Une décharge de service pour les directeurs des écoles à quatre classes
Par Florence Soriano-Gafiuk le Samedi, 2 décembre 2006, 12:56 - Réflexions - Lien permanent
Jusqu’à l’année dernière, les directeurs des écoles à quatre classes ne disposaient d’aucune décharge pour effectuer les tâches administratives qui les incombaient. Mais au printemps 2006, le Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche décida d’apporter une solution (initialement prévue sans surcoût) : les professeurs stagiaires effectueront désormais un stage en responsabilité de 30 jours dans la classe des directeurs des écoles à quatre classes, déchargeant ainsi les directeurs d’une partie de leur service d’enseignement au profit d’activités administratives. Selon les académies, les modalités de ce stage diffèrent : en Lorraine, c'est tous les lundis que les professeurs stagiaires s’en vont remplacer les directeurs d’école.
Jusqu’à l’année dernière, les stagiaires qui devaient effectuer trois stages en responsabilité massés d’une durée de trois semaines, n’avaient donc pas la possibilité de suivre la progression d’une classe (progrès des élèves, avancée du programme, etc.). La solution du stage filé de trente jours a levé ce défaut de formation. Malheureusement, à cet atout s’opposent quelques effets négatifs, d’autant plus forts que la mise en œuvre de ce nouveau dispositif de formation se révèle pour diverses raisons – ci-dessous données - difficiles. La très bonne concertation entre le Rectorat, et donc les quatre Inspecteurs d’Académie (attachés à chacun des départements de la région), avec l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) a cependant permis, dans presque tous les cas, de trouver des solutions alternatives.
1.- Ce dispositif de formation laisse supposer que dans l’académie, il existe autant de professeurs des écoles stagiaires que d’écoles à quatre classes : ce qui n’est pas. Par exemple, en Moselle (département à forte démographie) le nombre de stagiaires est plus élevé que celui d’écoles, alors qu’en Meuse, la situation est inversée. La décision de l’institution a donc été de lever les barrières départementales ; autrement dit, un stagiaire en formation sur un département peut se trouver affecté dans une école d’un autre département.
2.- Les frais (remboursés) de déplacement des professeurs stagiaires sont très élevés : le dispositif oblige en effet les stagiaires lorrains à parcourir 2,5 fois la distance de la Terre à la Lune durant l’année scolaire 2006-07. Le dispositif a donc bien un coût.
3.- Les premiers jours de rentrée, la carte des écoles à quatre classes est encore instable : certaines écoles à quatre classes passent à cinq classes, alors que d’autres (mais ce cas de figure est plus rare) peuvent se retrouver à trois classes seulement. Dans de telles situations, la solution retenue a été de laisser le professeur stagiaire dans l’école initiale pour lui garantir une cohésion de formation.
4.- Le statut accordé au professeur stagiaire n’est pas toujours celui qui devrait être : le jeune enseignant est parfois considéré comme un remplaçant, et non, comme un membre réel de l’équipe pédagogique de l’école.
5.- Le professeur stagiaire se retrouve seul face à une classe d’élèves, après une semaine seulement de formation : ce qui est naturellement source de très grosse angoisse pour le jeune enseignant encore inexpérimenté. Heureusement, la plupart des directeurs se sont spontanément donnés un rôle tutoriel, en accompagnant les nouveaux collègues dans leurs pratiques pour leur permettre de devenir progressivement autonomes.
6.- Les stages à l’étranger sont menacés alors qu’ils permettent aux professeurs stagiaires de développer des compétences linguistiques, culturelles et pédagogiques, donc essentielles dans le cadre de la construction de l’Europe et de la mobilité internationale des enseignants (si promue par le Ministère). La difficulté de mise en œuvre des stages à l’étranger est simple à comprendre : si le stagiaire part, il ne peut évidemment pas prendre en main la classe du directeur d’école le lundi. Outre le problème du remplacement du stagiaire, tant sur les moyens qui diffèrent d’un département à l’autre, qu’au niveau déontologique (en effet, les familles dénoncent le risque de déstabilisation éducative des élèves confrontés à un trop grand nombre d'intervenants, puisqu'il s'agit de remplacer un collègue déjà remplaçant), les professeurs stagiaires hésitent davantage que par le passé à choisir un parcours « relations internationales » pour des raisons affectives : ils sont attachés à leurs premiers élèves et perçoivent un stage à l’étranger comme un abandon (même s’il n’est que temporaire) de leur classe. La solution retenue par les instances a souvent été de réduire la durée du stage à l’étranger, avec une semaine au moins prévue durant les vacances scolaires françaises (sauf lorsque qu'au niveau des affaires étrangères, les enjeux diplomatiques s’avéraient trop forts).
Malgré tout, le bilan de fin d’année scolaire ne devrait pas être négatif : certes, le début de l’année a été difficile, mais avec le temps, la situation semble s’améliorer et les difficultés s’estomper, et il est déjà possible d’imaginer la régulation du fonctionnement du dispositif pour les prochaines années scolaires.
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