Compte-rendu de l’étude menée par le conseil de l’Europe



Au Grand-Duché du Luxembourg, le trilinguisme actuel (allemand, français et luxembourgeois) a pour objectif de tirer les conséquences de l’environnement du pays sur le plan économique, culturel et politique, et de se différencier en même temps de ses voisins.



Les trois langues ont en fait un usage très complémentaire : le luxembourgeois est gage d’intégration, le français est la langue de la législation, alors que dans les secteurs de l’administration et de la justice, l’emploi des trois langues est possible.



Les besoins de compétences linguistiques sont en fait plus largement diversifiés, d’abord pour favoriser la mobilité professionnelle et donc la réussite individuelle (l’anglais est officiellement considéré comme la première langue étrangère), mais aussi pour répondre au fort taux d’immigrés (38,6 % d’étrangers : portugais, italiens, français, belges, allemands, britanniques, néerlandais, et autres) et à l’importante présence de travailleurs frontaliers (36,6 % des personnes travaillant au Luxembourg).



Dans ce contexte, le poids de l’enseignement des langues est important : plus du tiers du temps scolaire est consacré à l’enseignement des trois langues dès l’école primaire, auquel il faut ajouter l’apprentissage de l’anglais dès la seconde classe de l’enseignement du second degré.



Pour mieux comprendre les effets de l’enseignement des langues au Grand-Duché, nous nous proposons de synthétiser ci-dessous la progression des apprentissages : à chaque cycle est introduite une nouvelle langue véhiculaire.



Pré-scolarité : le luxembourgeois est la langue véhiculaire ; ce qui permet aux enfants non luxembourgeois de se familiariser avec cette langue.



Cycle primaire :

  • L’allemand devient la langue véhiculaire pour la plupart des disciplines.
  • Le luxembourgeois est surtout utilisé pour les activités artistiques ou sportives.
  • Le français est enseigné comme matière d’enseignement.


Cycle secondaire :

  • Le statut du luxembourgeois devient marginal.
  • L’allemand reste, durant les trois premières années, la langue d’enseignement de quelques disciplines.
  • Le français devient peu à peu la langue d’instruction de toutes les disciplines. Il est la langue véhiculaire.


Si ce système scolaire connaît des réussites exemplaires, il est également facteur d’échec pour une grande partie d’élèves qui doivent maîtriser les langues d’instruction alors que celles-ci peuvent, pour une même discipline, changer plusieurs fois au cours de la scolarité. Comme de plus, les notes en langues jouent un rôle décisif à côté de celles de mathématiques, 20 % des élèves sont conduits à quitter l’école sans qualification.



D’autres causes d’échec ont été pointées : - La prise en compte des situations individuelles des élèves est absente. En effet, les jeunes romanophones (italiens, portugais) ont un niveau faible en allemand mais convenable en français, alors que pour les jeunes luxembourgeois, la situation inverse est observée. - Pour les enfants étrangers, la barrière linguistique est trop haute : un tiers des élèves ne parlent pas ni le luxembourgeois, ni l’allemand dans leur milieu familial. Ils se retrouvent donc en difficultés dès les premières années de leur scolarité. - Il est attendu que chaque élève puisse en fin de scolarisation atteindre les standards propres à une langue maternelle pour chacune des trois langues. La représentation « équilingue » du trilinguisme est source de nombreux échecs, alors qu’elle ne correspond pas aux besoins réels (tant pour la poursuite des études à l’étranger, que pour l’exercice d’activités dans le milieu de l’entreprise). De plus, elle ne tient pas compte de la priorité de formation aux compétences orales, et induit une évaluation négative, c’est-à-dire qui tend à comparer les acquis linguistiques des élèves en lien avec les compétences de locuteurs natifs, au lieu de porteur valeur à la progression de l’élève (apprentissage par compétences).



La Lorraine va former les enseignants luxembourgeois



Suite à l’étude menée par le Conseil de l’Europe, le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation professionnelle du Luxembourg met en réflexion son système éducatif, et souhaite en particulier s’engager dans de nouvelles orientations de formation de ses enseignants. C’est ainsi que l’IUFM de Lorraine vient d’être sollicité pour la mise en place d’un plan de formation pluriannuel des maîtres luxembourgeois du premier et du second degré, qui viserait l’enseignement du français comme langue étrangère, basé sur l’apprentissage par compétences centrées sur l’élève et non sur les programmes, et dont l’un des objectifs serait de favoriser l’égalité des chances pour tous (sexe, couche sociale, nationalité, etc.). La collaboration deviendra effective à la prochaine rentrée. L'Université du Luxembourg : elle est chargée de la formation initiale des maîtres