Actualités et Politique

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Vendredi, 1 octobre 2010

Foire aux questions

Très souvent interpellée par l'un ou l'autre de mes correspondants au sujet de la réforme des retraites, j'ai constaté que les mêmes questions reviennent souvent, et j'ai donc décidé de rédiger, sous la forme commode d'un question-réponse, l'essentiel de ce qu'il y a à savoir sur cette thématique.

1.- Nombre de voix s'élèvent pour dénoncer le caractère unilatéral des décisions relatives à la réforme des retraites. Plusieurs prétendent qu'en fait de "consultations", tout est plus ou moins joué, avec des négociations de pure forme dévolues à des éléments accessoires. Qu’en est-il en réalité ?

De fait, il faut reconnaître que l'ensemble des discussions a été mené de manière rigoureuse et cadrée, eu égard à l'urgence de la situation. Contrairement à un pays comme la Suède, qui a multiplié études et enquêtes pendant plus de quatorze ans avant d'initier une réforme de son système de retraite, nous-mêmes sommes confrontés à un état de fait qui ne saurait autoriser lenteurs et piétinements. Cela dit, les prescriptions arrêtées par le gouvernement sont favorables, puisqu'elles excluent aussi bien la hausse des cotisations que la baisse des pensions ! Il faut donc agir sur les paramètres restant dont, en particulier, l'âge de départ à la retraite.





2.- Puisque le report de l’âge de départ à la retraite n’est pas inscrit dans le programme électoral du Président de la République, pourquoi prendre le risque de s’engager dans une telle réforme à quelques mois seulement du lancement de la campagne aux présidentielles ?

Par son essence même, la crise financière brutale provoquée par les transactions spéculatives de certains affairistes dépourvus d'éthique était difficilement conjecturale. Si des prévisions avaient pu être conduites, le Chef de l'Etat n'aurait certainement pas hésité à inscrire dans son programme électoral des mesures fortes en faveur du maintien de notre système de retraite par répartition. Il faut bien comprendre qu'en quelques mois, la crise a profondément modifié le paysage social et économique de la France et, de fait, a mis en lumières certains défaillances de notre système. Le Président de la République en a d'ailleurs tirer des conséquences immédiates : "La crise appelle à accélérer le rythme des réformes, non à la ralentir !".

3.- Quels facteurs objectifs motivent une certaine hostilité du public vis-à-vis de ce projet du rallongement du temps de travail ?

Sur ce point, les choses sont assez claires, et faciles à expliquer. Il se trouve que dans leur souhait légitime de rester compétitives face à leurs concurrents des pays en voie de développement, nos entreprises sont au pied du mur. Il faut réduire les coûts, encore et encore. Comme il est difficilement envisageable de diminuer les rémunérations des salariés, c'est aux effectifs qu'on s'attaque, et le personnel restant se trouve soumis à des rythmes épuisants, destructeurs, dont certains ne se relèvent pas. Arrivés en fin de carrière, beaucoup sont exténués, et voient d'un mauvais œil la perspective de tenir encore plusieurs mois, voire plusieurs années. En ce domaine, nous serions bien inspirés de chercher à adapter les schémas suivis avec succès dans les pays d'Europe du Nord, par exemple, qui visent la compétitivité par d'autres voies, innovation et qualité en tête.

4.- S'engager dans un processus de réformes est-il vraiment incontournable pour assurer la retraite de nos concitoyens et l’équilibre des systèmes de retraite par répartition ?

Comment penser le contraire ? L'effondrement de la pyramide des âges (1) consécutif au « baby-boom » de l’après-guerre et l’allongement de la longévité (2) fragilisent considérablement le pacte transgénérationnel dont notre système de retraite est tributaire : les prévisions statistiques menacent la France d’atteindre en 2050 un ratio de 1,2 actifs pour un retraité (contre 1,8 en 2010). Ce déséquilibre démographique pourrait, à terme, induire des conflits intergénérationnels dont les effets seraient désastreux pour notre société. Aujourd’hui, 2 jeunes sur 3 ne croient plus en notre mode de retraite par répartition !

Cette année déjà, une retraite sur dix ne peut être financée sans un recours à la dette, soit au total un financement supplémentaire de 32 milliards d’euros pour cette seule année 2010 ! En 2050, cette somme s’élèvera à 102 milliards par an. Comment croire un seul instant que les générations futures seront en mesure de payer la lourde ardoise de leurs aînés ?

  1. Alors que la population des moins de 60 ans stagnera, celle des plus de 60 ans passera de 15,5 millions en 2010 à 23 millions en 2050.
  2. Si une femme née en 1946 a une espérance de vie de 78 ans (75 ans pour un homme), une femme née en 2009 a une espérance de vie de 87 ans (82 ans pour un homme).

5.- Beaucoup trouvent anormal que les retraites soient financés exclusivement par les revenus d'activité. Quid des revenus du capital, des valorisations immobilières tonifiées par les exonérations fiscales accordées par l'Etat ?

En ce domaine, il convient de faire preuve d'un minimum de pragmatisme. Soyons clairs : taxer sans vergogne les revenus du capital reviendrait, à court terme, à chasser de notre territoire leurs bénéficiaires directs. Hors, c'est exactement ce qu'il faut éviter à tout prix pour notre économie, qui paierait au prix fort des expatriations en grand nombre.

6.- Est-il raisonnable de prolonger la durée de cotisation des travailleurs alors que les séniors sont victimes de mesure de licenciement ?

Avant de répondre à cette question, précisons un point : de nombreux séniors (femmes et hommes) témoignent régulièrement de leur souhait de prolonger leurs activités professionnelles au-delà de 65 ans, pour des raisons d’ailleurs très diverses qui peuvent être un intérêt pour la nature du poste proposé, la quête d’un épanouissement personnel, le maintien d’un niveau de vie ou tout simplement, la recherche d’un équilibre psychologique. Mais pour revenir à votre question, ne croyez pas que le report de l’âge de départ à la retraite n’aura aucun effet sur l’âge de cessation d’activité. Les études statistiques les plus récentes, conduites à l’échelle européenne, mettent en exergue le « principe de bord » qui affirme que la cessation d’activité n’est en fait qu’un phénomène d’anticipation du départ à la retraite. En d’autres termes, si les séniors accèdent plus tardivement à la retraite, ils seront également plus tardivement victimes des mesures de licenciement prises à leur encontre.

7.- Est-il cohérent de maintenir les séniors en activité, alors que les jeunes peinent tant à s’insérer durablement dans la vie active ?

On a longtemps estimé que réduire le chômage des jeunes impliquait de sortir les seniors du marché du travail. Si l’expérience passée montre que cette logique est fausse, c’est tout simplement parce que le profil d’un jeune ne peut être comparé à celui d’un sénior : le recrutement du premier présente autant d’atouts (puissance physique, capacité d’adaptabilité, force d’innovation, connaissance actualisée dans un secteur d’activités,…) que le maintien du second, riche d’une très longue expérience à laquelle aucun principe appris, aucune connaissance livresque ne saurait se substituer. Jeune et sénior ont tant à gagner à travailler ensemble, l'un instruisant l'autre, le second dynamisant le premier, chacun apportant son ouverture, ses connaissances, son enthousiasme, sa joie de vivre, et tout le monde sortant bénéficiaire de l'aventure. Le temps est venu pour notre société de rentrer dans une véritable « logique de solidarité intergénérationnelle» qui veut que le travail du sénior ne se développe pas au détriment de l’emploi du jeune. Pourquoi ne pas essayer ?

8.- Quid des régimes spéciaux, ou encore des différences de formules entre les salariés du public et du privé ?

C'est une bonne question, et il convient d'y répondre avec précision, dans la mesure où le sentiment qu'il existe des différences de traitement a pu générer dans l'esprit du public un sentiment d'injustice bien compréhensible. Il faut le savoir, les fonctionnaires cotisent désormais sur une période alignée exactement sur celle de leurs homologues du secteur privé, et cela depuis 2003. Quant aux régimes spéciaux que vous évoquez (RATP, SNCF, EDF...), l'allongement de leurs durées de cotisa- cotisation est à l'étude, et doit être mené par l'action conjointe des directions et des syndicats de chacune de ces entités.

9.- Pourquoi ne pas encourager la retraite par capitalisation ?

Très honnêtement, la retraite par capitalisation n'est nullement la panacée que présentent ses promoteurs. Sur le plan purement théorique, une analyse rapide nous montre que ce système est perdant à long terme, et cela pour plusieurs raisons faciles à saisir. D'une part, il se trouve que les excellents rendements des systèmes de capitalisation enregistrés sur les marchés financiers sont imputables aux cotations exceptionnelles des entreprises sur lesquelles ils ont misé. Si le dit système devait se généraliser, il faudrait se référer à des cotations moyennes, et les taux annoncés ne pourraient être tenus. Plus flagrant encore est l'argument énonçant le fait que payer des pensions sous-entend la nécessité de retirer une grande partie des gains du marché, d'où une chute drastique des rendements subséquents. Comment, dans ces conditions, défendre encore l'opportunité du système de retraite par capitalisation, dont les expériences tentées à l'étranger ont montré le caractère illusoire et décevant. Certes, d'aucuns ont pu y voir une façon, pour un gouvernement, de se défaire des aléas conjoncturaux imposant d'impopulaires hausses des cotisations qui seraient imputables, alors, aux seuls leaders des fonds de pension, mais aussi un moyen favorable, pour lesdits leaders, de lever des fonds considérables à des fins de spéculation. Nos seniors, en tout cas, ne sauraient sortir gagnants de tels dispositifs, et c'est de cela que nous souhaitons nous préoccuper pour l'heure.

10.- Un petit mot pour conclure ?

Un objectif majeur, outre la construction d'un système de retraite sûr et pérenne, est l'uniformisation des mesures, des régimes, dans un esprit de justice et d'équité. Certes, beaucoup de choses restent à faire dans cette direction ! Par exemple, pourquoi les actifs non imposables payent-ils la CSG alors que les retraités non imposables en sont automatiquement exonérés ? C'est en levant les contradictions et en instaurant des conditions nouvelles, rationnelles et justes, que nous obtiendrons des résultats satisfaisants et durables.

Lundi, 22 octobre 2007

Encore une histoire d'ADN

Le monde de la recherche scientifique vient d'être secoué par le scandale consécutif aux récentes déclarations de James Watson, prix Nobel de médecine en 1962 après avoir co-découvert la structure moléculaire de l'ADN.



Dans les colonnes du Sunday Times Magazine, ce chercheur affirme en effet sans ambiguïté que les noirs-africains sont moins intelligents que les blancs, annonce que des études scientifiques sérieuses corroborent cette évidence, et en tire des conclusions immédiates quant à l'inutilité des politiques sociales initiées aux Etats-Unis en faveur des populations défavorisées composées d'individus de couleur.



Ces allégations sont, cela va sans dire, inadmissibles et complètement aberrantes, et je condamne fermement la tenue de tels propos, surtout de la part d'un chercheur de tout premier plan.



Autant que je puisse le voir dans les innombrables notes relatant cette affaire, c'est bel et bien ce gradient supposé entre les intelligences des représentants de différentes races qui interpelle le public.



Pour ma part, j'aimerais expliquer qu'au fond, ce n'est pas tant cette foi absurde en telle ou telle inégalité des performances qui me choque le plus, mais, surtout et avant tout, les conclusions que les tenants de ces thèses se proposent d'en tirer !



Pour ne donner qu'un exemple, il est établi que les populations d'origine asiatique sont beaucoup moins souvent victimes de cancer que les occidentaux, bien qu'il soit difficile, à l'heure actuelle, de pointer du doigt de manière certaine, une raison objective expliquant cet état de fait. Ainsi, les explications avancées hésitent entre facteurs alimentaires, environnementaux et génétiques.



Dans le cas où la recherche future établirait que les asiatiques possèdent effectivement l'avantage génétique d'être moins sujet au cancer, il ne serait nullement choquant d'accepter simplement ce fait démontré. Ce qui serait anormal, en revanche, serait d'en déduire aussitôt un quelconque principe de supériorité de la race asiatique sur les autres, en invoquant ces connaissances nouvelles.



Dans un même ordre d'idée, qu'importe qu'on établisse un jour que le potentiel sportif d'un noir-africain ou la résistance à l'infarctus d'un asiatique sont supérieurs à ceux des autres ! Qu'importe qu'un homme ait une force physique supérieure à celle d'une femme, qu'une femme soit plus résistante à la faim qu'un homme, qu'un coréen soit en moyenne plus petit qu'un hollandais. Je considère qu'un individu possédant un quotient intellectuel, une mémoire ou des talents artistiques innés lui permettant des performances qui dépassent les miennes ne font en aucun cas de lui une personne qui me soit supérieure !



Que des différences d'une nature ou d'une autre soient avérées ou pas, ce qui compte est de défendre fermement le principe d'égalité de tous, et de ne jamais déroger à ce principe universel, sous quelque prétexte que ce soit.



Florence Soriano-Gafiuk

Jeudi, 6 septembre 2007

La bohème au pilori...

Les personnes qui fréquentent ce blog ont pu constater que la protection des minorités les plus exposées et la lutte contre les injustices, les discriminations et les violences de toutes sortes ont toujours été au centre de mes préoccupations. De fait, je n'ai jamais hésité à m'engager avec force à chaque fois que la vie m'a confrontée à ce type de situations, et j'ai la ferme intention de persister dans cette voie à l'avenir.

Parcourant hier le blog du socialiste Denis Peiffer, dont les billets maladroits et les analyses exotiques m'avaient beaucoup amusée par le passé, j'ai eu la surprise désagréable de découvrir un texte particulièrement odieux, où Denis Peiffer s'en prend avec une rare brutalité, à la communauté des gens du voyage. ( http://peifferdenis.over-blog.com/a...)



Conformément à la plupart des billets de Denis Peiffer, celui-ci débute comme une sorte de conte, racontant aux lecteurs une histoire simple et frappante, et termine en fournissant sur mesure la morale à tirer de ladite histoire, et en précisant pour son public les personnages principaux : le bon (alias Denis Peiffer) et les méchants (alias les familles tsiganes). Dans l'article qui nous occupe, on nous montre ainsi notre romantique conseiller municipal flânant au hasard des routes, tel Jean-Jacques Rousseau philosophant au bord des ruisseaux. Soudain, Denis Peiffer, l'oeil hagard et le teint cireux, tombe en arrêt devant un spectacle insupportable : à faible distance de son auguste personne, quelques enfants tsiganes jouent paisiblement, tandis que leurs mères étendent du linge au soleil.



On imagine combien cette épreuve a dû être traumatisante pour Denis Peiffer, défenseur de l'ordre et de la justice, car pour ceux qui l'ignorerait encore, "force est de constater que leur présence s'accompagne toujours de désagréments..." (sic). Comme d'habitude, l'auteur illustre ses lamentables prises de position de témoignages douteux censés démontrer que ses paroles expriment une opinion générale, et fait une démonstration de plus de sa propension aux dérives démagogiques les plus malsaines.

Car là, on ne sourit plus !



Denis Peiffer ignore-t-il que le taux de délinquance chez les gens du voyage s'apparente à celui des populations sédentaires ? Ne pourrait-il avoir un peu de compassion pour ces malheureux dont les sociologues ont récemment évalué l'espérance de vie à 45 ans en Italie, du fait des maladies qu'ils contractent, du manque de soins, ou plus simplement de la malnutrition ? Ignore-t-il qu'il faut se rendre à Marignane (ville qui s'est rendue tristement célèbre en consacrant aux municipales de 1995 un candidat du Front National) pour voir appliquer concrètement, à l'encontre des tsiganes, les mesures "fermes" qu'il appelle de ses voeux : expulsion brutale de familles avec leurs enfants en bas âge, destruction de leur habitat au bulldozer, élévation de monticules de terre pour rendre impossible l'accès à des espaces dont on souhaite les éloigner...Voila des pratiques qui doivent sonner de manière fort agréable aux oreilles de Denis Peiffer, qui condamne avec indignation l'esprit d'ouverture et de tolérance dont fait preuve Céleste Lett, celui-ci se refusant à "casser du tsigane" pour complaire, comme d'autres s'empresseraient de le faire, à un certain électorat.

A mon sens, il est bien dommage que l'anti-tsiganisme, qui est une forme flagrante de racisme, ne soit pas puni avec la même sévérité que ses pendants visant d'autres communautés (juive, maghrébine, noire-africaine...). Il n'est pas inutile de rappeler qu'un demi-million de gens du voyage ont été assassinés par les nazis, et il serait regrettable que cette communauté, après tout ce qu'elle a enduré, continue à être l'objet de ragots et de persécutions de la part de nos concitoyens, et, pire encore, de nos élus... surtout lorsqu'ils se prétendent de gauche!... "Au moins nous saurons où se trouvent les nomades et pourrons mieux les contrôler"... Ces propos méprisants et discriminatoires sont purement et simplement inadmissibles.



Puisqu'on en parle, les socialistes ne sont d'ailleurs pas les seuls représentants de la gauche à persécuter les gens du voyage, car sur ce chapitre, les "écologistes" savent également, à l'occasion, se distinguer avec virulence. On a ainsi pu apprendre qu'à Pont-Sainte-Maxence, les verts s'étaient violemment opposés à l'installation de quelques familles tsiganes dans un espace situé en rase campagne, au prétexte que cet endroit se situait "sur le lieu de passage de grands animaux" (cerfs, sangliers...) ! Autrement dit, il n'est en aucun cas choquant, aux yeux des écologistes, de faire passer les gens du voyage après les animaux...

Je terminerai ce billet en rappelant que Faouzi Lamdaoui, secrétaire national à l'égalité et au partenariat équitable du Parti Socialiste, affirme son attachement au principe de la tolérance zéro pour les propos à caractère raciste. Que Georges Frêche ait été suspendu de toutes fonctions au sein du Parti Socialiste pour ses propos sur le nombre de joueurs de couleur dans l'équipe de France de football me semble tout à l'honneur de la formation politique précitée. J'espère que cette sanction servira d'exemple, car je serai très attristée de voir fleurir sur les blogs une prose nauséabonde semblable à celle qui a motivé cette réponse.



Florence Soriano-Gafiuk

Vendredi, 13 avril 2007

Pression, stress et suicide au travail

Alerte à un « nouveau » phénomène

C’est avant même l’heureux dénouement de ma difficile situation professionnelle, que mon envie d’engagement pour la défense du développement humain du chercheur et en particulier, pour la lutte contre le harcèlement et les discriminations (raciale, sexiste, ethnique ou autres) dans les laboratoires de recherche est née. Et c’est à l’aube de premières démarches pour la concrétisation de ce projet que je souhaite alerter au « nouveau » phénomène pointé par le récent suicide d’un technicien de 44 ans, sur l’un des sites de l’entreprise Renault.

Ce drame a en effet permis de repérer un nombre alarmant de suicides liés au travail.

Lorsqu’en six mois une entreprise enregistre quatre suicides, le débat s’ouvre.

Selon une étude du Conseil économique et social, au moins une personne par jour se donnerait la mort à cause du stress au travail.

Les principales causes du suicide au travail

La souffrance sur le lieu du travail est souvent l’effet de plusieurs causes :

- le lien entre le travail et la construction d’une identité sociale,

- la peur du chômage et de la précarité, à l’heure où le taux de paupérisation de la population française est de plus en plus élevé,

- l’éclatement (de plus en plus fréquent) des familles qui ne permet plus à ces dernières d’être un rempart suffisant pour éviter la dépression. Et comme la réciproque s’avère vraie - les conditions de vie dégradées ou humiliantes sur le lieu du travail nuisent à l’épanouissement sur les plans personnel et familial -, la personne en souffrance rentre rapidement dans un cercle vicieux qui peut entraîner inéluctablement vers le suicide.

- la mondialisation qui fait peu de cas de la valeur humaine (anonymat, absence de dialogue, stress, concurrence entre les salariés, mise au placard, licenciement, harcèlement moral voire sexuel,…) au rythme des restructurations de société, des reprises successives, et de choix stratégiques qui ne s'accompagnent d'aucune explication.

Quelques alternatives

Maintenant que les tabous ont été levés, il est urgent de mettre en place quelques dispositifs préventifs :

- l’augmentation du nombre de consultations obligatoires auprès du médecin du travail

- la programmation de reconversions professionnelles : la formation tout au long de la vie doit être favorisée

- la création de cellules indépendantes d’écoute et de compréhension au sein des grandes entreprises ou de groupements de PME, rassemblant des médecins du travail, des psychologues spécialisés, des assistantes sociales et des représentants des services des ressources humaines

- la révision du code de travail :

1/ En cas de cession de société, la responsabilité du vendeur doit être engagée pour une durée déterminée. Des conditions de travail décentes pour le personnel doivent être maintenues.

2/ Le travail effectué doit être valorisé, et l’employé respecté.

3/ Un plan social (qui traite notamment des situations des smicards et des cadres de plus de 50 ans) doit être mis en œuvre.

4/ La lutte contre toutes formes de harcèlement doit mieux s'organiser : les syndicats ne sont plus suffisamment puissants. Des associations travaillant en réseau avec des avocats, des médiateurs et des élus politiques doivent être créés. La législation sur le harcèlement doit être revue : certaines situations n’ont pas encore été prévues.

5/ Les missions des comités d'entreprise (CE) et des comités d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT ) doivent être renforcées.

De telles mesures permettront d’engager une lutte contre les situations professionnelles de grande détresse, et devraient en particulier pouvoir faire régresser de nombreuses dérives (dépression, alcoolisme, drogue, tentative de suicide ou suicide avérée, violence,…).

Mardi, 27 mars 2007

La douloureuse solution de l’euthanasie

A travers le récent procès d’une médecin et d’une infirmière qui ont injecté en 2003, dans un hôpital du sud-ouest de la France, un sérum à une patiente en phase terminale d’un cancer pour précipiter une fin devenue trop cruelle, le débat sur l’euthanasie a été relancé et divise encore une fois la population.

Je suis d’autant plus sensible à ce sujet que mon père vient de connaître la longue déchéance et l’abominable torture qui ont transformé, durant un an, sa vie en un véritable cauchemar de souffrance et de désespérance, malgré sa force mentale et sa volonté de combattre et de vaincre cette cruelle maladie. La veille, il criait sa peur de mourir. Il voulait rester parmi nous. Et pourtant, la mort l’a enlevé. L’arrêt cardiaque l’a épargné de l’ultime phase durant laquelle le cœur s’acharne à vouloir battre, alors que le corps est déjà en train de pourrir.

Lorsque le malade vomit sa propre merde.

Ces réalités qui forcément façonnent les prises de position.

Nulle surprise si plus de 2000 médecins et infirmiers viennent de signer un manifeste où ils reconnaissent « avoir aidé des patients à mourir avec décence », tout en sachant que cette attitude était en désaccord avec la loi actuelle".

Mais que dit la loi ?

La loi relative aux droits des malades et à la fin de vie a permis plusieurs avancées pour le patient, puisque désormais, lors de la phase terminale d’une affection grave et incurable,

  • elle condamne l’acharnement thérapeutique,
  • elle permet la limitation ou l’arrêt d’un traitement,
  • elle autorise l’application de palliatif (la morphine par exemple) même si celle-ci peut avoir pour effet d’abréger la vie,
  • elle donne un rôle essentiel à la volonté du malade qui a droit à l’accès à l’information et au pouvoir de décision.

Cependant, la loi ne répond pas encore à toutes les situations et peut parfois paraître insuffisante : 70 % des français meurent à l’hôpital, et 10 % d’entre eux demandent encore la mort.

Nombreux militants luttent « pour qu’une loi voie le jour avec les deux principes fondamentaux de respect de la volonté du malade et de dépénalisation du geste compatissant du médecin qui, à sa demande lucide et pressante, aide quelqu’un à mourir.»

Comment améliorer la loi ?

Dans le cas particulier de mon père, la douloureuse solution de l’euthanasie n’avait pas lieu d’être envisagée, puisqu’il était encore attaché à la vie, tout simplement parce qu’il voulait encore croire à la guérison, et que personne, ni au sein de la famille, ni dans le corps médical, n’a jamais essayé de l’en dissuader.

Cependant, la surprise pour tous les membres de la famille de la rapidité de l’issue pourtant prévisible, alors que tous pensions avoir encore quelques semaines, voire quelques mois, pour nous dire adieu et essayer de nous quitter, sinon dans la sérénité, au moins dans la douleur, a rendu la peine de chacun plus indélébile.

Ce point est essentiel car il illustre que si la volonté du malade est essentielle, l’avis de la famille ne peut être ignoré.

En fait, dès lors que les trois partis (patient, famille et corps médical) se sont entendus pour accompagner la fin de vie, je ne perçois pas l’intérêt de prolonger celle-ci de quelques jours, voire de quelques semaines ou même de quelques mois, qui ne méritent plus d’être vécus.

Lorsque chaque instant hurle de souffrance.

Le Comité Consultatif National d’Ethique a dans un avis de juin 1991, étudié la possibilité d’une euthanasie d’exception qui permettrait dans certains cas de provoquer la mort d’un malade, pour finalement rappeler qu'une législation en la matière serait source d'interprétations abusives et incontrôlables.

Pourtant, je reste convaincue que l’acte d’euthanasie active pourrait être autorisé sous hautes conditions : nécessité de l’accord des trois partis (avec des dispositions particulières pour les patients non conscients), création d’un conseil spécifique du corps médical, contrôle statistique des relevés de décisions, accompagnement psychologique de la famille, …

Un douloureux débat.