. Il est naturellement à craindre qu'un tel mouvement soit entravé par la rémanence de comportements adaptés à une conjoncture passée plus souriante, mais surtout par les manoeuvres et résistances d'une frange de l'opposition, toujours enchantée de s'approprier à bon compte le rôle flatteur de championne des valeurs morales et généreuses, tout en laissant aux autres la part ingrate d'assumer les plans de rigueur qu'elle sait pourtant indispensables. Dans un même ordre d'idées, il est à craindre que les principes démocratiques qui soustendent nos systèmes politiques, et dont nous nous affirmons résolument en farouches défenseurs, véhiculent cependant leur lot d'inconvénients, diluant par exemple le pouvoir de décision dans de telles mesures que l'impact des initiatives les mieux pensées en soit notoirement amoindri. "Quand un bateau est dans la tempête et qu'il y a des rochers pas loin", disait en substance Jean-Paul Getty, "il est peu courant qu'il soit dirigé par un comité." Voila, sous forme imagée, l'un des noeuds du problème !

Ne plus diluer les efforts mais, au contraire, nous employer à en additionner les effets, ne plus saper l'autorité de ceux qui, quand bien même ils seraient des adversaires politiques, tentent de redresser notre situation économique, préférer les synergies novatrices aux antagonismes dépassés, voila la marche à suivre pour nous en sortir. Il nous faut reconnaître, quelle que soit notre sensibilité politique, que le Président de la République s'est engagé avec courage et énergie sur la seule voie valable, et qu'il est de notre devoir de lui apporter notre concours pour l'intérêt supérieur de notre nation. Adhésion enthousiaste, confiance, fermeté, volonté d'agir tous ensemble doivent être les pierres de voûte d'une nouvelle génération d'hommes et de femmes qui se lèvent avec la détermination d'influer sur le cours des évènements. La voie que propose Nicolas Sarkozy, aux antipodes des spéculations démagogiques et des mirages toujours séduisants, est pavée des valeurs de l'effort et du réalisme pratique. Pétri d'exigence et de rectitude, rude parfois, rigoureux toujours, ce chemin est le seul qui conviennent aux hommes et aux femmes habitués à regarder la réalité en face, et à répondre aux difficultés par l'action.

Pour ma part, mon choix est fait, et je sais que la confusion et le marasme ambiant nous trouveront demain, audacieux et organisés, prêt(s)s à faire notre devoir.

Florence Soriano-Gafiuk