Education et Formation des maîtres

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Réflexions

Mercredi, 1 avril 2009

Enseignement : les nouvelles technologies au chevet d'une relève qui doute

Interview avec une journaliste du mensuel franco-allemand Paris-Berlin.

Première question : En Allemagne, la population enseignante vieillit (ainsi qu'en France) et le système éducatif a du mal à remplacer les enseignants. Pourquoi ?

En France, la situation n'est sans doute pas aussi alarmante qu'en Allemagne, même si certaines académies sont plus touchées que d'autres par la forte diminution du nombre de candidats au Concours du professorat du second degré (CAPES, CAPLP, CAPET ou Agrégation). La Lorraine illustre bien ce contexte, avec une population importante de professeurs partant à la retraite et, simultanément, des difficultés croissantes à recruter et à former le nombre d’enseignants dont elle a besoin. La préparation au CAPES de Mathématiques du pôle universitaire messin a ainsi vu le nombre de candidats diminuer de près de 70 % en moins d'une décennie, avec des interrogations légitimes concernant la qualité des promotions recrutées. De fait, les deux facteurs essentiels de cette désaffection de la jeunesse française pour le professorat des collèges et lycées sont de natures tout à fait distinctes : le premier est affectif et identitaire, tandis que le second est davantage d'ordre médiatique et sociétaire.

Il faut bien comprendre qu'en France, le concours de recrutement au professorat des collèges et lycées est un concours national (encore très difficile), si bien que de sorte que les affectations des professeurs suivent la loi d'un barème dont l'un des paramètres est l'ancienneté dans la fonction publique. Ainsi, les néotitulaires se voient généralement déracinés de leur région, avec la perspective d'effectuer leur mission d'enseignement dans des établissements souvent sensibles, dans les académies de France les moins attractives. Arrachés à leurs attaches familiales et sentimentales, privés des liens identitaires tissés avec leurs territoires d'origine, c'est parfois à contrecœur qu'ils rejoignent une académie qu'ils n'ont pas véritablement choisie. Parallèlement à cette expatriation non souhaitée et quelquefois assez mal vécue, les enseignants débutants sont également confrontés à une épreuve d'un ordre, liée à la crainte d'affronter sur le terrain des situations de tapage, voire de violence, dont on sait aujourd'hui qu'elles ne relèvent ni de faits isolés montés en épingle, ni d'exagérations tendancieuses. Evoquée sans détours par les médias, l'exacerbation des tensions au sein des collèges et lycées dits sensibles provoque l'agression d'une soixantaine de professeurs chaque jour, et mêmes les établissements plus calmes ne sont plus à l'abri de la survenue d'évènements de cet ordre. Dans ces conditions, on comprend que la participation à "l'effort national" soit perçue de manière plutôt mitigée par les principaux intéressés. La situation de l'enseignement du premier degré, pour sa part, obéit à des réalités complètement différentes. Pour commencer, un paramètre absolument capital réside dans le fait que est le concours de recrutement correspondant est académique et, de ce fait, lie les lauréats à leur région ! Le métier de professeur des écoles s'est également vu parer, au cours du temps, des multiples agréments liés à une condition professionnelle paisible et sûre, privilégiant de surcroit les attaches familiales, amicales, associatives, ménageant du temps pour ses propres enfants, offrant une tâche quotidienne gratifiante, bénéfices qui, en définitive, on finalement séduit davantage de jeunes filles (80 % des candidats), leurs homologues masculins marquant quelques réserves liées, justement, à une certaine féminisation du métier, et à un sentiment de dévalorisation plus global et plus flou qu'on ne peut que regretter.

Seconde question : L'école du futur peut-elle se passer de professeurs ? Va-t-on vers la cyber-école ? Qu'en pensez-vous ?

A votre question de savoir si l'école du futur peut se passer de professeurs, je répondrai sans hésiter que non ! Aussi performants que soient les équipements, les réseaux et les logiciels, ceux-ci ne seront jamais que des moyens techniques permettant d'acquérir l'information, de comprendre des concepts, de s'approprier des compétences nouvelles, sans que la valeur impondérable d'une présence humaine au coeur du processus d'apprentissage, qui est d'un autre ordre, ne soit à contester.

Cela dit, il est évident pour chacun que le monde dans lequel nous vivons a profondément changé, et exige des qualifications individuelles complètement nouvelles. De manière corollaire, les élèves qui arrivent dans les établissements scolaires sont eux-mêmes extrêmement différents des enfants d'autrefois, d'une part du fait de leur aisance à maîtriser les outils numériques avec lesquels ils sont nés, mais également par la façon dont ils appréhendent l'appropriation de notions nouvelles.

Pour le premier point, il est très intéressant de savoir que les dix emplois considérés comme les plus valorisés au début de l'année prochaine n'existaient pas encore il y a trois ans ! Dans un même ordre d'idées, la rapidité d'évolution des technologies rend caduques les données assimilées par des étudiants avant même la fin de leurs études ! Comme on le voit, il est donc illusoire d'espérer former des jeunes bien préparés à s'intégrer de manière harmonieuse dans le monde actuel, tout en conservant des contenus de programmes, des pratiques de transmission et des modèles pédagogiques adaptés au contexte socio-économique ancien dans lequel ils ont été pensés.

Le second point évoqué plus haut mentionne les nouvelles dispositions d'esprit des élèves. Désormais habitués à traquer l'information sur les réseaux, ils ont abandonné l'image d'une source de savoir unique (le professeur), sans faille, non critiquable, et sont au contraire amenés à comparer des données contradictoires glanées au hasard de leurs pérégrinations virtuelles, à en juger la fiabilité, à rejeter celles qui leur semblent peu sûres. Naturellement, on peut se demander si ces nouvelles postures, qui intègrent des propensions à la réserve, voire à la critique, seront in fine profitables.

A mon sens la réponse est "oui", à condition, justement, de surfer sur ces tendances, de se donner les moyens de les accompagner, de les compléter, et même de les servir via la mise à disposition d'outils facilitant ces usages d'un nouveau type. On le voit, le vieux modèle d'un enseignant omniscient imposant ses vues à un auditoire passif a vécu, et est en passe d'être remplacé par un canevas plus souple, plus efficace, et surtout plus interactif !

Les expériences tentées dans cette direction se font l'écho de bénéfices multiples, dans la mesure où il devient possible d'aider les jeunes à acquérir une grande autonomie, et à développer en priorité ce réflexe de recherche et de tri d'informations qui va devenir si important dans un avenir tout proche. Dispenser des connaissances relatives à des métiers encore inconnus étant difficile, ce sont des profils qu'il faut façonner, c'est de la capacité à évoluer en fonction des lieux et des circonstances qu'il faut doter les jeunes élèves afin de leur donner des habitudes de pensée qui les rendront indépendants, et aptes à se former eux-mêmes tout au long de leur vue, au gré de leurs besoins.

On pourrait certes reprocher aux considérations précédentes de bâtir sur des idées, sur des concepts, sans rien offrir de concret qui vienne corroborer la validité de ces nouvelles initiatives. Dans la réalité, on constate pourtant de manière bien tangible combien, par exemple, des contacts directs avec des interlocuteurs anglais, via des salles de visio-conférence, est à la fois plus attractif et plus efficace qu'un cours à l'ancienne. De même, la possibilité pour des élèves d'avancer à des rythmes différents a montré qu'au final, le bénéfice pour chacun était nettement supérieur à ce que l'on pouvait espérer auparavant, les plus rapides n'étant pas freinés dans leur élan tandis que leurs camarades moins à l'aise ne se voyaient plus laissés sur place, et abandonnés ! Il semble qu'il soit plus gratifiant encore de tenter de confronter des jeunes de niveaux, de goûts et même d'âge différents, le maître mot étant le travail "collaboratif", amené à remplacer le comportement exclusivement passif d'autrefois. A moyen terme, ces méthodes devraient avoir des répercussions sur l'esprit du monde du travail lui-même, les professionnels étant formés dès l'enfance au principe du travail en groupe, moins hiérarchisé, moins formel, mais plus collectif, plus solidaire.

On va poindre là l'idéal du pacte inter-générationnel, où tous, professionnels, enseignants, et élèves de tous âges pourraient devenir, par une utilisation raisonnée des moyens techniques aujourd'hui disponibles, les acteurs responsables et actifs d'un système d'enseignement de grande efficacité !

Pour finir enfin par un retour à votre question initiale, il est pour moi tout à fait évident que le professeur a un rôle considérable à jouer dans cette nouvelle donne. De nouveaux enseignants investis dans un nouveau système, c'est la solution qu'exige le monde à venir. Prescrire une école sans enseignants, c'est, à mon sens, bâtir sur le sable et aller droit à l'échec.

Florence Soriano-Gafiuk

Lundi, 16 juin 2008

Le challenge des IUFM

Depuis plusieurs semaines, les médias annoncent la suppression des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres). J’ai souhaité réagir en répondant aux questions les plus fréquemment posées sur ce thème.



Question 1 Les IUFM vont-ils vraiment disparaître ?

De fait, les IUFM, en tant qu’établissements autonomes, ont déjà disparu ! La loi d'orientation et de programme pour l’école (2005) prévoyait en effet le rattachement des IUFM aux universités. C’est ainsi que dans notre académie, l’IUFM de Lorraine est devenu depuis le 1er janvier 2008 une école interne de l’Université Henri Poincaré – Nancy I.

Il est donc plus pertinent de s’interroger sur l’avenir de ces nouvelles composantes au sein des universités plutôt que de s'inquiéter de la survie d’un institut universitaire qui, dans les faits, n’existe déjà plus !

Question 2 L’intégration de l’IUFM devait s’apparenter à une manœuvre technique et administrative. Qu’en est-il vraiment ?



L’intégration de l’IUFM est en fait une étape du processus d’universitarisation de la formation des enseignants, conforme aux directives européennes.

La première étape en a été, en 1990, la suppression des CPR (Centres Pédagogiques Régionaux) et des écoles normales et la création des IUFM. Nous venons d'en franchir la seconde étape, celle du rattachement de l’IUFM à une université, avec ses phases de turbulences relatives au choix de l’université intégratrice dans le contexte géographique particulier de la Lorraine. C’est la troisième étape, celle de la masterisation de la formation des maîtres, qui génère aujourd’hui un nouveau tollé suite au formidable coup médiatique annonçant la suppression pure et simple des IUFM – à la grande satisfaction d’une partie de l’électorat français (de droite !).



L’universitarisation de l’IUFM est donc un processus politique et politisé à des échelles aussi bien nationale que locale, dont les effets sur la formation des enseignants doivent être maîtrisés.

Question 3 En quoi le projet du Président de la République peut-il menacer les IUFM ?



Avant d’aller plus avant, je souhaiterais préciser que la masterisation de la formation des maîtres était une demande légitime des IUFM depuis déjà près de 8 ans.

La menace relève aussi bien de la masterisation de la formation des maîtres que de la réforme des universités qui tend à donner les moyens aux très grosses structures, et à fermer les centres universitaires plus modestes. Bien entendu, les conditions futures seront largement déterminées par un certain nombre de choix opérés à l'échelle nationale (nature du concours de recrutement, et habilitation de masters professionnels), mais pas uniquement.



Les masters « métiers de l’enseignement » seront, comme tous les masters, des formations « à » et « par » la recherche, et de fait, seront coportés avec les départements disciplinaires des universités partenaires.

Disons-le, la survie d’un IUFM dépendra dans une large mesure de sa capacité d’infiltration dans les composantes universitaires mais aussi de son adéquation avec les contextes locaux (soutien des élus politiques, efficacité et spécificité de la formation, effectifs des étudiants,…).

Question 4 Quel est l’intérêt de masteriser la formation des maîtres ?

Outre la juste reconnaissance d’une formation universitaire dispensée à BAC + 5, la délivrance du master présente trois avantages essentiels :

  • la revalorisation du métier de professeur, et notamment des débuts de carrière,
  • l’accès à des études doctorales,
  • la mobilité européenne des enseignants (puisque la réforme du LMD permet la reconnaissance des diplômes universitaires au-delà des frontières de l’hexagone).

Question 5 ''Quels sont les risques de la masterisation de la formation des maîtres ? '' Les risques existent bel et bien :

  • les dangereux effets sociétaires qui pourraient voir écarter les étudiants issus des couches défavorisées, alors que les enseignants seront confrontés à des élèves de toutes les couches sociales,
  • la césure avec le corps d’inspection, alors qu’il est important de conserver du lien entre formateurs et employeur.
  • le déséquilibre de la formation que génèrerait la prédominance d’enseignements purement académiques, alors que le Président de la République évoque dans son discours « l’exercice de l’autorité devenu plus difficile » et « la complexité croissante » de la mission des enseignants.

Question 6 Que devient le concours de recrutement des professeurs ?

Le nouveau concours de recrutement des professeurs sera ouvert aux étudiants titulaires du Master (jusqu’à présent, la Licence suffisait). Si nous savons la première session de ce concours programmée pour l’année universitaire 2010/2011, la nature des épreuves est encore une variable inconnue, mais essentielle puisque c’est d’elle que dépend le contenu des enseignements de master et par suite, toute la formation initiale des enseignants.

Question 7 Que penser du dispositif de compagnonnage proposé par le Président de la République ?



Les lauréats du concours actuel suivent un an de formation professionnelle (comprenant plusieurs stages) et sont titularisés en fin d’année - du moins si le niveau de leurs compétences à l’exercice du métier est jugé suffisant par l’employeur.



Dans le nouveau mode de recrutement des enseignants, les lauréats au concours seraient automatiquement titularisés et placés d’emblée sur le terrain sans aucune autre formation, procédure inconsidérée compte tenu des difficultés inhérentes à l'exercice de ce métier pour une personne totalement inexpérimentée. Ainsi, le dispositif de compagnonnage proposé par le Président de la République serait le seul appoint susceptible d'amoindrir un peu les risques encourus à placer des débutants complets face à des classes éventuellement difficiles, mais il apparaît de manière claire que cette mesure est notoirement insuffisante !

Le professeur néotitulaire ne sera, dans le cadre d'un tel dispositif, confronté qu’au seul point de vue du "compagnon", dans un contexte particulier donné, alors qu’au contraire, l’enseignant recruté pour 40 ans doit être en mesure de relativiser, d’analyser et de s’adapter à toutes les situations de classe, y compris celles de l’école de demain.

Le dispositif de compagnonnage ne saurait donc trouver d'utilité qu'en complément d’un master professionnel aux métiers de l’enseignement.

Question 8 Pourquoi la formation dispensée par les IUFM est-elle si décriée ?

Rappelons d’abord que la formation des maîtres a toujours semblé idéologiquement suspecte, et les IUFM considérés comme des nids autour de gauchistes.

Ensuite, disons-le sans ambages, les modalités de fonctionnement des IUFM n’ont pas permis à ces instituts d’effectuer un travail satisfaisant : P. Baranger, Président de la Conférence des Directeurs d’IUFM, déclare que : « les trois années de Licence nous échappent, la quatrième année n’est que bachotage (NDLR : préparation au concours de recrutement, portant sur des savoirs purement académiques) et la quatrième année n’est que surmenage (NDLR : apprentissage à un métier difficile en quelques mois seulement) ».



Ceci nous ramène à mes propos de départ : ce ne sont pas les IUFM qu’il faut sauver, mais la formation initiale des maîtres.

Question 9 La plupart des intervenants de l’IUFM sont des enseignants du premier ou du second degré, non titulaires d’un Master. Auront-ils légitimité à assurer des enseignements niveau Master ?

Les masters « métiers de l’enseignement » seront des masters professionnels ; ils comprendront donc :

  • des enseignements académiques qui seront bien entendu assurés par des universitaires (entendez-là des enseignants-chercheurs)
  • des formations de pratiques professionnelles qui seront légitimement assurés par des professionnels. Or, les professionnels du professorat des écoles, ou des collèges et lycées, sont justement les enseignants en poste dans le premier ou second degré.

En bref

Les étudiants se destinant au professorat :

1/ effectueront deux années d’études universitaires supplémentaires

2/ passeront le concours et seront rémunérés un an plus tard

3/ seront titularisés un an plus tard

4/ seront mieux rémunérés en début de carrière.

Lundi, 19 novembre 2007

Education au Développement Durable et à l’Environnement

En novembre 2005, j’ai eu la chance de pouvoir participer au colloque de l’Education au Développement Durable (EDD) et à l’Environnement, qui s’est tenu dans le Poitou (à Cerizay), cœur national de l’Ecologie tant en matière des pratiques et actions pédagogiques, que de recherche (avec par exemple, l’implantation de l’Institut de Formation et de Recherche en Education à l'Environnement, la multiplication des agendas 21 scolaires, et la création d’une multitude d’associations à mission éducative environnementale).



Ces quelques jours passés à Cerizay ont éveillé en moi tant d’émotion, que j’avais souhaité publier dans la foulée trois billets : le premier article est une alerte à la fragilité de la Planète, le second présente la notion de développement humain, et le dernier propose des mesures écocitoyennes aux municipalités (cf. rubrique "Actualités et politique" de ce blog).



C’est aussi à Cerizay que j’ai pu faire la connaissance de Joël RISSAT, Inspecteur de l’Education Nationale de l’Académie de Toulouse, auteur de divers manuels de Mathématiques, axés sur le développement durable et sur l’environnement, et qui m’a fait l’amitié de me transmettre un exercice mêlant Sciences exactes et Environnement, pour l’illustration de mon propre ouvrage dont la parution est prévue ce mois-ci.



Aujourd’hui, c’est suite au forum de l’école éco-responsable (Edition Lorraine Nord), qui s’est tenu le 14 novembre 2007, à l’IUFM de Lorraine, que je souhaite m’exprimer.



J’en profite pour féliciter et remercier les collègues qui ont placé toute leur énergie dans l’organisation de cette manifestation, et qui ont conduit le projet à une véritable réussite.



Si je mesure le bienfait des discours alarmistes, notamment ceux des personnalités médiatisées tels que Nicolas Hulot, dans la prise de conscience par la population de la fragilité de notre planète, je souhaiterais cependant mettre en garde des risques qui pourraient être encourus si des propos trop engagés étaient amenés à circuler dans les classes.

"L'Education au Développement Durable permet de sensibliser et de former les élèves pour en faire des citoyens responsables, actifs, capables de faire des choix et de se comporter en conséquence."



Soyons-en certains : l’Ecole ne doit pas céder au militantisme, au sentimentalisme ou au dogmatisme. Elle doit au contraire former à la démarche scientifique en éduquant en particulier, au doute et au principe de précaution.



L’Ecole doit amener les élèves à réfléchir, en se détachant des catastrophismes médiatiques, sur les valeurs du développement durable :

- assurer la renouvelabilité des ressources naturelles,

- veiller à la réversabilité de tous les phénomènes dont est victime notre planète,

- favoriser l’équité entre les peuples,

- œuvrer pour la solidarité entre les individus,

- défendre la démocratie

- et responsabiliser les citoyens.



Toute la difficulté est donc d’éduquer sans chercher à convaincre, autrement dit, de réussir à inscrire le développement durable dans les gestes quotidiens (trier ses déchets, réduire sa consommation d’énergie, optimiser l’emploi des matériels, ne pas gaspiller l’eau,…), de donner l’envie de s’engager avec énergie dans des actions (notamment partenariales) de protection de l’environnement et de développement durable, avec le souci permanent de développer chez les élèves l’esprit critique et la capacité de faire des choix. Pour cela, l’Education au Développement Durable doit pouvoir intervenir dans toutes les disciplines existantes, à des moments courants ou spécifiques (classes vertes, actions éducatives diverses, …).

Je terminerai ce billet en précisant que si de plus en plus d’établissements scolaires s’engagent dans une démarche d’agenda 21, notamment dans le Sud-Ouest et le Nord de la France, l’enseignement supérieur affiche en revanche un retard certain, qu’il est grand temps de rattraper !

Lundi, 5 novembre 2007

Le cirque et son sens des valeurs : nos jeunes à bonne école

Au printemps dernier, de nombreuses associations (dont Cirk'éole) se sont rendues dans les locaux de l’IUFM de Lorraine, à Montigny-lès-Metz, à l’occasion du festival biannuel du cirque coorganisé par l’IUFM avec l’Inspection d’Académie de la Moselle et le CDDP. Cette manifestation riche par sa structure (spectacle sous un chapiteau dans le parc de l'IUFM, expositions diverses, ateliers de pratique d’arts du cirque,…) a permis à tous les professeurs stagiaires de développer leurs réflexions sur les effets pédagogiques du cirque à l’Ecole.

Dans le monde de l'Education, le Cirque est beaucoup plus qu’une activité populaire, ou un voyage, aussi fascinant soit-il, au pays de la fête, de l’émotion, du risque, de la magie et de l’adresse. Il est loin d'être une simple mise en scène de prouesses effectuées sur une piste où féérie et grâce s’entremêlent. Les arts (je préfère ce terme à celui de « jeux ») du cirque convoquent de nombreuses valeurs, et en ce sens, offrent de réelles perspectives pédagogiques.

Les compétences qui peuvent être développées chez les enfants sont en effet très nombreuses. Elles relèvent selon moi de quatre domaines distincts : la motricité (jonglage, glisse, équilibre,…), la culture (histoire et littérature de jeunesse), la créativité artistique (imagination), mais aussi et surtout, la citoyenneté, dans la mesure où un numéro de cirque exige pour être réussi solidarité et entre-aide des artistes. Contrairement à une activité sportive, il ne place pas les élèves en situation de compétition et donc de concurrence. Le cirque développe des aptitudes du vivre-ensemble, de la communication et de l’écoute. Il encourage à la prise de responsabilités (sécurité de ses camarades lors d’un numéro périlleux, soins quotidiens des animaux de la ménagerie,…). Le cirque permet de valoriser le meilleur de soi-même, et ainsi d’aider à reprendre confiance en soi, voire dans certaines situations, à réconcilier un enfant avec l’Ecole ou à lui permettre de se reconstruire dans la société (enfants avec une déficience mentale, enfants en situation d’échec scolaire,…). L’immense palette de modes d’expression (musique, chant, théâtre, acrobatie,…) peut répondre à chacun des besoins des élèves (extériorisation de sentiments, canalisation d’énergie, reprise de confiance,…), et c’est bien là un enjeu important des arts du cirque à l’Ecole : s’épanouir et progresser à son rythme suivant son histoire, ses envies et capacités.

Ne soyons donc pas étonnés si depuis les années 1970, qui virent toute une nouvelle génération d’artistes entrer en piste (puisque le cirque passa sous la tutelle du Ministère de la Culture), l’Education Nationale encourage tous ces arts par le biais des classes à PAC (projet artistique et culturel), des classes culturelles, des ateliers de pratique artistique,…

En piste !

Mercredi, 10 octobre 2007

Tous les métiers sont bi

Dans ce billet, c’est en tant que femme solidaire de toutes les minorités que je souhaite m’exprimer, mais pas uniquement : je suis aussi une collègue au sortir d’une épreuve professionnelle difficile, ainsi qu’une actrice responsabilisée de la formation initiale des enseignants, qui souhaite profiter de tout le champ de manœuvre qui lui est offert, pour œuvrer à la progression de la situation de la femme.

J’avoue conserver un souvenir amer de la réponse qui m’avait été apportée lorsqu’appelant à la solidarité face à la situation professionnelle qui m’était faite, je m’entendis répondre qu’en tant que femme, je devais me contenter de mes conditions et fonctions professionnelles présentes. La bataille qui fut engagée me conduisit pourtant, quatre mois plus tard, à un dénouement heureux. Nul doute que les mentalités doivent évoluer, et que cette évolution doit commencer au sein de l’Ecole.

La défense de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui est devenue un engagement européen fort de la France, par une approche intégrée via une politique interministérielle (éducation nationale, enseignement supérieur, recherche, emploi, logement, justice, transports, agriculture, culture, cohésion sociale,…), ne se restreint pas à la lutte contre les discriminations sexistes. Elle est bien plus que cela : nous devons en effet promouvoir les minorités pour lutter contre toutes les représentations stéréotypes qui conduisent, par exemple, seulement 1 % des filles à s’orienter vers un baccalauréat STI (Sciences et Technologies Industrielles), contre 12 % des garçons. Pour cela, des actions de communication doivent être conduites auprès des jeune-filles, de leurs parents, et de tous les acteurs de l’Education dont bien entendu, les conseillers d’orientation pédagogiques (COP) et les enseignants.

Améliorer l’orientation scolaire professionnelle et lutter contre les représentations stéréotypes constituent un champ immense d’initiatives possibles qu’il nous appartient de multiplier, si nous souhaitons réellement favoriser l’égalité professionnelle. Cette démarche vise à :

- favoriser l’accès des femmes aux activités économiques, sociales et associatives,

- augmenter la représentation des femmes aux postes de direction, ainsi que dans les conseils d’administration des entreprises, …

- lutter contre toutes les représentations sexuées des métiers,

-lutter contre les écarts de salaires entre les femmes et les hommes (qui dans le privé s’élèvent à 15 % en moyenne),

- défendre l’égalité des droits (en luttant notamment contre les discriminations et les violences sexistes), - œuvrer pour la conciliation entre les activités professionnelles et la vie familiale (par exemple, en développant les gardes-enfants au sein des entreprises),

- augmenter le taux de femmes dans la population active (estimée à environ 47 %),

- améliorer la diversification des catégories professionnelles (les femmes ont souvent un emploi dans les secteurs d’activités du commerce et des services),

- réduire la part des salariés à temps partiel contrait, qui en Lorraine s’élève à 36 % pour les femmes, contre 5 % pour les hommes, avec toutes les conséquences induites sur l’évolution de carrière et de salaire,

- favoriser l’accès des ouvriers non qualifiés à la formation (environ, trois ouvriers sur quatre sont qualifiés, alors qu’une ouvrière seulement sur trois l’est).

Pour réduire ces écarts de « traitement » des situations professionnelles entre les femmes et les hommes, d’ailleurs plus marqués en Lorraine qu’en France, quelques idées semblent émerger. Elles visent à :

- favoriser l’égalité des chances dans l’accès à la formation, par exemple, en prévoyant des équipements adaptés à l’accueil de jeune-filles dans les lycées professionnels des secteurs industriels, en misant sur un recrutement égalitaire,…

- promouvoir une éducation fondée sur le respect mutuel des deux sexes, en renforçant la dimension « égalité » dans l’Education à la sexualité et à la citoyenneté,…

- lutter contre les représentations stéréotypes en multipliant les actions (telles que le concours de la « vocation scientifique de la jeune fille ») et en créant des outils de communication (tels que la brochure « vanille-chocolat »). Il est navrant de constater qu’alors que les chiffres attestent d’un bon niveau scolaire des filles, ces dernières hésitent à s’engager dans les filières scientifiques (à l’exception des parcours en lien avec les Sciences de la Vie et de la Terre) qui sont pourtant porteuses d’emplois.

- intégrer la dimension « égalité entre les filles et les garçons » dans la formation initiale des maîtres à travers les dix compétences imposées par le cahier des charges. Il est en particulier attendu que le professeur sache :

  • agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable,
  • prendre en compte la diversité des élèves,
  • coopérer avec les parents et les élèves de l’école,
  • jouer un rôle important dans l’orientation de l’élève et pour cela, avoir une connaissance du monde de l’entreprise et des processus d’apprentissage des compétences au sein du milieu socio-professionnel (service de formation, validation des acquis ...).

Des groupes de travail devraient être très prochainement mis en place par le Rectorat de l’académie Nancy-Metz afin d’apporter une déclinaison locale de la convention interministérielle qui vient d’être signée, et de développer de nombreux projets qui contribueront chacun à l’avancée de la situation de la femme. C’est naturellement avec enthousiasme et conviction que je me tiens prête à m’investir dans cette démarche.

Jeudi, 19 juillet 2007

La charte nationale d’Education et de Formation au Royaume du Maroc

« Le système éducatif du Royaume du Maroc se fonde sur les principes et les valeurs de la foi islamique. Il vise à former un citoyen vertueux, modèle de rectitude, de modération et de tolérance, ouvert à la science et à la connaissance et doté de l'esprit d'initiative, de créativité et d'entreprise. »

Avant de m’envoler vers le Sud de la France, j'aimerais ajouter quelques précisions à mon billet relatif au système éducatif du Royaume du Maroc, au sujet duquel un certain nombre de lecteurs marocains m'ont fait l'amitié de me faire parvenir des compléments d'information, m'indiquant notamment que mon texte reflète plutôt une situation assez ancienne, et ne rend pas totalement justice aux efforts exceptionnels consentis par le Maroc dans le domaine de l'éducation.

En effet, depuis 1999, année de la promulgation de la charte nationale de l'éducation et de la formation, le Maroc place l'éducation nationale au rang de seconde priorité nationale, et engage pour cette mission près de 30% du budget national (contre 7% en France).

Le pays tend vers une généralisation de la scolarisation. Ainsi dans le primaire, le taux dépasse les 90% grâce à la construction de nouvelles écoles (notamment en milieu rural) et à l'appui social mis en place en direction des élèves des milieux défavorisés qui bénéficient désormais de bourses et de services de restauration.

Toujours concernée par tout ce qui touche au statut de la femme, je tiens à souligner les efforts constants visant à favoriser la scolarisation des filles en milieu rural.

D'autre part, le Maroc a compris l'intérêt d'accorder une attention toute particulière à l'éducation préscolaire, dans la mesure où l'on sait aujourd'hui combien celle-ci a une incidence directe sur l'éducation primaire dispensée ultérieurement aux enfants concernés. Sensible aux études menées par l'Unicef et l'Unesco, le Maroc étudie dans cette perspective les possibilités de mettre en œuvre, dans des délais réduits, une série de mesures très ciblées en faveur de l'éducation de la petite enfance.

Par ailleurs, l’Etat marocain a choisi de mener une politique de décentralisation et de déconcentration administratives, considérant la nécessité d’adapter l’éducation et la formation aux besoins régionaux et locaux. Les académies actuelles ont donc été réorganisées et érigées en autorités régionales d’éducation et de formation, dotées de moyens humains et matériels.

Parallèlement, on assiste à une démocratisation de la gestion des établissements scolaires puisque des représentants des élèves et des familles siègent désormais dans les conseils de gestion et d'administration.

L'obligation faite d'utiliser le manuel "unique" disparaît au profit d'une libération de la créativité pédagogique (production locale d’outils pédagogiques et de matériel didactique) en vue d’une meilleure adaptation des programmes et méthodes d’enseignement aux réalités et contextes locaux.

La refonte des curricula de formation renforce ces orientations puisqu’outre le socle national de connaissances et de compétences, elle prévoit une formation au cadre de vie régional et aux affaires locales, ainsi qu’une palette d’enseignements optionnels proposés par l'école elle-même (soutien pédagogique, activités parascolaires, enseignements d'ouverture,…).

Enfin, les efforts particuliers apportés en réponse à la problématique de la "qualité" de l’enseignement, qui passe entre autres par l’intégration des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) dans la réalité de l’école (formation à distance, accès aux ressources documentaires, activités d’apprentissage diverses,…), visent l'amélioration du rendement du système éducatif du royaume.

Les gros efforts consentis et les mesures audacieuses imaginées et mises en œuvre ont donné d'emblée des résultats tangibles tout à fait remarquables, et servent déjà d'exemples à d'autres pays désireux de moderniser leurs systèmes éducatifs. La forte volonté politique qui sous-tend ces initiatives force le respect, et je salue avec intérêt et enthousiasme ce grand mouvement de réformes, qui s'inscrit dans un esprit global de développement et de démocratisation.

Dimanche, 8 juillet 2007

Comment former par les compétences ?

Le cahier des charges de la formation des maîtres suscite au sein des IUFM de nombreuses interrogations, puisqu’y est désormais introduit le concept de compétences professionnelles.

1/ Les bonnes questions

Les questions qui viennent sont :

  • Comment former par compétences ?
  • Comment évaluer ces compétences ?
  • Comment aider le stagiaire à construire ses compétences ?
  • Quels dispositifs de formation mettre en place ?
  • Comment mobiliser des compétences dans des contextes particuliers ?
  • Quelle formation de formateurs prévoir ?

2/ La formation par compétences

Même si le concept de compétences rencontre les réticences de nombreux formateurs, il est important de réussir à rendre opératoire ce concept dans le propre système de pensées et d’actions des IUFM, et donc de commencer à se saisir de cette nouvelle orientation de formation dont l’une des caractérisations est d’être plus indélébile, en recourant moins à la mémorisation et à la transmission de savoirs, et davantage à la construction par l’expérience du savoir-agir dans un monde du travail exigeant qui met en scène des situations de plus en plus complexes.

Les compétences nécessaires à l’exercice du métier évoluent en effet avec le temps, mais dépendent aussi d’aspects contextuels très variés. Elles doivent donc sans cesse se reconstruire, se réorienter, se compléter ... Et par suite, elles ne peuvent constituer que des pistes d’orientation pour l’élaboration d’un curriculum de formation des maîtres.

3/ La problématique de l’évaluation par compétences

Dans ce processus de professionnalisation, l’évaluation tendrait à tout figer si aucun changement de culture n’était opéré dans les esprits des professeurs stagiaires qui visent généralement la certification plutôt que la construction de leurs compétences.

Comme nous le savons, le référentiel métier publié dans le nouveau cahier des charges de la formation des maîtres se présente sous la forme d’une liste de dix compétences exigibles pour l’exercice du professorat, et est, avouons-le, totalement inaccessible pour un enseignant débutant. C’est pour cette raison qu’un référentiel formation qui hiérarchiserait toutes ces compétences et fixerait à chaque fois le degré de compétences attendu (on parle de la hauteur du curseur) devrait/pourrait être introduit.

La complexité de l’évaluation des professeurs stagiaires ne va cependant pas s’arrêter là. En effet, si une activité professionnelle mobilise forcément plusieurs compétences, l’ensemble des activités professionnelles sur lesquelles un stagiaire pourrait être évalué ne mobilisera pourtant pas toutes les compétences professionnelles exigibles. L’exemple le plus frappant est celui de la compétence « agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable » dont seule la non acquisition peut réellement être notée par le formateur évaluateur.

Une compétence se révèlerait donc comme une référence d’évaluation, mesurable plus au travers de traces et d’indices que de paramètres réellement observables. Et seul le croisement de plusieurs regards d’experts pourra permettre une évaluation raisonnablement objective des professeurs stagiaires.

Dans ce processus évolutif de professionnalisation, la tâche du formateur devient de plus en plus complexe et exige une disponibilité de plus en plus grande (alors que dans le contexte actuel de l’universitarisation des IUFM, seul le temps présentiel est reconnu). Deux problèmes émergent donc :

  • la nécessité d’une formation des formateurs des IUFM, portant par exemple, sur les écrits professionnels
  • et la valorisation du métier de formateur.

NB

Cet article a été rédigé à mon retour de l’Ecole d’été des IUFM qui vient de se tenir à Colmar.

Lundi, 21 mai 2007

Vers une harmonisation des systèmes éducatifs européens

Afin de favoriser la mobilité professionnelle, facteur de réussite économique de l’Europe, il était essentiel de :

- renforcer l’enseignement des langues et le sentiment chez les jeunes d’être de futurs citoyens européens,

- faciliter la mobilité des étudiants en tentant d’harmoniser les systèmes d’enseignement européens.

En France, deux étapes de ce processus d’harmonisation peuvent être notées.

La première est la transformation progressive des cursus universitaires selon le schéma LMD (Licence – Master – Doctorat) réalisé dans le cadre de la construction de l'Espace européen de l'enseignement supérieur (dit Processus de Bologne), et dont l’objectif est de placer les systèmes nationaux diversifiés dans un cadre commun, et ainsi de faciliter les équivalences entre les diplômes (grâce aux ECTS).

La seconde est l’universitarisation de la formation des enseignants, dont le processus avait débuté en 1990 avec la création des IUFM, poursuit avec l’intégration des IUFM aux Universités, et devrait s’achever avec la masterisation de la formation initiale des maîtres.

Au niveau de l’enseignement des premier et second degrés, les difficultés semblent plus grandes en raison du souhait des européens de maintenir les spécificités de leur système éducatif qui donnent âme au peuple et renforcent le sentiment d’appartenance nationale.

Alors qu’en est-il vraiment des possibilités d’harmonisation?

Avant de répondre à cette question, nous allons rappeler la classification des systèmes éducatifs publiée par Francine VANISCOTTE :

1/ l’Ecole unique (Danemark, Suède, Norvège, Islande, Finlande)

L’Ecole unique des pays scandinaves prévoit le même enseignement pour tous les enfants et durant toute la durée de la scolarité obligatoire, soit jusqu’à l’âge de 16 ans. Elle attache la qualité de l’Education à l’épanouissement de l’enfant : les redoublements n’existent donc pas, et l’orientation vers une formation professionnelle n’est envisageable qu’au-delà de cette phase de scolarité obligatoire.

2/ L’Ecole polyvalente (Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Irlande du Nord)

L’Ecole polyvalente ne prévoit pas un unique programme, mais toute une gamme de cours optionnels : les parcours des élèves sont donc personnalisés. Cette Ecole n’unifie pas le primaire et le secondaire comme pour les pays scandainaves, mais recherche une continuité entre le secondaire inférieur (collège) et le secondaire supérieur (lycée). Là aussi, l’orientation professionnelle n’est envisageable qu’au-delà de la scolarité obligatoire. Notons que l’Ecole polyvalente n’accueille que 90 % des enfants : le reste des élèves fréquente des écoles plus traditionnelles.

3/ L’Ecole à filières (Allemagne, Autrice, Luxembourg, Suisses, Pays-Bas et Belgique)

L’Ecole à filières repose sur l’orientation précoce, bien avant la fin de la scolarité obligatoire, destinée à favoriser l’insertion sociale et professionnelle. Les échanges avec le monde du travail sont donc très denses. L’exemple le plus significatif est celui de l’Allemagne qui prévoit une orientation des élèves dès l’âge de 10 ans, même si des passerelles sont possibles entre les différents cursus.

Dans tous ces pays, l’orientation professionnelle n’est pas comme en France ressentie comme une filière d’échec, mais au contraire est très valorisée.

4/ Le tronc commun (France, Italie, Espagne, Grèce, Portugal)

Pour les pays de tradition catholique (à l’exception de la Grèce qui est orthodoxe), la structure du système éducatif, connue pour osciller au gré des réformes, pourrait être à la fois vue comme un tronc commun et comme un compromis entre les autres types de systèmes, dans le sens qu’elle tend à répondre aux demandes sociales de qualité et d’équité, mais que les jeux d’options permettent les réorientations et les sélections. Cette catégorie de pays est caractérisée par l’importance accordée à l’évaluation.

F. VANISCOTTE conclut que la scolarité d’un petit danois et celle d’un petit allemand « sont donc bien différentes. L’un garde toutes les possibilités ouvertes jusqu’à l’âge de 16 ans, alors que l’autre voit son champ d’activités se rétrécir et se spécialiser très jeune. »

Malgré tout, des éléments de convergence existent et pourraient certainement conduire, sinon à une harmonisation structurelle ou organisationnelle des systèmes éducatifs européens, à la construction d’un cadre et d’un portfolio européens de savoirs et de compétences, comme nous en connaissons déjà la formule pour l’apprentissage des langues. Cette idée prend sens dans la mesure où les différents systèmes éducatifs européens ont des orientations communes :

- développer des programmes européens

- favoriser la maîtrise des nouvelles technologies de communication et d’information

- favoriser l’enseignement des langues et les échanges éducatifs avec l’étranger

- ouvrir l’Ecole vers le monde extérieur, et en particulier vers le monde du travail.

Le défi s’annonce donc immense, mais passionnant…

Mercredi, 9 mai 2007

IUFM : vers une universitarisation réussie

La création en 1990 des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) répondait à la nécessité d’universitariser la formation initiale des enseignants afin de promouvoir les métiers de l’enseignement et d’harmoniser notre système de formation avec les systèmes universitaires européens, dans un contexte national qui voulait l’amélioration de la qualité de la formation des maîtres et qui prévoyait le recrutement massif de professeurs.

La création des IUFM pouvait donc être perçue comme l’étape transitoire du processus d’universitarisation de la formation des maîtres, dont la dernière phase, prévue par la loi de Fillon de 2005 pour une mise en application en avril 2008 au plus tard, est l’intégration pure et simple de l’IUFM à l’Université.

Aujourd’hui, 17 ans plus tard, le contexte a cependant bien changé, à l’échelle nationale puisque l’Etat prévoit de recruter moins et de former autrement (nouveaux outils technologiques, formation à distance, pédagogie différenciée, coopérations avec des partenaires étrangers,…) et à l’échelle internationale, puisque l’Education française en général, et la formation des maîtres en particulier, bien qu’assommée par des réformes successives (qui ne permettent pas à l’existant de mûrir pour prendre toute sa valeur), a perdu sa place dans le peloton de tête des pays européens.

Les défis lancés aux IUFM sont donc nombreux. Je n’en développerai que quelques uns.

1. Réussir à combiner la culture universitaire avec la mission de prestataire de services de l’IUFM

Si l’universitarisation répond à une certaine logique (d’harmonisation européenne), elle entre en revanche en opposition avec l’autonomie de plus en plus grande (et incessamment demandée par les Présidents) des Universités françaises, puisque la formation des maîtres par la parution dans le bulletin officiel d’un cahier des charges, par l’élaboration d’une commission d’évaluation et par la représentation forte de l’employeur dans le conseil d’école de l’IUFM, sera clairement pilotée par l’Etat (et non l’Université).

2. Réussir à développer une politique commune de formation des maîtres des universités

Parce que l’IUFM doit être intégrée dans une université et une seule, alors qu’elle a pour mission de préparer au concours de recrutement tous les étudiants de la région, et de former au métier tous les professeurs stagiaires de l’académie, une charte de politique commune et riche de formation des maîtres devrait pouvoir être signée entre les différentes universités de la Région.

3. Réussir à favoriser l’information et l’orientation des étudiants intéressés par les métiers de l’enseignement (pour une optimisation quantitative de la formation)

4. Réussir à élaborer de véritables curricula de formation (pour une optimisation qualitative de la formation)

Le cahier des charges de la formation des maîtres prévoit des curricula de formation qui s’étendraient désormais, non plus sur une seule année, mais sur sept années (du L1 au T2).

D’autres créneaux de formation seront certainement ouverts : certains IUFM déjà intégrés sont par exemple sollicités par le Centre d’Initiation à l’Enseignement Supérieur, donc dans le cadre de la formation pédagogique des étudiants moniteurs d’enseignement et de recherche de l’Université.

Dans tous les cas, l’IUFM habitué sous les consignes ministérielles à renouveler tous les ans son plan de formation, appréciera de pouvoir inscrire son offre de formation dans le plan quadriennal de l’université.

5. Réussir à mastériser la formation des maîtres

La mastérisation de la formation des maîtres est sans doute l’un des plus grands enjeux de l’universitarisation, dans la mesure où elle permet la reconnaissance au niveau BAC + 5 des professeurs stagiaires, et replace la France sur le marché international. En effet, s’il devenait enfin possible de séparer les modalités de recrutement de la certification, la formation IUFM-ienne pourrait être proposée à tous les étudiants francophones dont le projet professionnel est le professorat. Elle deviendrait ainsi une formation reconnue (par une certification) et transférable (par la délivrance d’ECTS).

Quelques obstacles apparaissent cependant :

- Si l’Université diplômatise les connaissances, la mastérisation aux métiers de l’enseignement ne prendra sens qu’en tenant compte aussi bien des compétences que des connaissances. Sur cette base, le professeur stagiaire (concours très difficile en PE1/PLC1, et haut niveau de compétences en PE2/PLC2) méritera la délivrance de la totalité d’un master professionnel.

- L’architecture semestrialisée de l’offre de formation LMD en unités d’enseignement risque de découper la culture professionnelle.

- L’évaluation des unités d’enseignement est une difficulté majeure, puisqu’elle doit pouvoir mesurer les dix compétences exigées par l’employeur, qui, par nature en tant que finalités semblent justement difficilement évaluables. Comment par exemple mesurer la compétence d’un stagiaire à « agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable » ?

6. Réussir à mettre en place une formation universitaire professionnelle

Réussir l’intégration de l’IUFM à l’Université, c’est donc réussir à articuler deux processus en tension : la professionnalisation et l’universitarisation.

Les nouveaux plans de formation, basés sur le principe de l’alternance, devront favoriser :

- la transformation en savoirs de professeurs les savoirs acquis comme savoirs d’élèves

- une distanciation critique sur la discipline et sur son enseignement

- l’ancrage de l’action professionnelle sur des savoirs de haut niveau et issus des sciences humaines et sociales

- la réflexivité sur la pratique et l’action professionnelle en vue d’une professionnalisation durable : en effet, parce que l’IUFM forme des enseignants pour 40 ans de carrière, les enseignants doivent être en mesure au fil des réformes et des problèmes professionnels d’ajuster leurs pratiques et de transférer leurs savoirs.

7. Réussir à maintenir, voire développer, la formation de formateurs

Nombreux formateurs (professeurs des écoles associés, PIUFM, …) pourront mieux atteindre toute leur légitimité si leur niveau de qualification devient au moins égal à celui des apprenants. Dans ce cadre, il serait important que l’Université intégratice consente à favoriser une formation permettant l’accroissement de la qualification (Master et Doctorat) de tous ces collègues.

8. Réussir à légitimer la recherche en Education

En 1993, soit trois ans après leur création, les IUFM, pourtant qualifiés d’instituts universitaires, ont été en quelque sorte désuniversitarisés : la possibilité de créer des laboratoires de recherche ne leur est pas donnée.

Le défi est d’autant plus grand que la recherche en Education, en tension entre recherche scientifique et recherche de praticiens est souvent dénigrée.

9. Réussir à conserver la richesse de nos modes de fonctionnement

L’identité des IUFM, qui repose en particulier sur :

- une formation articulée autour d’objets de compétences
- une structure très spécifique (gouvernance, organigramme, multiplicité des implantations,…)
- une grande diversité de formateurs (PE, PLC, EMF, DEA, PLP, COP, CPE, IEN, IPRI, chef d’établissement, PRCE, PRAG, MCF, PU,…),

constitue l’une des grandes richesses et forces de ces instituts, qu’il est essentiel de conserver.

10. Réussir à conserver nos liens forts avec le milieu professionnel

11. Réussir à s’engager dans la formation continue des enseignants

12. Réussir à insérer et légitimer les échanges internationaux dans le continuum de formation des maîtres

13. Réussir à investir la formation à distance et son marché

Je voudrais terminer ce billet par une note plus rassurante face à ce processus d’universitarisation qui effraie tant les usagers de l’IUFM : croyons tous à l’hospitalité des universités, et au large champ de nouvelles actions qui va bientôt s’ouvrir à nous, tant sur le plan de la formation que sur celui de la recherche.

Lundi, 26 mars 2007

L’Université française boycottée par les élèves des lycées français à l’étranger…

Le Ministère des Affaires Etrangères, et le Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ont signé en décembre une convention avec les trois conférences d’établissements d’enseignement supérieur, pour tenter de promouvoir les Centres pour les Etudes en France (CEF), désormais connus sous l’appellation Campus France, et dont la principale mission est d’améliorer l’accueil et de faciliter les démarches des étudiants étrangers qui souhaitent poursuivre leurs études en France, et ainsi de répondre au défi de la concurrence à l’échelle mondiale des établissements d’enseignement supérieur en renforçant l’attractivité de leurs formations.

Au premier abord, la France peut se réjouir de ses activités d’accueil d’étudiants étrangers, puisque elle vient d’être placée au troisième rang mondial, derrière les États-Unis et la Grande-Bretagne. Elle accueille près de 265 000 étudiants étrangers (soit environ 11 % de la population étudiante nationale).

Pourtant, d’autres chiffres, même si les ordres de grandeur sont sans comparaison à ceux qui viennent d’être affichés, doivent conduire à une réflexion.

Quels sont ces chiffres ?

La mission des 675 établissements scolaires français à l’étranger est de scolariser les enfants des expatriés, mais aussi de contribuer au rayonnement de la culture et de la langue française.

Dans ces établissements, le niveau des élèves est, nulle surprise, particulièrement bon : le taux de réussite au baccalauréat est de 93,5 %.

S’il est naturel de penser que ces néo-bacheliers pourraient projeter d’effectuer leurs études supérieures en France, force est de constater que près de deux tiers de ces jeunes choisissent un autre pays, tout simplement parce que l’image de l’Université française ne les attire pas.

Pourquoi une telle image ?

J’évoquerai quatre principales raisons.

1/ En France, l’Université est la seule filière d’enseignement supérieur ouverte : elle est donc mise en concurrence avec des filières fermées ou sélectives (les classes préparatoires, les BTS, les grandes écoles, les facultés privées, ...). C’est dans ce premier jeu d’opposition entrée sélective / entrée non sélective que se joue une partie de l’attractivité de l’Université.

2/ Le second handicap de l’Université française provient des moyens humains et financiers insuffisants qui sont alloués à la Recherche et à l’Enseignement Supérieur.

3/ Tous les ans, le classement, publié par l’Université de Shanghai, des 500 premières universités du monde est un véritable crève-cœur : sur les 100 premières universités, 4 seulement sont françaises. Ce classement, dont la méthodologie est très discutable, nuit considérablement à l’image de l’Université française.

4/ Les faits excessivement relatés par les médias dans le monde entier lors des situations de crise que connaissent parfois les universités françaises, dont l’exemple le plus récent est le mouvement national de contestation contre le CPE, assombrissent considérablement l’image de notre système d’enseignement supérieur.



Que faire ?

Si nous souhaitons sensibiliser et intéresser les élèves des établissements français à l’étranger, nous devons agir :

  • localement, en créant des relais entre les établissements français à l’étranger et l’Université française. Si le rôle associatif de Campus France peut peut-être contribuer à un tel projet, il est patent que la dimension humaine aura plus d’impact : des délégués doivent se déplacer dans chaque lycée français à l’étranger.
  • nationalement, en travaillant sur l’image de l’Université française (renforcer les liens avec les entreprises, promouvoir l’innovation, mais surtout, restructurer l’enseignement supérieur et la recherche de sorte que l’émiettement des forces savantes françaises soit évité). La création des PRES et la fusion de certaines universités - telle Nancy 1 et Nancy 2 qui deviennent Nancy Université à défaut d’une université lorraine qui aurait alors compté l’Université Paul Verlaine – Metz – constituent en ce sens une première étape.

De telles mesures agiraient positivement sur le choix d’orientation des néo-bacheliers issus des lycées français à l’étranger.

Dimanche, 25 mars 2007

Si vous souhaitez enseigner à l'étranger...

Depuis la mise en place du système LMD, les étudiants de l’Université doivent élaborer dans le cadre d’unités d’enseignement leurs projets personnel et professionnel, et en particulier, construire un parcours pertinent en vue de concrétiser ce projet.

A cette occasion, il est constaté que de nombreux jeunes se destinent à l’enseignement à l’étranger. C’est pour répondre aux questions de tous ces jeunes que j’ai souhaité rédiger ce texte.

Découvrir les réseaux des établissements français à l’étranger

Les établissements scolaires français à l’étranger ont deux principales missions :

  • scolariser les enfants des expatriés français : les élèves de ce type d’établissements sont donc souvent issus de couches favorisées, même si certains peuvent être issus de milieux plus modestes et être boursiers.
  • contribuer au rayonnement de la culture et de la langue française.

Il existe 675 établissements français à l’étranger, rassemblant au total 24 000 élèves, qui sont implantés dans 130 pays - notamment, le Maroc, la Tunisie, Madagascar, …et plus généralement, toutes les anciennes colonies, mais aussi, l’Allemagne (suite de l’occupation) et enfin l’Espagne (conséquence du régime de Franco).

Les deux principaux réseaux sont :

auxquels viennent s’ajouter diverses autres associations.

Candidater dans un établissement français à l’étranger

Les enseignants de ces établissements ont trois statuts possibles :

  • le statut d’expatrié
  • le statut de résident
  • le statut de contractuel local.

1/ Le statut d’expatrié (5 % des enseignants)

Ces postes sont de loin les plus prisés : les avantages sont nombreux (indemnités de frais de séjour, salaire doublé, impôt sur les revenus moindre, …). Le nombre de postes mis au concours a diminué de 20 % en huit ans. Le candidat doit être nécessairement titulaire de l’Education Nationale. S’il est recruté, il l’est seulement pour une durée maximale de 5 ans, à l’issue de laquelle il a pour obligation de retourner sur le territoire français.

Comment candidater ? Les postes sont publiés sur le Bulletin Officiel aux alentours du mois d’octobre.

2/ Le statut de résident (34 % des enseignants)

Même si les avantages ne sont pas aussi nombreux que les expatriés, les postes à statut de résident restent très convoités : le salaire du professeur est augmenté de 35 %. Le nombre de postes mis au concours est en augmentation. Le candidat doit être nécessairement titulaire de l’Education Nationale. Et s’il est recruté, il l’est pour une durée maximale de 5 ans. Une reconduction de trois ans peut être demandée. Puis le retour sur le territoire français est imposé.

Comment candidater ? Les candidatures sont adressées de façon spontanée auprès des chefs d’établissement, de préférence vers le mois de janvier. La liste des établissements de l’AEFE et de la Mission Laïque Française peut être trouvée sur les sites de ces deux associations.

3/ Le statut du contractuel local (61 % des enseignants)

Ces postes sont déconseillés, notamment pour les collègues titulaires de la fonction publique : le professeur recruté devient vacataire. A ce titre, les années d’exercice à l’étranger ne sont pas prises en compte pour l’avancée dans la promotion : l’échelon du collègue peut donc évoluer lors du séjour à l’étranger, mais reviendra à son niveau initial au retour sur le territoire français.

Le nombre de postes mis au concours est en augmentation, alors que les candidats sont en nombre insuffisant. Ces contrats sont à durée indéterminée.

Comment candidater ? Les modalités de recrutement sont les mêmes que celles précédemment données.

Quelque soit le type de poste, lors du recrutement, les formations en FLE (Français Langue Etrangère) des Universités, les stages pédagogiques à l’étranger et les modules « Echanges éducatifs internationaux » (souvent existants dans l’offre de formation des IUFM) sont positivement pris en compte.

Exercer dans un établissement français à l’étranger

Les programmes

Les contenus des programmes sont les mêmes que ceux enseignés sur le territoire français.

Les parents

Comme dans tout établissement privé, les parents paient des frais d’inscription (ici, très élevés), et estiment donc avoir un droit de regard sur tout le fonctionnement de l’école. La pression exercée sur les enseignants par les parents, et donc l’Ambassade, est très forte. Assiduité, ponctualité, travail, rigueur des enseignants sont de grande mise : l’expulsion peut menacer !

Les élèves

Les élèves sont très plaisants : disciplinés et d’un très bon niveau (93,5 % de réussite au baccalauréat). Si la plupart sont des enfants d’expatriés, certains peuvent être des natifs locaux.

Les moyens

Si les moyens humains sont très satisfaisants, les locaux peuvent être délabrés, et les équipements insuffisants.

La gestion de l’établissement

La gestion peut être :

  • directe (donc pilotée par l’Etat français) - cas de 73 établissements
  • conventionnée sous contrat – cas de 178 établissements
  • homologuée (établissement privé hors contrat) : le personnel enseignant doit inclure au moins un titulaire de l’Education Nationale – cas de 155 établissements
  • en « électron libre » - cas de 24 établissements.

Quelque soit le statut du professeur, quelque soit le mode de gestion de l'établissement français à l’étranger, le regard de ce collègue sur les pratiques professionnelles françaises ne sera plus jamais le même.

Enseigner à l’étranger est une expérience très enrichissante tant sur le plan personnel que professionnel !

Jeudi, 15 mars 2007

Pour la réussite nationale des relations internationales des IUFM

Les échanges internationaux des IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) répondent à une demande ministérielle forte visant la construction de l’Europe, et de façon plus générale, la mondialisation. Dans ce cadre, l’apprentissage des langues vivantes et la mobilité des enseignants revêtent une importance toute particulière.

Malgré la complexité de mise en œuvre de ces échanges, générée par la rencontre de deux logiques opposées (logique de formation et logique de gestion), les services des relations internationales se sont montrés remarquablement efficaces et innovants.

Toutefois, l’introduction à la rentrée 2006 du stage filé est venue fragiliser ces actions, en tendant à marginaliser les stages à l’étranger. Malgré les nombreuses alternatives trouvées par les IUFM, il est aujourd’hui possible d’enregistrer une diminution globale, aussi quantitative que qualitative, de ces stages.

A partir du modèle des échanges franco-britanniques - qui semblent protégés par les accords ministériels entre les deux pays-, cinq critères interdépendants de garanti de réussite d’une action internationale se dégagent :

1.- l’existence d’un cadre conventionnel national bi- ou multilatéral (convention entre les ministères des pays concernés)

2.- l’existence d’un cadre financier collectif (budgétisation nationale)

3.- la création d’un réseau d’IUFM piloté à l’échelle nationale (force du collectif face à l’individuel)

4.- la publication officielle de référentiels et de cahiers des charges (textes de cadrage des stages à l’étranger, prévus dans les parcours « métiers de l’enseignement » de la licence, durant les années de concours ou de professionnalisation, ou enfin, durant les deux premières années de titularisation)

5.- le soutien des autorités institutionnelles (appuis politiques).

Des échanges, autres que franco-britanniques devraient être bâtis sur ce modèle, notamment avec l’Allemagne (pays transfrontalier, de surcroît premier partenaire économique de la France), avec l’Afrique Noire (puisque certains IUFM collaborent déjà avec le Mali, le Sénégal ou encore, le Togo), et avec les Etats-Unis.

Après l’agitation suscitée par l’apparition des stages filés, c’est à présent l’universitarisation des IUFM qui vient semer le trouble dans les cellules des relations internationales (RI) -puisque la loi prévoit un rapprochement ou une mutualisation des services relations internationales des deux établissements (IUFM et Université intégrante).

La méconnaissance mutuelle des deux services RI semble alimenter la crainte des usagers des IUFM d’une perte d’autonomie de leurs actions internationales. Il est donc sans doute nécessaire de rassurer tous les acteurs :

- la spécificité des deux établissements (recherche à l’Université, et ingénierie de formation à l’IUFM) devrait permettre à chacun de conserver un rôle moteur,

- les savoir-faire des deux services sont complémentaires : l’un pourrait investir les chantiers réfutés par l’autre,

- les moyens logistiques pourraient être mutualisés (facilités d’accès au logement et à l’hébergement des étudiants accueillis, centralisation des échanges ERASMUS,…)

- les parcours « métiers de l’enseignement » inscrits dans les licences, et qui parfois prévoient des stages à l’étranger, constituent de potentiels chantiers communs, qui peuvent permettre un rapprochement de tous les acteurs RI,

- quant à l’indépendance financière, elle est de toute façon assurée par la loi.

Le rapprochement des services RI des deux établissements devrait donc principalement se mesurer par le choix d’une politique commune de développement : par exemple, en Lorraine, les établissements sont tous fortement engagés dans des partenariats avec leurs voisins allemands.

Dans ce cas, la poursuite du travail de chacun dans des conditions favorables est assurée, et la réussite garantie.

Dimanche, 11 mars 2007

Alerte à la violence dans les écoles

L’angoisse des jeunes professeurs Le nombre de jeunes se destinant au professorat des écoles connaît une croissance fulgurante, alors que les candidats aux concours au professorat des collèges et lycées sont de moins en moins nombreux. Pourquoi cela ?



Tout simplement, parce que, si les professeurs des écoles sont assurés de rester dans leur académie d’origine par la nature même des modalités de recrutement, les professeurs des collèges et lycées néo-titulaires sont en revanche souvent affectés dans les collèges et lycées professionnels sensibles des académies de Créteil et de Lille, se retrouvant ainsi confrontés en toute première ligne au phénomène de violence, alors que paradoxalement, le cahier des charges de la formation des maîtres défend l’entrée progressive dans le métier.



Dans les IUFM en général, et à l’IUFM de Lorraine en particulier, l’angoisse des professeurs stagiaires face à ces agressions, de surcroît souvent exagérément relatées par les médias, génère une demande forte de formation spécifique, car s’il était possible de penser que les thèmes de la discipline, de l’autorité, de l’agressivité et de la violence pouvaient être abordés à travers des analyses de pratiques professionnelles, les stagiaires font aujourd’hui clairement entendre qu’une telle approche est désormais insuffisante.



Une réflexion est donc lancée : quelle formation apportée aux professeurs stagiaires pour favoriser au mieux leur entrée dans le métier ?



Avant de répondre à cette question, je souhaiterais rédiger quelques notes sur le phénomène de violence à l’école, qui marque de plus en plus notre société.



Un phénomène social

Désormais, les enfants issus des milieux populaires sont admis en masse dans l’enseignement du second degré alors que leurs frères et sœurs aînés rencontrent des difficultés pour accéder à l’emploi, et que leurs parents sont victimes du chômage. Autrement dit, alors que notre société est devenue une société de consommation, où l’accès aux biens matériels est une composante essentielle du bien-être, de plus en plus de familles connaissent une dégradation de leurs conditions matérielles de vie.



Les problèmes individuels des élèves (troubles psychologiques, ou autres), joints à des contextes particuliers :


  • de rupture psychologique (par exemple, divorce des parents), sociale (chômage), ou culturelle (telle dans les familles migrantes),
  • de dysfonctionnement (conditions de vie dans l’école, fréquentation de délinquants,…)
  • ou de revendications (ethniques ou religieuses)


génèrent chez les enfants et adolescents des difficultés d’adaptation et d’intégration, des affects dépressifs, auxquels se rajoute souvent l’échec scolaire.



Le cumul de ces facteurs suscite un profond mal-être chez les jeunes - parfois déjà porteurs d’une culture de l’affrontement physique.



La violence à l’école devient alors un moyen d’expression, un signal d’alarme lancé à l’attention de la collectivité nationale.



Quelles solutions apporter ?



La lutte contre la violence à l’école doit intervenir à différents niveaux :



1/dans les classes :

  • les programmes doivent prendre du sens pour l’élève, susciter son éveil et son intérêt,
  • les activités scolaires doivent lui permettre de s’épanouir, de se sentir valorisé, et de prendre conscience de toutes ses potentialités,


2/ dans les écoles :

  • la lutte contre l’échec scolaire doit devenir une orientation forte de l’établissement (dispositif de tutorat, pédagogie différentiée, etc.)
  • l’encadrement des élèves notamment dans les cours de récréation, les préaux, …doit être renforcé,


3/ dans la formation des enseignants :

  • la violence à l’école doit devenir l’une des priorités de formation des enseignants (outils de lecture des signes d’agressivité, pistes d’actions face à une situation d’incivilité ou de violence)
  • les affectations des professeurs dans les établissements sensibles doivent être raisonnées – cessons d’y envoyer les collègues les moins expérimentés ! -,


4/ dans les familles :

  • les familles doivent être soutenues, et pouvoir entretenir des liens plus forts avec les enseignants,


5/ dans la société :

  • les cellules de Protection maternelle et infantile, d’Aide sociale à l’enfance, de Protection judiciaire de la jeunesse, doivent être multipliées,
  • la question du rôle de l’école doit être posée,
  • la vision de la société sur les métiers manuels et sur l’intelligence doit changer,
  • le dossier de l’emploi doit naturellement rester l’un des axes forts de la politique de notre pays.


A la rentrée des classes 2006, le Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a publié un guide de sensibilisation à l’attention des chefs d’établissement, en vue d’améliorer le soutien et l’accompagnement des victimes de la violence : création d’un site et d’une ligne téléphonique SOS, identification des correspondants extérieurs en cas d’agressions (police, gendarmerie, services divers de l’Etat).



Même si une telle initiative ne peut être qu’approuvée, il est cohérent de penser que la violence à l’école, parce qu’elle est à rapprocher du problème des banlieues, et parce que ses causes et conséquences relèvent souvent de phénomènes de société beaucoup plus larges, devrait devenir un dossier interministériel : le champ d’actions serait alors immédiatement plus important.

Samedi, 3 mars 2007

Enfants handicapés : des élèves autrement capables

La loi de 2005 défend l’accessibilité des personnes handicapées à un projet de vie répondant à leurs désirs. Et il est patent que l’Education tient une place prépondérante dans ce projet d’intégration et d’adaptation - trop d’enfants handicapés étaient sans projet de scolarisation adapté. - Depuis 2005, le droit d’inscrire à l’école tout enfant qui présente un handicap a constitué l’une des évolutions fondamentales. C’est ainsi que la scolarisation en milieu ordinaire au plus près du domicile de l’élève a été posée comme principe : les établissements doivent arriver, aussi souvent que possible, à répondre aux besoins de l’élève handicapé via certains aménagements et accompagnements. Lorsque la solution d’intégration de l’élève dans un établissement scolaire ordinaire n’est pas adaptée aux besoins de l’élève, l’alternative d’une scolarisation en établissement médico-éducatif est alors envisagé.

La loi de 2005 veut :

  • associer étroitement les parents à la décision d'orientation de leur enfant et à toutes les étapes de l’élaboration de son projet personnalisé de scolarisation,
  • garantir la continuité d'un parcours scolaire, adapté aux compétences et aux besoins de l'élève,
  • garantir l'égalité des chances entre les élèves handicapés et les autres.

Cette loi, qui est entrée en application le 1er janvier 2006, soulève clairement le problème de la formation des maîtres, puisque désormais de nouvelles compétences et connaissances spécifiques sont attendues de la part des enseignants. Nous connaissons (voir le Républicain Lorrain du 15 novembre 2006) le désarroi de cette institutrice qui, sans aucune formation spécifique, a du accueillir cette année un petit garçon autiste de trois ans.



C’est ainsi que le texte officiel (paru en mars 2007) de mise en œuvre du cahier des charges de la formation des maîtres prévoit des modules d’initiative nationale dans le cas de l’adaptation scolaire et la scolarisation des élèves handicapés, ayant pour objectif de familiariser le futur professeur avec les problématiques générales du handicap et de l’intégration scolaire.



La politique du handicap s’inscrit désormais dans la plupart des textes officiels : ce serait en effet une erreur de penser qu’elle doit se résumer en une seule loi, car si nous voulons vraiment que les mentalités évoluent et que les personnes handicapées soient considérées comme des citoyens à part entière, l’initiative nationale doit être présente partout dans la vie quotidienne.



Prenons aujourd’hui des mesures fortes favorisant le développement humain des enfants en situation d’handicap, et soyons alors certains qu’ils nous étonneront par leurs compétences et capacités autres, et qu'ils constitueront des adultes épanouis de demain.

Jeudi, 22 février 2007

Regard sur deux écoles belges

En tant que responsable des relations internationales de l’IUFM de Lorraine, je peux témoigner que l’observation et l’étude de systèmes éducatifs étrangers permettent, par l’effet de miroir, de porter un nouveau regard sur les modes de fonctionnement français.



Dans ce billet, nous plongeons dans l’univers de deux établissements du second degré belges dont les projets illustrent l’importance d’un espace d’initiatives pour la mise en œuvre d'une pédagogie adaptée au public local.



Le premier est l'Athénée Royal Da Vinci, à Bruxelles. Il peut accueillir des enfants en très grande difficulté, analphabètes, ou encore, néo-arrivants connaissant peu ou pas du tout le français.



Le seconde est l’Ecole du Futur, à Mons. Son public est plus traditionnel, voire favorisé.



Malgré tout, ces deux écoles prônent la mixité sociale, en cohérence même avec leur projet d’établissement dont les axes sont similaires et visent à permettre à l'élève de devenir un adulte responsable, à favoriser son autonomie, développer sa curiosité intellectuelle, son sens critique, son esprit de coopération, ses capacités d'analyse et de raisonnement, mais aussi de créativité.



En revanche, les moyens de mise en œuvre diffèrent en raison même des profils des élèves.



A travers ces deux exemples, nous allons illustrer qu'un projet d'établissement ne peut prendre vie que s'il tient compte du profil des usagers, de l'implantation géographique de l'école, et bien entendu, de la force d'engagement des enseignants. Sur ce dernier point, il est clair que les professeurs seront plus facilement porteurs s'ils ont été sollicités dans l'élaboration même du projet : l'école doit donc entrer dans une démarche participative, aussi bien au niveau des élèves qu'à celui des enseignants.



Les questions qui peuvent aussi être soulevées concernent les objectifs globaux de formation, autrement dit, le but véritable de l'Ecole : est-ce de préparer à l'entrée à l'université ? Ou plus largement, de créer des adultes responsables qui sauront trouver leur place dans la société d'aujourd'hui ? Dans ce cas, ne faudrait-il pas en parallèle changer notre propre regard sur les métiers manuels en particulier, et toute notre vision de l'intelligence en général ?



L’école Da Vinci à Bruxelles

Cette école se structure comme une véritable communauté éducative dans laquelle le bien-être et l’épanouissement de l’élève est l’une des principales orientations.



Toutes les activités visent à favoriser une dynamique de changement, de participation, de coopération et de remise en question permanente afin de permettre aux jeunes de devenir de véritables acteurs de leur formation et de futurs citoyens responsables.

Trois axes se dégagent :
  • la connaissance de l’autre : apprentissage de la diversité culturelle et de la cohésion sociale (activités communes), travail de l’écoute de l’autre, …
  • la connaissance de soi : parcours individuels, activités sportives (notamment en football), d’expression et de créativité, …
  • la connaissance du monde : éducation aux médias, à la santé, à l’environnement, …


Dans ce cadre, l’Athénée Da Vinci encourage les activités favorisant une réconciliation de l’élève avec l’Ecole, en organisant des activités extrascolaires ou transdisciplinaires en partenariat avec le monde extérieur, et en luttant contre l’échec scolaire. Par exemple, l’établissement a mis en place :


  • des classes passerelles : celles-ci accueillent des jeunes ne parlant pas ou peu le français voire complètement analphabètes. Les objectifs pédagogiques visés sont alors : acquérir un niveau en français suffisant pour pouvoir être intégré dans la classe et profiter des enseignements, mais aussi, apporter les ressources linguistiques et relationnelles nécessaires pour subvenir aux besoins dans la nouvelle société qu’ils doivent appréhender.
  • un tutorat : afin de faciliter la réussite des élèves en difficulté d’apprentissage, une école des devoirs, encore appelée Dispositif d’Accrochage Scolaire, a été créée. La philosophie centrale est d’apprendre aux élèves à apprendre afin de les rendre au plus vite autonomes.


L’école du Futur à Mons

L’école du Futur a pour projet de respecter les rythmes de travail, de permettre à chaque élève de se réaliser humainement et de concrétiser son projet de vie, tout en lui permettant d’atteindre son plus haut niveau de compétences.



Les moyens utilisés peuvent paraître innovants : il n’est plus question de saucissonner les différentes matières en heures de cours Et « l’austère bureau surélevé du professeur disparaît, de même que les antiques bancs alignés en rangée jusqu’au fond de la classe. Ici, le demi-cercle formé par le mobilier moderne offre un panorama plutôt futuriste, complété par une série d’ordinateurs qui trônent dans la halle centrale. »



La méthode scolaire est également très différente : les programmes sont abordés à travers cinq thèmes (par exemple, l’aviation, l’eau, l’actualité, la socialisation et le théâtre). Ce choix pédagogique permet d’approcher les matières traditionnelles via des chassés-croisés interdisciplinaires et transdisciplinaires. L'enseignement vertical habituel laisse la place à un apprentissage horizontal. - Pour cela, les pratiques des professeurs reposent sur la pédagogie différenciée, l’apprentissage par compétences (donner un sens aux savoirs et les rendre plus indélébiles), le travail en projet, la formation par petits groupes d’élèves,…Le principe est de permettre à l’élève de devenir un initiateur et un instigateur de recherches et de travaux d’exploitation, notamment grâce aux nouvelles technologies d’information et de communication, à l’intervention fréquente de personnes-ressources extérieurs, et à l’observation de phénomènes in situ.

Dimanche, 11 février 2007

Le portfolio européen des langues

Une nouvelle orientation éducationnelle



L’apprentissage des langues prend une toute nouvelle orientation : il n’est plus considéré dans le simple cadre scolaire mais dans un véritable parcours tout au long de la vie durant laquelle l’exposition aux langues se fait. Les cours de langues ne constituent plus qu’un élément de ce parcours.



Autrement dit, l’apprentissage vient s’inscrire dans une démarche d’utilisation des langues, et non plus dans une démarche pédagogique : l’apprenant devient un apprenant usager, avec un passé et un avenir de contacts avec les langues.



Présentation du portfolio



Le Portfolio est l’outil qui permet une autoévaluation en langues, mais aussi et surtout, la mise en valeur de toute la motivation, de toutes les compétences, acquis et expériences de l’utilisateur apprenant.



Concrètement, le portfolio est constitué de trois éléments :

  • le passeport de langues, qui est l’empreinte des contacts de l’apprenant usager avec les langues : il indique le profil linguistique, présente un résumé des expériences linguistiques et culturelles, et fournit la liste des certificats et des diplômes obtenus,
  • la biographie langagière, qui est un recensement des expériences vécues langagières, socioculturelles et interculturelles, mais aussi une description des compétences langagières, des activités pratiquées, des moyens et des manières de progresser,
  • le dossier qui est un portefeuille de documents d’illustration (diplômes, attestations, projets, réflexions, réalisations, ..).


Pourquoi un portfolio ?



Le portfolio conçoit donc le développement de compétences langagières tout au long de la vie comme un parcours curriculaire, c’est-à-dire comme un parcours qui s’inscrit dans un continuum de formation en vue d’une progression qualitative et non plus seulement, quantitative.



Par le portfolio, l’apprenant usager prend conscience de la multiplicité des itinéraires et des caractéristiques de son propre profil langagier. Il est sensibilisé à la diversité des langues, au multilinguisme et au plurilinguisme.



Du point de vue du professeur, le portfolio permet :

  • de favoriser l’engagement des élèves
  • de les doter de moyens de se fixer des objectifs et de développer leur autonomie,
  • de rendre leurs progrès perceptibles,
  • de valoriser toute réussite,
  • de donner du sens aux apprentissages linguistiques.


Le portfolio dégage ainsi une autre conception de la connaissance des langues vivantes, en introduisant la notion de compétences partielles en langues.



Evolution dans les pratiques professionnelles des enseignants



La popularité du portfolio (PEL) a déjà largement dépassé celle du cadre européen commun de références pour les langues (CECR) - grille d’évaluation des cinq compétences : écouter, lire, s’exprimer oralement, écrire et converser (on y distingue donc les situations de monologue et de dialogue interactif).



Ces deux instruments, CECR et PEL, se présentent donc comme deux nouveaux outils pédagogiques communs à de nombreux pays européens et au delà – le CECR a par exemple été traduit en trente langues.



Alors que l’apprentissage des langues connaît donc une toute nouvelle orientation, il est essentiel que cette évolution suive au sein même des pratiques professionnelles des enseignants.



Suite à la publication du nouveau cahier des charges de la formation de maîtres, les 31 IUFM sont en train de reprendre les plans de formation : une belle opportunité d'ancrer plus fortement l'utilisation du CECR et du PEL dans les pratiques des jeunes professeurs !

Samedi, 10 février 2007

La politique éducative marocaine

Le taux de scolarisation des petits marocains est officiellement de 90 % dans le primaire et de 70 % pour les 12-14 ans, mais dans certaines campagnes, il est bien plus bas. L’aménagement des rythmes scolaires depuis la rentrée 1998 pour permettre aux enfants de conjuguer travail à la ferme et alphabétisation n’a en effet pas suffi pour enrayer l’absentéisme.



Une politique éducative forte



Pourtant, le royaume a, depuis 1999 (année de la promulgation de la Charte Nationale de l’éducation et de la formation), adopté une politique éducative très forte qui place l’Education comme seconde priorité nationale C’est ainsi que près de 30 % du budget national (contre 7 % en France) est mobilisé pour cette mission !



Des résultats encore décevants



Les résultats ne correspondent cependant pas à ceux attendus : le Maroc compte encore le plus fort taux d’analphabétisme des pays du Maghreb.



Deux raisons principales peuvent être données.



La première est historique : en 1956, à l’heure de l’indépendance, la France laisse une population comprenant 87 % d’analphabètes. Le mal est alors très profond.



La seconde est géographique : dès qu’on s’éloigne des grandes villes, les écoles se retrouvent implantées à parfois plus d’une dizaine de kilomètres du domicile des élèves, comme si elles avaient été construites aux centres de cercles imaginaires qu’un maximum de petits ruraux pourraient décemment joindre chaque jour à pied. C’est ainsi que de nombreuses écoles ont été construites en milieu désertique. Il est alors compréhensible que tous les enfants, même s’ils sont conscients du drame de la privation de savoirs, n’acceptent pas d’effectuer de tels trajets.



Ces faits sont encore plus marqués au niveau du collège.



Le français à l'école

Le français n’est naturellement pas une langue étrangère comme les autres : 75 % des marocains estiment cette langue comme indispensable, car facteur d’ouverture professionnelle. Pour cette raison, les établissements français, la Mission laïque, les écoles privées bilingues connaissent un très grand succès



Dans les établissements publics, le français est désormais enseigné dès le CE1. Il devient aussi une langue d’instruction notamment en cours de mathématiques (alors que l’histoire et la géographie sont enseignées en arabe). Malheureusement, en milieu rural, les enfants n’ont pas la télévision : ils n’entendent, ni ne parlent, le français (ni même l’arabe standard) en dehors de l’école. Leur niveau en français s’avère donc très faible.



La formation des maîtres



La volonté politique éducative du royaume est naturellement présente dans la formation des maîtres (désormais recrutés à BAC +2, au lieu du niveau baccalauréat) : le besoin de rénover les modes de pratiques professionnelles a en effet été clairement énoncé par les autorités marocaines.



C’est ainsi que la France, sollicitée, s’est impliquée, via les cellules des relations internationales des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) en collaboration avec les CFI marocains (Centres de Formation des Instituteurs), dans la formation continue des enseignants marocains . Dans ce cadre, l’IUFM de Lorraine échange tous les ans avec le Maroc quelques professeurs des écoles stagiaires, et missionnent régulièrement des formateurs pour assurer un stage en pédagogie ou en didactique des disciplines aux instituteurs marocains.

Samedi, 3 février 2007

Le cahier des charges de la formation des maîtres

Le cahier des charges de la formation des maîtres qui vient de paraître aux journal et bulletin officiels, offre pour la première fois un cadrage commun national. Ce cadrage, qui se révèle en fait globalement proche des pratiques lorraines, a été rédigé dans le contexte particulier qui prévoit l’intégration des IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) dans les Universités.



Le texte, qui semble avoir été rédigé de sorte qu’il puisse recueillir l’adhésion de tous, laisse des zones floues, dans le sens que ces dernières viennent s’heurter aux réalités du terrain, ou encore, peuvent s’interpréter de différentes façons.



La principale nouveauté est qu’il est désormais clairement reconnu qu’enseigner est un métier qui s’apprend, et qu’une formation approfondie est nécessaire. Rien ne doit plus être laissé aux aléas de la vocation pédagogique : enseigner n’est pas un don.



1/ Dans le contexte de l’universitarisation
Fondée sur le principe de l’entrée progressive dans le métier et de l’accompagnement dans le premier emploi, la formation des maîtres s’inscrit désormais dans un cursus universitaire : la licence doit donc intégrer des éléments de préprofessionnalisation aux métiers de l’enseignement. Ces unités de formation peuvent se présenter sous différentes formes :

  • dans la construction du projet personnel et professionnel de l’étudiant (souvent en 1ère année de licence)
  • dans le cadre de stages d’observation ou d’analyse de pratiques
  • dans le cadre d’Unités d’Enseignement de culture générale, de didactique de la discipline ou de pédagogie
  • dans le cadre de parcours bidisciplinaires (par exemple, pour le professorat d’Histoire & Géographie)
  • dans le cadre de préparation aux C2i (Certificat Informatique Internet) ou au CLES (Certificat de compétences en Langue de l’Enseignement Supérieur).

De tels parcours de formation existent déjà dans l’offre de formation des universités lorraines depuis le basculement dans le système LMD (Licence, Master, Doctorat).



La formation des maîtres s’inscrit donc dans un continuum : les étudiants engagés dans les parcours « métiers de l’enseignement » pourront désormais bénéficiés de sept années de formation professionnalisante :

  • la licence (trois années de préprofessionnalisation)
  • la préparation au concours de recrutement (une année)
  • la formation initiale des professeurs stagiaires (une année), qui conduit à la titularisation dans la fonction publique
  • la formation initiale différée (deux années), qui accompagne le néotitulaire dans son nouvel emploi.


Enfin, le dispositif de formation professionnelle prévoit - mais je crains l’ambition trop forte et la mise en application impossible - une connaissance par les enseignants de l’avancée de la recherche universitaire.



2/ Vers une ouverture vers le monde extérieur

A l’échelle nationale

Parce que la formation doit aussi être ouverte sur l’environnement économique et sur la société française, les compétences suivantes sont attendues :

  • connaître le monde du travail
  • coopérer avec les parents et découvrir les partenaires de l’école pour travailler ensemble
  • avoir une pratique effective des métiers pour les professeurs de la voie professionnelle et de la voie technique
  • comprendre la diversité culturelle de la France d’aujourd’hui pour contribuer à la construction d’une culture commune à tous les élèves.


A l’échelle internationale

Et dans le cadre de la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur, le cahier des charges prévoit également des enseignements préparant les futurs professeurs à la mobilité au sein de l’Europe. Les échanges internationaux des IUFM sont donc préservés.



3 / De nouveaux dispositifs d’évaluation



Evaluation des professeurs stagiaires

Désormais, le jury de qualification professionnelle ne se prononcera plus seulement sur la base du dossier de compétences du professeur stagiaire, puisqu’il devra prévoir un entretien personnel avec chaque professeur stagiaire. Il est clair que la mise en application va être très lourde !



Evaluation des formations dispensées à l’IUFM

En parallèle, une Commission Nationale d’Evaluation de la formation des maîtres sera créée : elle expertisera en particulier les plans de formation élaborés par l’université intégratrice au regard du cahier des charges.



4/ Le principe par alternance



Formation en alternance pour les stagiaires

La formation des professeurs stagiaires continue à reposer sur le principe de l’alternance, qui permet aux pratiques de terrain de nourrir la réflexion en pédagogie et en didactique menée à l’IUFM, et à l’inverse, de mettre en application des modes pédagogiques et des dispositifs expérimentaux proposés ou étudiés à l’IUFM.



Formation par immersion pour les formateurs

Le cahier des charges prévoit que 70 % des formateurs IUFM, enseignants des premier et second degrés, restent en contact avec les réalités de la classe : pour cela, une partie de leur service doit être effectuée dans un établissement scolaire.



5/ Les dix commandements



Pour finir, le texte de cadrage cite dix compétences professionnelles indispensables donc exigibles :

  • agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable
  • maîtriser la langue française pour enseigner et communiquer
  • maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale
  • concevoir et mettre en œuvre son enseignement
  • organiser le travail de la classe
  • prendre en compte la diversité des élèves (dont ceux en situation d’handicap)
  • évaluer les élèves
  • maîtriser les technologies de l’information et de la communication
  • travailler en équipe et coopérer avec les parents et les élèves de l’école
  • se former et innover.


Les trente et un IUFM de France sont donc en train de travailler les nouveaux plans de formation qui entreront en rigueur dès la prochaine rentrée scolaire. Les délais sont bien courts, mais les IUFM, habitués à de tels défis, y parviendront !

Samedi, 2 décembre 2006

Une décharge de service pour les directeurs des écoles à quatre classes

Jusqu’à l’année dernière, les directeurs des écoles à quatre classes ne disposaient d’aucune décharge pour effectuer les tâches administratives qui les incombaient. Mais au printemps 2006, le Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche décida d’apporter une solution (initialement prévue sans surcoût) : les professeurs stagiaires effectueront désormais un stage en responsabilité de 30 jours dans la classe des directeurs des écoles à quatre classes, déchargeant ainsi les directeurs d’une partie de leur service d’enseignement au profit d’activités administratives. Selon les académies, les modalités de ce stage diffèrent : en Lorraine, c'est tous les lundis que les professeurs stagiaires s’en vont remplacer les directeurs d’école.



Jusqu’à l’année dernière, les stagiaires qui devaient effectuer trois stages en responsabilité massés d’une durée de trois semaines, n’avaient donc pas la possibilité de suivre la progression d’une classe (progrès des élèves, avancée du programme, etc.). La solution du stage filé de trente jours a levé ce défaut de formation. Malheureusement, à cet atout s’opposent quelques effets négatifs, d’autant plus forts que la mise en œuvre de ce nouveau dispositif de formation se révèle pour diverses raisons – ci-dessous données - difficiles. La très bonne concertation entre le Rectorat, et donc les quatre Inspecteurs d’Académie (attachés à chacun des départements de la région), avec l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) a cependant permis, dans presque tous les cas, de trouver des solutions alternatives.



1.- Ce dispositif de formation laisse supposer que dans l’académie, il existe autant de professeurs des écoles stagiaires que d’écoles à quatre classes : ce qui n’est pas. Par exemple, en Moselle (département à forte démographie) le nombre de stagiaires est plus élevé que celui d’écoles, alors qu’en Meuse, la situation est inversée. La décision de l’institution a donc été de lever les barrières départementales ; autrement dit, un stagiaire en formation sur un département peut se trouver affecté dans une école d’un autre département.



2.- Les frais (remboursés) de déplacement des professeurs stagiaires sont très élevés : le dispositif oblige en effet les stagiaires lorrains à parcourir 2,5 fois la distance de la Terre à la Lune durant l’année scolaire 2006-07. Le dispositif a donc bien un coût.



3.- Les premiers jours de rentrée, la carte des écoles à quatre classes est encore instable : certaines écoles à quatre classes passent à cinq classes, alors que d’autres (mais ce cas de figure est plus rare) peuvent se retrouver à trois classes seulement. Dans de telles situations, la solution retenue a été de laisser le professeur stagiaire dans l’école initiale pour lui garantir une cohésion de formation.



4.- Le statut accordé au professeur stagiaire n’est pas toujours celui qui devrait être : le jeune enseignant est parfois considéré comme un remplaçant, et non, comme un membre réel de l’équipe pédagogique de l’école.



5.- Le professeur stagiaire se retrouve seul face à une classe d’élèves, après une semaine seulement de formation : ce qui est naturellement source de très grosse angoisse pour le jeune enseignant encore inexpérimenté. Heureusement, la plupart des directeurs se sont spontanément donnés un rôle tutoriel, en accompagnant les nouveaux collègues dans leurs pratiques pour leur permettre de devenir progressivement autonomes.



6.- Les stages à l’étranger sont menacés alors qu’ils permettent aux professeurs stagiaires de développer des compétences linguistiques, culturelles et pédagogiques, donc essentielles dans le cadre de la construction de l’Europe et de la mobilité internationale des enseignants (si promue par le Ministère). La difficulté de mise en œuvre des stages à l’étranger est simple à comprendre : si le stagiaire part, il ne peut évidemment pas prendre en main la classe du directeur d’école le lundi. Outre le problème du remplacement du stagiaire, tant sur les moyens qui diffèrent d’un département à l’autre, qu’au niveau déontologique (en effet, les familles dénoncent le risque de déstabilisation éducative des élèves confrontés à un trop grand nombre d'intervenants, puisqu'il s'agit de remplacer un collègue déjà remplaçant), les professeurs stagiaires hésitent davantage que par le passé à choisir un parcours « relations internationales » pour des raisons affectives : ils sont attachés à leurs premiers élèves et perçoivent un stage à l’étranger comme un abandon (même s’il n’est que temporaire) de leur classe. La solution retenue par les instances a souvent été de réduire la durée du stage à l’étranger, avec une semaine au moins prévue durant les vacances scolaires françaises (sauf lorsque qu'au niveau des affaires étrangères, les enjeux diplomatiques s’avéraient trop forts).



Malgré tout, le bilan de fin d’année scolaire ne devrait pas être négatif : certes, le début de l’année a été difficile, mais avec le temps, la situation semble s’améliorer et les difficultés s’estomper, et il est déjà possible d’imaginer la régulation du fonctionnement du dispositif pour les prochaines années scolaires.

Samedi, 18 novembre 2006

Egalité des chances pour l'accès aux formations d'excellence

De plus en plus d’instituts d’enseignement supérieur optent pour la mise en place d’un dispositif d’accompagnement des lycéens de Terminale issus de milieux défavorisés, sur un parcours les conduisant à intégrer une formation d’excellence. Cette tendance suit le constat que peu de lycéens boursiers s’engagent dans les cursus des Grandes Ecoles, alors que la paupérisation de la population étudiante tend à s’accroître dans les filières universitaires. Ce choix d’orientation des lycéens issus des couches socioprofessionnelles défavorisées est en fait une conséquence du manque de confiance de ces jeunes en leur capacité à suivre avec succès des études réputées difficiles (souvent parce que les parents eux même, marqués par leur propre vécu, n’ont pas osé espérer ou croire en les potentialités de leurs enfants). Ces étudiants tendent donc à s’autocensurer en refusant d’envisager la construction d’un parcours personnel et professionnel qui pourrait paraître à leurs yeux ou à ceux de leur famille trop ambitieux.



Alors que la semaine dernière, la chaîne télévisée France 2 a diffusé lors de l’émission Envoyé spécial, un reportage sur les mesures sociales retenues pour les modalités d’admission à l’Ecole Sciences Po (Paris), certains instituts d’enseignement supérieur de Metz Campus (ENSAM, SupElec, …) mettent en projet des dispositifs d’accompagnement de lycéens boursiers présentant des aptitudes remarquables et choisissant une première orientation en IUT ou BTS, en vue d’une admission ultérieure sur concours spécifique. Cet accompagnement essentiellement prévu sous forme de parrainage, vise à faciliter l’accès à des connaissances scientifiques et techniques, mais aussi à une culture générale adaptée, voire si besoin, à familiariser avec les codes sociaux.



Ces jeunes, blacks, blancs ou beurs, deviendront ainsi les premiers dans leurs famille et quartier, à intégrer une grande école.



Il ne s’agit naturellement pas d’avantager (c'est-à-dire de faire de la "discrimination positive"), mais de compenser certaines inégalités pour tendre à donner à chacun la même chance de réussite, avec toutefois la contrainte de ne pas baisser le niveau d’études de ces instituts réputés - car si tel devenait le cas, tous ces dispositifs perdraient sens. Un juste dosage des mesures engagées doit donc être, et peut effectivement être conduit puisque l’IUFM de Lorraine qui vient d’être classé au premier rang à l’échelle nationale (via ses résultats au concours de recrutement des professeurs des écoles (CRPE)), choisit depuis plusieurs années un barème d’admission qui accorde quelques points supplémentaires aux candidats boursiers, Il ne fait ainsi nul doute que ces dispositifs doivent être maintenus et mieux, étendus à tous les organismes de formation.

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