Des échos entendus ici et là font état de rumeurs persistantes selon lesquelles, dans le cadre de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants, l'IUFM (Institut de Formation des Maîtres) se serait vu dépossédé de ses prérogatives en termes de formation des maîtres, et cela au profit de l'université. Il s'agit là d'allégations infondées, qui ne sauraient rester sans réponse eu égard à leurs répercussions déjà perceptibles sur les choix des jeunes qui les ont crues dignes de foi.
Depuis le printemps dernier, le fait est que ces rumeurs ont porté à la formation des maîtres un coup sensible, en modifiant de manière radicale les choix d'orientation des étudiants :
- désaffection pour les parcours "métiers de l'enseignement" des licences,
- désinscription massive de l'IUFM,
- désarroi des lycéens lors des forums d'orientation.
Bien que relatives à la situation en Lorraine, les lignes suivantes constituent cependant une source précieuse de renseignements à l'usage de tous les jeunes se destinant à la carrière d'enseignant, tant le contexte d'application de la réforme au sein d'une région, qui dépend prioritairement de la politique universitaire locale, est souvent transposable à de nombreuses autres régions de France.
A titre informatif, je préciserai les quatre points suivants :
1/ Les maquettes élaborées par l'IUFM relèvent évidemment de l'Université puisque l'IUFM est, de fait, une composante de l'Université.
2/ L'IUFM de Lorraine a conçu, en concertation avec les universités lorraines, un master "Métiers de l'Enseignement et de la Formation" (MEF) dont les deux spécialités correspondent l'une au professorat des écoles ("Enfance, Education et Enseignement" (MEF)) et l'autre au professorat des collèges et lycées professionnels ("Formation professionnelle en sciences et techniques industrielles, éco-gestion, biotechnologies" (MF)). A Sarreguemines, l'IUFM continuera en particulier à former les professeurs des écoles pour lesquels la Moselle Est affiche un intérêt marqué, c'est-à-dire des professeurs ayant développé des compétences linguistiques et d'ingénierie en coopérations transfrontalières.
3/ C'est finalement au niveau du professorat des collèges et lycées que l’IUFM est le moins favorisé, les formations correspondantes étant effectivement dévolues, comme c'était en définitive déjà un peu le cas, à d'autres composantes de l'Université. Il est cependant prévu que l'IUFM prenne en charge tout le volet " professionnalisation" de ces formations (analyse de pratiques professionnelles, organisation des stages, connaissance du système éducatif, …), et que ses équipes pédagogiques soient appelées à intervenir dans les unités d'enseignement disciplinaires, notamment lorsque leurs contenus de formation visent directement les épreuves du concours de recrutement CAPES.
4/ La mastérisation de la formation des maîtres peut être vue comme une réelle opportunité dans la mesure où elle garantit :
- la juste reconnaissance à BAC + 5 d'une formation délivrée à BAC + 5,
- la délivrance d'un Master au sortir de l'IUFM : actuellement, les étudiants échouant au concours de recrutement au professorat, soit la majorité des étudiants pour de nombreuses filières, ressortent de l'IUFM (parfois plusieurs années plus tard) sans aucun diplôme. Afin de tenir compte de cette donnée, les nouvelles maquettes ont été conçues avec une ouverture sur d'autres débouchés professionnels.
- la reconnaissance à l'échelle européenne d'une qualification professionnelle au professorat : actuellement, les CRPE, CAPES et Agrégation, aussi prestigieux soient-ils, n'ont aucune valeur dans les autres états européens.
Je terminerai cette mise au point salutaire sur une dernière considération positive, en notant que ce dossier a fourni aux quatre universités lorraines une occasion privilégiée de démontrer leur capacité à travailler ensemble. A l'évidence, c'est une grande réussite du genre, dont nous avons tout lieu de nous réjouir !
Florence Soriano-Gafiuk
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