Education et Formation des maîtres

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Mercredi, 1 avril 2009

Enseignement : les nouvelles technologies au chevet d'une relève qui doute

Interview avec une journaliste du mensuel franco-allemand Paris-Berlin.

Première question : En Allemagne, la population enseignante vieillit (ainsi qu'en France) et le système éducatif a du mal à remplacer les enseignants. Pourquoi ?

En France, la situation n'est sans doute pas aussi alarmante qu'en Allemagne, même si certaines académies sont plus touchées que d'autres par la forte diminution du nombre de candidats au Concours du professorat du second degré (CAPES, CAPLP, CAPET ou Agrégation). La Lorraine illustre bien ce contexte, avec une population importante de professeurs partant à la retraite et, simultanément, des difficultés croissantes à recruter et à former le nombre d’enseignants dont elle a besoin. La préparation au CAPES de Mathématiques du pôle universitaire messin a ainsi vu le nombre de candidats diminuer de près de 70 % en moins d'une décennie, avec des interrogations légitimes concernant la qualité des promotions recrutées. De fait, les deux facteurs essentiels de cette désaffection de la jeunesse française pour le professorat des collèges et lycées sont de natures tout à fait distinctes : le premier est affectif et identitaire, tandis que le second est davantage d'ordre médiatique et sociétaire.

Il faut bien comprendre qu'en France, le concours de recrutement au professorat des collèges et lycées est un concours national (encore très difficile), si bien que de sorte que les affectations des professeurs suivent la loi d'un barème dont l'un des paramètres est l'ancienneté dans la fonction publique. Ainsi, les néotitulaires se voient généralement déracinés de leur région, avec la perspective d'effectuer leur mission d'enseignement dans des établissements souvent sensibles, dans les académies de France les moins attractives. Arrachés à leurs attaches familiales et sentimentales, privés des liens identitaires tissés avec leurs territoires d'origine, c'est parfois à contrecœur qu'ils rejoignent une académie qu'ils n'ont pas véritablement choisie. Parallèlement à cette expatriation non souhaitée et quelquefois assez mal vécue, les enseignants débutants sont également confrontés à une épreuve d'un ordre, liée à la crainte d'affronter sur le terrain des situations de tapage, voire de violence, dont on sait aujourd'hui qu'elles ne relèvent ni de faits isolés montés en épingle, ni d'exagérations tendancieuses. Evoquée sans détours par les médias, l'exacerbation des tensions au sein des collèges et lycées dits sensibles provoque l'agression d'une soixantaine de professeurs chaque jour, et mêmes les établissements plus calmes ne sont plus à l'abri de la survenue d'évènements de cet ordre. Dans ces conditions, on comprend que la participation à "l'effort national" soit perçue de manière plutôt mitigée par les principaux intéressés. La situation de l'enseignement du premier degré, pour sa part, obéit à des réalités complètement différentes. Pour commencer, un paramètre absolument capital réside dans le fait que est le concours de recrutement correspondant est académique et, de ce fait, lie les lauréats à leur région ! Le métier de professeur des écoles s'est également vu parer, au cours du temps, des multiples agréments liés à une condition professionnelle paisible et sûre, privilégiant de surcroit les attaches familiales, amicales, associatives, ménageant du temps pour ses propres enfants, offrant une tâche quotidienne gratifiante, bénéfices qui, en définitive, on finalement séduit davantage de jeunes filles (80 % des candidats), leurs homologues masculins marquant quelques réserves liées, justement, à une certaine féminisation du métier, et à un sentiment de dévalorisation plus global et plus flou qu'on ne peut que regretter.

Seconde question : L'école du futur peut-elle se passer de professeurs ? Va-t-on vers la cyber-école ? Qu'en pensez-vous ?

A votre question de savoir si l'école du futur peut se passer de professeurs, je répondrai sans hésiter que non ! Aussi performants que soient les équipements, les réseaux et les logiciels, ceux-ci ne seront jamais que des moyens techniques permettant d'acquérir l'information, de comprendre des concepts, de s'approprier des compétences nouvelles, sans que la valeur impondérable d'une présence humaine au coeur du processus d'apprentissage, qui est d'un autre ordre, ne soit à contester.

Cela dit, il est évident pour chacun que le monde dans lequel nous vivons a profondément changé, et exige des qualifications individuelles complètement nouvelles. De manière corollaire, les élèves qui arrivent dans les établissements scolaires sont eux-mêmes extrêmement différents des enfants d'autrefois, d'une part du fait de leur aisance à maîtriser les outils numériques avec lesquels ils sont nés, mais également par la façon dont ils appréhendent l'appropriation de notions nouvelles.

Pour le premier point, il est très intéressant de savoir que les dix emplois considérés comme les plus valorisés au début de l'année prochaine n'existaient pas encore il y a trois ans ! Dans un même ordre d'idées, la rapidité d'évolution des technologies rend caduques les données assimilées par des étudiants avant même la fin de leurs études ! Comme on le voit, il est donc illusoire d'espérer former des jeunes bien préparés à s'intégrer de manière harmonieuse dans le monde actuel, tout en conservant des contenus de programmes, des pratiques de transmission et des modèles pédagogiques adaptés au contexte socio-économique ancien dans lequel ils ont été pensés.

Le second point évoqué plus haut mentionne les nouvelles dispositions d'esprit des élèves. Désormais habitués à traquer l'information sur les réseaux, ils ont abandonné l'image d'une source de savoir unique (le professeur), sans faille, non critiquable, et sont au contraire amenés à comparer des données contradictoires glanées au hasard de leurs pérégrinations virtuelles, à en juger la fiabilité, à rejeter celles qui leur semblent peu sûres. Naturellement, on peut se demander si ces nouvelles postures, qui intègrent des propensions à la réserve, voire à la critique, seront in fine profitables.

A mon sens la réponse est "oui", à condition, justement, de surfer sur ces tendances, de se donner les moyens de les accompagner, de les compléter, et même de les servir via la mise à disposition d'outils facilitant ces usages d'un nouveau type. On le voit, le vieux modèle d'un enseignant omniscient imposant ses vues à un auditoire passif a vécu, et est en passe d'être remplacé par un canevas plus souple, plus efficace, et surtout plus interactif !

Les expériences tentées dans cette direction se font l'écho de bénéfices multiples, dans la mesure où il devient possible d'aider les jeunes à acquérir une grande autonomie, et à développer en priorité ce réflexe de recherche et de tri d'informations qui va devenir si important dans un avenir tout proche. Dispenser des connaissances relatives à des métiers encore inconnus étant difficile, ce sont des profils qu'il faut façonner, c'est de la capacité à évoluer en fonction des lieux et des circonstances qu'il faut doter les jeunes élèves afin de leur donner des habitudes de pensée qui les rendront indépendants, et aptes à se former eux-mêmes tout au long de leur vue, au gré de leurs besoins.

On pourrait certes reprocher aux considérations précédentes de bâtir sur des idées, sur des concepts, sans rien offrir de concret qui vienne corroborer la validité de ces nouvelles initiatives. Dans la réalité, on constate pourtant de manière bien tangible combien, par exemple, des contacts directs avec des interlocuteurs anglais, via des salles de visio-conférence, est à la fois plus attractif et plus efficace qu'un cours à l'ancienne. De même, la possibilité pour des élèves d'avancer à des rythmes différents a montré qu'au final, le bénéfice pour chacun était nettement supérieur à ce que l'on pouvait espérer auparavant, les plus rapides n'étant pas freinés dans leur élan tandis que leurs camarades moins à l'aise ne se voyaient plus laissés sur place, et abandonnés ! Il semble qu'il soit plus gratifiant encore de tenter de confronter des jeunes de niveaux, de goûts et même d'âge différents, le maître mot étant le travail "collaboratif", amené à remplacer le comportement exclusivement passif d'autrefois. A moyen terme, ces méthodes devraient avoir des répercussions sur l'esprit du monde du travail lui-même, les professionnels étant formés dès l'enfance au principe du travail en groupe, moins hiérarchisé, moins formel, mais plus collectif, plus solidaire.

On va poindre là l'idéal du pacte inter-générationnel, où tous, professionnels, enseignants, et élèves de tous âges pourraient devenir, par une utilisation raisonnée des moyens techniques aujourd'hui disponibles, les acteurs responsables et actifs d'un système d'enseignement de grande efficacité !

Pour finir enfin par un retour à votre question initiale, il est pour moi tout à fait évident que le professeur a un rôle considérable à jouer dans cette nouvelle donne. De nouveaux enseignants investis dans un nouveau système, c'est la solution qu'exige le monde à venir. Prescrire une école sans enseignants, c'est, à mon sens, bâtir sur le sable et aller droit à l'échec.

Florence Soriano-Gafiuk

Dimanche, 10 décembre 2006

La formation initiale des professeurs des écoles biculturelles

La maîtrise des langues est aujourd’hui le gage d’une ouverture des élèves sur le monde, d’une meilleure compréhension des autres par l’accès direct à leurs cultures respectives, en même temps qu’un facteur décisif d’insertion sociale et professionnelle. L’apprentissage de l’allemand, langue du voisin de la Lorraine, revêt dans ce contexte une importance toute particulière. Pour toutes ces raisons, les écoles biculturelles ont été créées. Elles prévoient naturellement un enseignement renforcé de l’allemand, mais aussi et surtout, une partie des enseignements des Disciplines Non Linguistiques (DNL) en allemand. Ce type de cursus, appelé la Voie Spécifique Mosellane (VSM) puisqu’elle restait spécifique à la Moselle (et l’Alsace), devrait être étendu à la Lorraine entière. Et parce que la France et l’Allemagne sont les premiers partenaires économiques l’un de l’autre, de nouvelles écoles biculturelles seront vraisemblablement prochainement ouvertes sur l’académie Nancy-Metz.



Il était donc important de se soucier de la création d’un vivier de professeurs des écoles aptes à enseigner dans ces classes biculturelles (jusqu’à 5 heures hebdomadaires d’enseignement en allemand), voire dans les classes paritaires (où la moitié des enseignements, soit 14 heures, sont assurés en allemand). C’est ainsi que, sous l’impulsion de la Communauté d’Agglomération de Sarreguemines Confluences, dont la politique éducative est très forte notamment dans le cadre des échanges franco-allemands, l’IUFM de Lorraine décida en 2003 d’implanter une antenne à Sarreguemines dont la spécificité serait justement la formation initiale des professeurs de ces écoles spécifiques.



L’antenne de Sarreguemines est aujourd'hui entrée dans sa quatrième année scolaire. Une année qui à destination des professeurs stagiaires, prévoit comme les années précédentes, un stage à l’étranger, une présentation générale de la VSM, ainsi que des temps de formation en allemand de certaines DNL (accès au vocabulaire spécifique des DNL). Mais en revanche, aucune séance ne prévoyait encore une formation pour apprendre à enseigner des DNL en allemand, c’est-à-dire, pour apprendre à véritablement professer dans une classe biculturelle - il est en effet clair que :

- enseigner l’allemand à des écoliers français (apprentissage classique de l’allemand),

- enseigner en allemand à des écoliers français (VSM),

- enseigner en français (enseignement pluridisciplinaire traditionnel),

- enseigner en allemand à des écoliers allemands (mise en situation des stagiaires lors de leur stage à l’étranger)

ne peuvent mobiliser les mêmes compétences chez le professeur des écoles dont la langue maternelle est le français. Il fallait donc élaborer une formation à destination des stagiaires qui tienne davantage compte de toutes ces spécificités.



C’est ainsi que le 10 novembre 2006, le Conseil Scientifique et Pédagogique de l’IUFM de Lorraine a voté à l’unanimité la mise en oeuvre d’un plan de formation transitoire 2006/07, en vue prochaine d’un dispositif de formation plus fortement remanié, qui devrait entrer en application à la prochaine rentrée scolaire, et qui prévoirait en particulier des échanges renforcés avec la Sarre, mais aussi un jumelage avec deux prochaines implantations de l’IUFM d’Alsace à Saverne et à Haguenau.



Je voudrais achever cette lettre en m’exprimant en tant que responsable pédagogique de l’antenne de Sarreguemines de l’IUFM de Lorraine, et par conséquent, en m’adressant directement à l’équipe de formateurs. Je souhaiterais remercier tous ces collègues pour leur investissement dans chacun de nos projets, mais aussi, pour le groupe bien sympathique qu’ils constituent, et avec lequel je me réjouis de travailler. Enfin, je voudrais les féliciter pour les résultats obtenus à la dernière session du Concours de Recrutement des Professeurs des Ecoles (CRPE) : l’antenne de Sarreguemines a en effet obtenu le meilleur pourcentage de réussite de la région, dans un contexte déjà remarquable puisque l’IUFM de Lorraine vient d’être classé en tête du palmarès des trente et un IUFM de France.

Vendredi, 11 novembre 2005

Parler l'allemand, un atout pour la réussite professionnelle

Parce que l’Allemagne est « championne » du commerce international, parce que la France et l’Allemagne sont les premiers partenaires économiques l’un de l’autre, la maîtrise de l’allemand devient un atout important sur le marché de l’emploi. Il est vrai que la maîtrise de l’anglais est attendue par les employeurs, mais c’est sur la seconde langue que se joue finalement le recrutement. Et dans le contexte économique actuel, l’allemand s’avère être la langue la plus sollicitée.



Malheureusement, trop peu de personnes avec un profil à la fois bilingue et biculturel se présentent sur le marché de l’emploi. Peut-être parce que l’allemand est réputée langue difficile. Peut-être parce que l’allemand a par son enseignement une représentation sociale négative. Peut-être parce que le choix de l’allemand a longtemps été une stratégie de reconstitution de filière. Peut-être parce que les médias ne présentent pas suffisamment une image culturelle attirante de l’Allemagne.



Une politique de relance de l’allemand est depuis plusieurs années appliquée en France, et plus particulièrement en Lorraine. Elle exige un travail :

- sur la didactique de l’allemand (approche par des situations de communication authentiques, approche par la tâche,…)

- sur les rythmes d'apprentissage (au moins cinq heures par semaine sur un temps court plutôt qu’un enseignement homéopathique sur de nombreuses années) et sur la formation des adultes

- sur les structures et sur les dispositifs spécifiques : Voie Spécifique Mosellane, écoles et collèges biculturels, classes bi-langues, sections européennes, ABIBAC, Bac plus, cursus intégrés de l’Université Franco-Allemande, etc. Les principes de toutes ces structures reposent sur le renforcement du volume horaire de l’allemand, la multiplication des partenariats et des échanges avec l’Allemagne, le travail sur la culture, l’histoire des deux pays, l’identité et la citoyenneté européenne, et surtout sur l’enseignement de disciplines non linguistiques en allemand.

- de sensbilisation à la culture de l'autre pays

- de communication sur l'intérêt économique des choix de langue.

Mais si tous les arguments (en particulier économiques), très fortement rationnels, ne produisent pas les effets recherchés, c'est tout simplement parce qu'un élève ne chosit pas une langue vivante étrangère pour les raisons économiques mais pour son intéret pour la culture du pays - car su jusqu'à la Sixième, ce sont les familles qui choisissent pour l'enfant la Langue Vivante, à partir de la Quatrième, c'est l'élève qui prend cette décision (naturellement en accord avec l'avis des parents).



En conclusion, si nous souhaitons vraiment mettre en place une politique de relance de l’allemand, nous devons d’abord veiller à travailler sur une image attirante de l’Allemagne, du franco-allemand et de la construction européenne.