J'ai eu maintes fois l'occasion, ces dernières années, de m'entretenir avec des personnes de tous âges et de tous milieux au sujet de leurs opinions politiques, et j'ai constaté avec une certaine surprise que nombre d'entre elles n'avouaient qu'avec réticence leur sensibilité de droite, précisant à plusieurs reprises qu'elles comptaient dans leurs relations de nombreux amis de gauche, ou cherchant à relativiser leur choix politique en s'abritant derrière des locutions standard telles que "le porte-monnaie à droite mais le coeur à gauche" et autres lieux communs...
Le coeur à gauche ?
Le fait est qu'une idée curieusement répandue semble effectivement faire de la gauche le lieu de toutes les béatitudes, le temple de la liberté, de la tolérance, de la compassion, de la probité, tandis que les individus affichant des opinions de droite, rigides et sévères, n'auraient pour credo qu'un ensemble de valeurs austères, dures et rétrogrades, mêlant le mépris des pauvres, la défiance face à l'étranger, une moralité douteuse, et une propension irrépressible à se tourner résolument vers des pratiques motivées par un souci exclusif de rentabilité, quitte à bafouer, à l'occasion, les principes moraux les plus élémentaires.
Quiconque fréquente ce blog aura compris que je ne partage nullement ce point de vue réducteur et totalement erroné !
Bien loin de s'appuyer sur une idéologie fermée et intolérante, la droite française s'applique au contraire à faire chaque jour la preuve de l'efficacité de ses méthodes, de sa volonté d'ouverture, de son désir de promouvoir les chances de chacun au sein d'une société pluraliste, et offre l'occasion à chaque individu d'apporter sa contribution personnelle au service du grand projet que représente la construction d'une collectivité juste, solidaire, où l'être humain et son bien-être seraient à nouveau au centre des préoccupations de tous.
Mais voyons de plus près sur quelles valeurs est bâtie cette gauche du coeur dont nous parlent avec tant de passion ses dignes représentants.
Et pour commencer, parlons un peu de la sincérité, de la franchise dont se targuent les gauchistes de tous poils (y compris Monsieur Peiffer, qui en est pourtant cruellement dépourvu...).
Comme chacun sait, l'homme de gauche méprise la gesticulation politicienne à laquelle se livrent les individus désireux de soigner leur image, et se présente au peuple tel qu'en lui-même, fier de son passé irréprochable, de ses idées généreuses et de ses mains toujours propres. Illustrons par exemple notre propos de quelques rappels biographiques relatifs à Laurent Fabius, dont l'impitoyable Denis Peiffer brossa naguère un si corrosif portrait.
Dès l'abord, l'engagement de Laurent Fabius semble passablement flou. Econduit par les RI et l'UDR, il choisit le PS par défaut, et se découvre un matin, lui, fils d'une riche famille d'antiquaires parisiens, normalien et énarque, investi de l'honorable mission de réduire les inégalités, de voler au secours des plus pauvres, incarnant l'espoir de tout un peuple de gauche séduit par sa jeunesse et son enthousiasme. Et quel bel exemple! ... Des idées, il en eut à foison, à commencer par l'introduction du Front National à l'Assemblée par la vertu du scrutin à la proportionnelle, ou par l'Impôt sur les Grandes Fortunes, initié alors qu'il était ministre du budget. A ceux qui, au passage, s'étonneraient que les oeuvres d'art aient pu se trouver curieusement écartées de l'assiette de recouvrement dudit impôt, nous rappellerons à toutes fins utiles que la famille Fabius doit justement sa confortable fortune au commerce des oeuvres d'art. Le hasard, dit-on, fait parfois bien les choses.
Ah! Laurent Fabius! Nous ne gloserons pas ici sur ses lourdes responsabilités dans l'affaire du Rainbow Warrior, ni dans celle du sang contaminé, mais nous ne pouvons nous empêcher de sourire au souvenir du populaire Laurent arrivant à Matignon en 2 CV Citroën, ou se rendant à la boulangerie de son quartier en pantoufles, pour faire pauvre ... On l'aura compris, je n'ai jamais pu me défaire d'un petit faible pour Laurent Fabius, tant son invraisemblable maladresse m'a mise en joie depuis des années. Puisqu'on en parle, le tableau pantoufles / 2 CV Citroën aurait d'ailleurs un petit goût d'inachevé sans l'hallucinatoire chapeau mitterrandien dont l'irrésistible Laurent crut bon de se coiffer lors de son pèlerinage à Jarnac en janvier 2006. L'idée était, j'imagine, de cultiver la ressemblance avec le tortueux François Mitterrand, qui affectionnait ce genre de couvre-chef. Comme l'eut sans doute souligné l'irrévérencieux Coluche, Laurent Fabius eut donc à choisir entre le talent de François Mitterrand et le chapeau de François Mitterrand... Un choix cornélien ! Pour la petite histoire, rappelons au passage que le trouble François Mitterrand ne s'avisa lui-même de sortir ainsi accoutré que pour se rapprocher vestimentairement (c'est toujours ça) du profil de Léon Blum...
Mais je m'égare, et Laurent Fabius n'est certes pas la seule référence morale du parti socialiste ! ... Evoquerons-nous encore Jack Lang, heureux détenteur de splendides propriétés au Touquet et dans le Lubéron, et se préoccupant pourtant, avec des sanglots dans la voix, du sort des "pauvres de plus en plus pauvres", aux abois tandis que prospèrent les "riches de plus en plus riches" ? Parlerons-nous des deux millions d'euros de patrimoine de l'ex-couple Royal/Hollande, dont la déclaration patrimoniale fantaisiste a fait pâmer de rire tous les experts immobiliers du pays ? Des mystérieuses rémunérations perçues par Dominique Strauss-Kahn de la part de la MNEF de 1994 à 1996 ? Du Président socialiste de la Région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, traduit devant la onzième chambre du tribunal correctionnel de Paris pour "prise illégale d'intérêts" ?
Mais laissons là les notions de franchise et de probité, et continuons plutôt notre tour d'horizon des vertus supposées de nos amis socialistes.
Après la franchise, donc, tâchons de voir comment les militants socialistes, exemples de solidarité et de fraternité, conjuguent activité politique et bonne camaraderie.
Face à une droite organisée, il est difficile de ne pas remarquer combien ladite gauche n'a su offrir, jour après jour, d'autre spectacle qu'une succession pathétique de coups bas mutuels, de phrases assassines, de querelles mesquines, provoquant pour finir l'échec de sa principale représentante à l'élection présidentielle.
Même si l'on évite la facilité en passant sous silence les ineffables facéties des Olivier Besancenot (je fais un gros effort pour ne pas parler longuement de ce petit monsieur), Marie-George Buffet, José Bové (pourfendeur des multinationales et des épis de maïs), Arlette Laguiller et autre Dominique Voynet, le spectacle offert par les leaders de la gauche modérée laisse songeur. De fait, à regarder s'agiter lesdits leaders, on a rapidement l'impression de visionner un mauvais remake de la série Dallas, à ceci près que tous les acteurs se seraient soudain changés en impitoyables J.R. ! ... Ainsi donc, voici le méchant Lionel (Jospin) qui méprise le jovial François (Hollande), affaiblit autant qu'il le peut sa position et son influence au sein du parti, et voit d'un très mauvais oeil l'investiture de l'ambitieuse Ségolène, tout cela parce qu'il ne supporte pas l'idée qu'on n'ait pas songé à le rappeler après ses (faux) adieux déchirants de 2002. De son côté, le pas si jovial François intrigue ouvertement pour ligoter Laurent Fabius dont la résurrection politique l'inquiète, et pour combattre Jack Lang qui a cru bon de dire publiquement tout le mal qu'il pensait de Ségolène Royal, inexpérimentée, maladroite et dangereusement incompétente. Certes, l'indiscipliné Jack a fait depuis machine arrière, mais les choses sont dites et le mal est fait.
Après la défaite de Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius se sont aussitôt illustrés par leur extrême virulence d'expression, le premier désignant sans ambages François Hollande comme responsable de la débâcle du PS, tandis que le second confiait qu'il "faut rendre à César ce qui est à César et à Ségolène ce qui est à Ségolène", à savoir la déconfiture du parti socialiste aux élections présidentielles, naturellement. Sur ces entrefaits, les deux leaders précités, jamais à court d'énergie, semblent soudain s'être avisés de l'opportunité de s'affronter sur l'épineuse question du traité constitutionnel de l'Union. Dallas, disais-je ? Voire !
Exit donc, les rêves de franche camaraderie, et voyons maintenant de quel capital miséricordieux disposent nos bouillants socialistes, toujours prêts à mettre en avant (de manière verbale uniquement) les principes d'entraide entre les peuples, de compassion et d'empathie. La douceur du coeur, la pitié pour les plus démunis, le refus absolu de toute mesure susceptible d'infliger des souffrances aux plus fragiles, voici les traits de caractère qu'on s'attend à trouver chez les représentants des socialistes, toujours prompts à donner des leçons d'humanisme à la cantonade.
Et là, tout à coup, on n'a plus envie de rire.
Quiconque suit de près la "politique africaine" de notre pays a pu admirer à loisir l'hypocrisie et la duplicité de nos dirigeants socialistes, qui n'ont eu de cesse, depuis des décennies, de faire et défaire des gouvernements "amis" au Cameroun, au Gabon, aux Comores, en Côte d'Ivoire, sans se préoccuper du sort de populations civiles affamées et martyrisées pourvu que les objectifs géopolitiques fixés soient atteints. Le plus ignoble épisode qui me vienne à l'esprit est celui du génocide rwandais, perpétré avec le total assentiment de l'état français et de son chef François Mitterrand qui, non content de soutenir militairement le régime du dictateur Habyarimana, se fera un devoir d'assurer la formation des milices rwandaises au plus fort des massacres, apportera un soutien sans faille, politique et financier, à ses commanditaires, et accueillera avec onction Jean Bosco Barayagwisa et Jérôme Bicamumpaka, principaux artisans de l'extermination des Tutsi. Le sommet de l'ignominie sera atteint lorsque François Mitterrand déclarera, après la fin des "combats", que "dans ces pays là, un génocide, ce n'est pas trop important. (sic)"
Que dire après ça? Evoquer encore, peut-être, le même François Mitterrand, qui donna à entendre au mouvement indépendantiste algérien que pour lui, "La seule négociation, c'est la guerre. (sic)"? Reprendre une à une ses déclarations brutales à la gloire du colonialisme français, ou l'évocation de son nom lors de l'assassinat du président du Burkina-Faso Thomas Sankara, coupable de s'être rebellé contre la tutelle invasive de l'oncle divin? Revenir encore sur l'affaire du Rainbow Warrior, coulé par le frère de Ségolène Royal sur ordre des services secrets français?
On en reste hébété.
Je ne sais pas à quoi ressemble votre monde de gauche, Messieurs les socialistes, mais ce dont je suis sûre, c'est qu'il ne doit pas sentir la rose...
Florence Soriano-Gafiuk
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