La création en 1990 des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) répondait à la nécessité d’universitariser la formation initiale des enseignants afin de promouvoir les métiers de l’enseignement et d’harmoniser notre système de formation avec les systèmes universitaires européens, dans un contexte national qui voulait l’amélioration de la qualité de la formation des maîtres et qui prévoyait le recrutement massif de professeurs.
La création des IUFM pouvait donc être perçue comme l’étape transitoire du processus d’universitarisation de la formation des maîtres, dont la dernière phase, prévue par la loi de Fillon de 2005 pour une mise en application en avril 2008 au plus tard, est l’intégration pure et simple de l’IUFM à l’Université.
Aujourd’hui, 17 ans plus tard, le contexte a cependant bien changé, à l’échelle nationale puisque l’Etat prévoit de recruter moins et de former autrement (nouveaux outils technologiques, formation à distance, pédagogie différenciée, coopérations avec des partenaires étrangers,…) et à l’échelle internationale, puisque l’Education française en général, et la formation des maîtres en particulier, bien qu’assommée par des réformes successives (qui ne permettent pas à l’existant de mûrir pour prendre toute sa valeur), a perdu sa place dans le peloton de tête des pays européens.
Les défis lancés aux IUFM sont donc nombreux. Je n’en développerai que quelques uns.
1. Réussir à combiner la culture universitaire avec la mission de prestataire de services de l’IUFM
Si l’universitarisation répond à une certaine logique (d’harmonisation européenne), elle entre en revanche en opposition avec l’autonomie de plus en plus grande (et incessamment demandée par les Présidents) des Universités françaises, puisque la formation des maîtres par la parution dans le bulletin officiel d’un cahier des charges, par l’élaboration d’une commission d’évaluation et par la représentation forte de l’employeur dans le conseil d’école de l’IUFM, sera clairement pilotée par l’Etat (et non l’Université).
2. Réussir à développer une politique commune de formation des maîtres des universités
Parce que l’IUFM doit être intégrée dans une université et une seule, alors qu’elle a pour mission de préparer au concours de recrutement tous les étudiants de la région, et de former au métier tous les professeurs stagiaires de l’académie, une charte de politique commune et riche de formation des maîtres devrait pouvoir être signée entre les différentes universités de la Région.
3. Réussir à favoriser l’information et l’orientation des étudiants intéressés par les métiers de l’enseignement (pour une optimisation quantitative de la formation)
4. Réussir à élaborer de véritables curricula de formation (pour une optimisation qualitative de la formation)
Le cahier des charges de la formation des maîtres prévoit des curricula de formation qui s’étendraient désormais, non plus sur une seule année, mais sur sept années (du L1 au T2).
D’autres créneaux de formation seront certainement ouverts : certains IUFM déjà intégrés sont par exemple sollicités par le Centre d’Initiation à l’Enseignement Supérieur, donc dans le cadre de la formation pédagogique des étudiants moniteurs d’enseignement et de recherche de l’Université.
Dans tous les cas, l’IUFM habitué sous les consignes ministérielles à renouveler tous les ans son plan de formation, appréciera de pouvoir inscrire son offre de formation dans le plan quadriennal de l’université.
5. Réussir à mastériser la formation des maîtres
La mastérisation de la formation des maîtres est sans doute l’un des plus grands enjeux de l’universitarisation, dans la mesure où elle permet la reconnaissance au niveau BAC + 5 des professeurs stagiaires, et replace la France sur le marché international. En effet, s’il devenait enfin possible de séparer les modalités de recrutement de la certification, la formation IUFM-ienne pourrait être proposée à tous les étudiants francophones dont le projet professionnel est le professorat. Elle deviendrait ainsi une formation reconnue (par une certification) et transférable (par la délivrance d’ECTS).
Quelques obstacles apparaissent cependant :
- Si l’Université diplômatise les connaissances, la mastérisation aux métiers de l’enseignement ne prendra sens qu’en tenant compte aussi bien des compétences que des connaissances. Sur cette base, le professeur stagiaire (concours très difficile en PE1/PLC1, et haut niveau de compétences en PE2/PLC2) méritera la délivrance de la totalité d’un master professionnel.
- L’architecture semestrialisée de l’offre de formation LMD en unités d’enseignement risque de découper la culture professionnelle.
- L’évaluation des unités d’enseignement est une difficulté majeure, puisqu’elle doit pouvoir mesurer les dix compétences exigées par l’employeur, qui, par nature en tant que finalités semblent justement difficilement évaluables. Comment par exemple mesurer la compétence d’un stagiaire à « agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable » ?
6. Réussir à mettre en place une formation universitaire professionnelle
Réussir l’intégration de l’IUFM à l’Université, c’est donc réussir à articuler deux processus en tension : la professionnalisation et l’universitarisation.
Les nouveaux plans de formation, basés sur le principe de l’alternance, devront favoriser :
- la transformation en savoirs de professeurs les savoirs acquis comme savoirs d’élèves
- une distanciation critique sur la discipline et sur son enseignement
- l’ancrage de l’action professionnelle sur des savoirs de haut niveau et issus des sciences humaines et sociales
- la réflexivité sur la pratique et l’action professionnelle en vue d’une professionnalisation durable : en effet, parce que l’IUFM forme des enseignants pour 40 ans de carrière, les enseignants doivent être en mesure au fil des réformes et des problèmes professionnels d’ajuster leurs pratiques et de transférer leurs savoirs.
7. Réussir à maintenir, voire développer, la formation de formateurs
Nombreux formateurs (professeurs des écoles associés, PIUFM, …) pourront mieux atteindre toute leur légitimité si leur niveau de qualification devient au moins égal à celui des apprenants. Dans ce cadre, il serait important que l’Université intégratice consente à favoriser une formation permettant l’accroissement de la qualification (Master et Doctorat) de tous ces collègues.
8. Réussir à légitimer la recherche en Education
En 1993, soit trois ans après leur création, les IUFM, pourtant qualifiés d’instituts universitaires, ont été en quelque sorte désuniversitarisés : la possibilité de créer des laboratoires de recherche ne leur est pas donnée.
Le défi est d’autant plus grand que la recherche en Education, en tension entre recherche scientifique et recherche de praticiens est souvent dénigrée.
9. Réussir à conserver la richesse de nos modes de fonctionnement
L’identité des IUFM, qui repose en particulier sur :
- une formation articulée autour d’objets de compétences
- une structure très spécifique (gouvernance, organigramme, multiplicité des implantations,…)
- une grande diversité de formateurs (PE, PLC, EMF, DEA, PLP, COP, CPE, IEN, IPRI, chef d’établissement, PRCE, PRAG, MCF, PU,…),
constitue l’une des grandes richesses et forces de ces instituts, qu’il est essentiel de conserver.
10. Réussir à conserver nos liens forts avec le milieu professionnel
11. Réussir à s’engager dans la formation continue des enseignants
12. Réussir à insérer et légitimer les échanges internationaux dans le continuum de formation des maîtres
13. Réussir à investir la formation à distance et son marché
Je voudrais terminer ce billet par une note plus rassurante face à ce processus d’universitarisation qui effraie tant les usagers de l’IUFM : croyons tous à l’hospitalité des universités, et au large champ de nouvelles actions qui va bientôt s’ouvrir à nous, tant sur le plan de la formation que sur celui de la recherche.
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