A travers le récent procès d’une médecin et d’une infirmière qui ont injecté en 2003, dans un hôpital du sud-ouest de la France, un sérum à une patiente en phase terminale d’un cancer pour précipiter une fin devenue trop cruelle, le débat sur l’euthanasie a été relancé et divise encore une fois la population.

Je suis d’autant plus sensible à ce sujet que mon père vient de connaître la longue déchéance et l’abominable torture qui ont transformé, durant un an, sa vie en un véritable cauchemar de souffrance et de désespérance, malgré sa force mentale et sa volonté de combattre et de vaincre cette cruelle maladie. La veille, il criait sa peur de mourir. Il voulait rester parmi nous. Et pourtant, la mort l’a enlevé. L’arrêt cardiaque l’a épargné de l’ultime phase durant laquelle le cœur s’acharne à vouloir battre, alors que le corps est déjà en train de pourrir.

Lorsque le malade vomit sa propre merde.

Ces réalités qui forcément façonnent les prises de position.

Nulle surprise si plus de 2000 médecins et infirmiers viennent de signer un manifeste où ils reconnaissent « avoir aidé des patients à mourir avec décence », tout en sachant que cette attitude était en désaccord avec la loi actuelle".

Mais que dit la loi ?

La loi relative aux droits des malades et à la fin de vie a permis plusieurs avancées pour le patient, puisque désormais, lors de la phase terminale d’une affection grave et incurable,

  • elle condamne l’acharnement thérapeutique,
  • elle permet la limitation ou l’arrêt d’un traitement,
  • elle autorise l’application de palliatif (la morphine par exemple) même si celle-ci peut avoir pour effet d’abréger la vie,
  • elle donne un rôle essentiel à la volonté du malade qui a droit à l’accès à l’information et au pouvoir de décision.

Cependant, la loi ne répond pas encore à toutes les situations et peut parfois paraître insuffisante : 70 % des français meurent à l’hôpital, et 10 % d’entre eux demandent encore la mort.

Nombreux militants luttent « pour qu’une loi voie le jour avec les deux principes fondamentaux de respect de la volonté du malade et de dépénalisation du geste compatissant du médecin qui, à sa demande lucide et pressante, aide quelqu’un à mourir.»

Comment améliorer la loi ?

Dans le cas particulier de mon père, la douloureuse solution de l’euthanasie n’avait pas lieu d’être envisagée, puisqu’il était encore attaché à la vie, tout simplement parce qu’il voulait encore croire à la guérison, et que personne, ni au sein de la famille, ni dans le corps médical, n’a jamais essayé de l’en dissuader.

Cependant, la surprise pour tous les membres de la famille de la rapidité de l’issue pourtant prévisible, alors que tous pensions avoir encore quelques semaines, voire quelques mois, pour nous dire adieu et essayer de nous quitter, sinon dans la sérénité, au moins dans la douleur, a rendu la peine de chacun plus indélébile.

Ce point est essentiel car il illustre que si la volonté du malade est essentielle, l’avis de la famille ne peut être ignoré.

En fait, dès lors que les trois partis (patient, famille et corps médical) se sont entendus pour accompagner la fin de vie, je ne perçois pas l’intérêt de prolonger celle-ci de quelques jours, voire de quelques semaines ou même de quelques mois, qui ne méritent plus d’être vécus.

Lorsque chaque instant hurle de souffrance.

Le Comité Consultatif National d’Ethique a dans un avis de juin 1991, étudié la possibilité d’une euthanasie d’exception qui permettrait dans certains cas de provoquer la mort d’un malade, pour finalement rappeler qu'une législation en la matière serait source d'interprétations abusives et incontrôlables.

Pourtant, je reste convaincue que l’acte d’euthanasie active pourrait être autorisé sous hautes conditions : nécessité de l’accord des trois partis (avec des dispositions particulières pour les patients non conscients), création d’un conseil spécifique du corps médical, contrôle statistique des relevés de décisions, accompagnement psychologique de la famille, …

Un douloureux débat.