Le cahier des charges de la formation des maîtres qui vient de paraître aux journal et bulletin officiels, offre pour la première fois un cadrage commun national. Ce cadrage, qui se révèle en fait globalement proche des pratiques lorraines, a été rédigé dans le contexte particulier qui prévoit l’intégration des IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) dans les Universités.



Le texte, qui semble avoir été rédigé de sorte qu’il puisse recueillir l’adhésion de tous, laisse des zones floues, dans le sens que ces dernières viennent s’heurter aux réalités du terrain, ou encore, peuvent s’interpréter de différentes façons.



La principale nouveauté est qu’il est désormais clairement reconnu qu’enseigner est un métier qui s’apprend, et qu’une formation approfondie est nécessaire. Rien ne doit plus être laissé aux aléas de la vocation pédagogique : enseigner n’est pas un don.



1/ Dans le contexte de l’universitarisation
Fondée sur le principe de l’entrée progressive dans le métier et de l’accompagnement dans le premier emploi, la formation des maîtres s’inscrit désormais dans un cursus universitaire : la licence doit donc intégrer des éléments de préprofessionnalisation aux métiers de l’enseignement. Ces unités de formation peuvent se présenter sous différentes formes :

  • dans la construction du projet personnel et professionnel de l’étudiant (souvent en 1ère année de licence)
  • dans le cadre de stages d’observation ou d’analyse de pratiques
  • dans le cadre d’Unités d’Enseignement de culture générale, de didactique de la discipline ou de pédagogie
  • dans le cadre de parcours bidisciplinaires (par exemple, pour le professorat d’Histoire & Géographie)
  • dans le cadre de préparation aux C2i (Certificat Informatique Internet) ou au CLES (Certificat de compétences en Langue de l’Enseignement Supérieur).

De tels parcours de formation existent déjà dans l’offre de formation des universités lorraines depuis le basculement dans le système LMD (Licence, Master, Doctorat).



La formation des maîtres s’inscrit donc dans un continuum : les étudiants engagés dans les parcours « métiers de l’enseignement » pourront désormais bénéficiés de sept années de formation professionnalisante :

  • la licence (trois années de préprofessionnalisation)
  • la préparation au concours de recrutement (une année)
  • la formation initiale des professeurs stagiaires (une année), qui conduit à la titularisation dans la fonction publique
  • la formation initiale différée (deux années), qui accompagne le néotitulaire dans son nouvel emploi.


Enfin, le dispositif de formation professionnelle prévoit - mais je crains l’ambition trop forte et la mise en application impossible - une connaissance par les enseignants de l’avancée de la recherche universitaire.



2/ Vers une ouverture vers le monde extérieur

A l’échelle nationale

Parce que la formation doit aussi être ouverte sur l’environnement économique et sur la société française, les compétences suivantes sont attendues :

  • connaître le monde du travail
  • coopérer avec les parents et découvrir les partenaires de l’école pour travailler ensemble
  • avoir une pratique effective des métiers pour les professeurs de la voie professionnelle et de la voie technique
  • comprendre la diversité culturelle de la France d’aujourd’hui pour contribuer à la construction d’une culture commune à tous les élèves.


A l’échelle internationale

Et dans le cadre de la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur, le cahier des charges prévoit également des enseignements préparant les futurs professeurs à la mobilité au sein de l’Europe. Les échanges internationaux des IUFM sont donc préservés.



3 / De nouveaux dispositifs d’évaluation



Evaluation des professeurs stagiaires

Désormais, le jury de qualification professionnelle ne se prononcera plus seulement sur la base du dossier de compétences du professeur stagiaire, puisqu’il devra prévoir un entretien personnel avec chaque professeur stagiaire. Il est clair que la mise en application va être très lourde !



Evaluation des formations dispensées à l’IUFM

En parallèle, une Commission Nationale d’Evaluation de la formation des maîtres sera créée : elle expertisera en particulier les plans de formation élaborés par l’université intégratrice au regard du cahier des charges.



4/ Le principe par alternance



Formation en alternance pour les stagiaires

La formation des professeurs stagiaires continue à reposer sur le principe de l’alternance, qui permet aux pratiques de terrain de nourrir la réflexion en pédagogie et en didactique menée à l’IUFM, et à l’inverse, de mettre en application des modes pédagogiques et des dispositifs expérimentaux proposés ou étudiés à l’IUFM.



Formation par immersion pour les formateurs

Le cahier des charges prévoit que 70 % des formateurs IUFM, enseignants des premier et second degrés, restent en contact avec les réalités de la classe : pour cela, une partie de leur service doit être effectuée dans un établissement scolaire.



5/ Les dix commandements



Pour finir, le texte de cadrage cite dix compétences professionnelles indispensables donc exigibles :

  • agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable
  • maîtriser la langue française pour enseigner et communiquer
  • maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale
  • concevoir et mettre en œuvre son enseignement
  • organiser le travail de la classe
  • prendre en compte la diversité des élèves (dont ceux en situation d’handicap)
  • évaluer les élèves
  • maîtriser les technologies de l’information et de la communication
  • travailler en équipe et coopérer avec les parents et les élèves de l’école
  • se former et innover.


Les trente et un IUFM de France sont donc en train de travailler les nouveaux plans de formation qui entreront en rigueur dès la prochaine rentrée scolaire. Les délais sont bien courts, mais les IUFM, habitués à de tels défis, y parviendront !