L’angoisse des jeunes professeurs Le nombre de jeunes se destinant au professorat des écoles connaît une croissance fulgurante, alors que les candidats aux concours au professorat des collèges et lycées sont de moins en moins nombreux. Pourquoi cela ?
Tout simplement, parce que, si les professeurs des écoles sont assurés de rester dans leur académie d’origine par la nature même des modalités de recrutement, les professeurs des collèges et lycées néo-titulaires sont en revanche souvent affectés dans les collèges et lycées professionnels sensibles des académies de Créteil et de Lille, se retrouvant ainsi confrontés en toute première ligne au phénomène de violence, alors que paradoxalement, le cahier des charges de la formation des maîtres défend l’entrée progressive dans le métier.
Dans les IUFM en général, et à l’IUFM de Lorraine en particulier, l’angoisse des professeurs stagiaires face à ces agressions, de surcroît souvent exagérément relatées par les médias, génère une demande forte de formation spécifique, car s’il était possible de penser que les thèmes de la discipline, de l’autorité, de l’agressivité et de la violence pouvaient être abordés à travers des analyses de pratiques professionnelles, les stagiaires font aujourd’hui clairement entendre qu’une telle approche est désormais insuffisante.
Une réflexion est donc lancée : quelle formation apportée aux professeurs stagiaires pour favoriser au mieux leur entrée dans le métier ?
Avant de répondre à cette question, je souhaiterais rédiger quelques notes sur le phénomène de violence à l’école, qui marque de plus en plus notre société.
Un phénomène social
Désormais, les enfants issus des milieux populaires sont admis en masse dans l’enseignement du second degré alors que leurs frères et sœurs aînés rencontrent des difficultés pour accéder à l’emploi, et que leurs parents sont victimes du chômage. Autrement dit, alors que notre société est devenue une société de consommation, où l’accès aux biens matériels est une composante essentielle du bien-être, de plus en plus de familles connaissent une dégradation de leurs conditions matérielles de vie.
Les problèmes individuels des élèves (troubles psychologiques, ou autres), joints à des contextes particuliers :
- de rupture psychologique (par exemple, divorce des parents), sociale (chômage), ou culturelle (telle dans les familles migrantes),
- de dysfonctionnement (conditions de vie dans l’école, fréquentation de délinquants,…)
- ou de revendications (ethniques ou religieuses)
génèrent chez les enfants et adolescents des difficultés d’adaptation et d’intégration, des affects dépressifs, auxquels se rajoute souvent l’échec scolaire.
Le cumul de ces facteurs suscite un profond mal-être chez les jeunes - parfois déjà porteurs d’une culture de l’affrontement physique.
La violence à l’école devient alors un moyen d’expression, un signal d’alarme lancé à l’attention de la collectivité nationale.
Quelles solutions apporter ?
La lutte contre la violence à l’école doit intervenir à différents niveaux :
1/dans les classes :
- les programmes doivent prendre du sens pour l’élève, susciter son éveil et son intérêt,
- les activités scolaires doivent lui permettre de s’épanouir, de se sentir valorisé, et de prendre conscience de toutes ses potentialités,
2/ dans les écoles :
- la lutte contre l’échec scolaire doit devenir une orientation forte de l’établissement (dispositif de tutorat, pédagogie différentiée, etc.)
- l’encadrement des élèves notamment dans les cours de récréation, les préaux, …doit être renforcé,
3/ dans la formation des enseignants :
- la violence à l’école doit devenir l’une des priorités de formation des enseignants (outils de lecture des signes d’agressivité, pistes d’actions face à une situation d’incivilité ou de violence)
- les affectations des professeurs dans les établissements sensibles doivent être raisonnées – cessons d’y envoyer les collègues les moins expérimentés ! -,
4/ dans les familles :
- les familles doivent être soutenues, et pouvoir entretenir des liens plus forts avec les enseignants,
5/ dans la société :
- les cellules de Protection maternelle et infantile, d’Aide sociale à l’enfance, de Protection judiciaire de la jeunesse, doivent être multipliées,
- la question du rôle de l’école doit être posée,
- la vision de la société sur les métiers manuels et sur l’intelligence doit changer,
- le dossier de l’emploi doit naturellement rester l’un des axes forts de la politique de notre pays.
A la rentrée des classes 2006, le Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a publié un guide de sensibilisation à l’attention des chefs d’établissement, en vue d’améliorer le soutien et l’accompagnement des victimes de la violence : création d’un site et d’une ligne téléphonique SOS, identification des correspondants extérieurs en cas d’agressions (police, gendarmerie, services divers de l’Etat).
Même si une telle initiative ne peut être qu’approuvée, il est cohérent de penser que la violence à l’école, parce qu’elle est à rapprocher du problème des banlieues, et parce que ses causes et conséquences relèvent souvent de phénomènes de société beaucoup plus larges, devrait devenir un dossier interministériel : le champ d’actions serait alors immédiatement plus important.
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