Dans ce billet, c’est en tant que femme solidaire de toutes les minorités que je souhaite m’exprimer, mais pas uniquement : je suis aussi une collègue au sortir d’une épreuve professionnelle difficile, ainsi qu’une actrice responsabilisée de la formation initiale des enseignants, qui souhaite profiter de tout le champ de manœuvre qui lui est offert, pour œuvrer à la progression de la situation de la femme.
J’avoue conserver un souvenir amer de la réponse qui m’avait été apportée lorsqu’appelant à la solidarité face à la situation professionnelle qui m’était faite, je m’entendis répondre qu’en tant que femme, je devais me contenter de mes conditions et fonctions professionnelles présentes. La bataille qui fut engagée me conduisit pourtant, quatre mois plus tard, à un dénouement heureux. Nul doute que les mentalités doivent évoluer, et que cette évolution doit commencer au sein de l’Ecole.
La défense de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui est devenue un engagement européen fort de la France, par une approche intégrée via une politique interministérielle (éducation nationale, enseignement supérieur, recherche, emploi, logement, justice, transports, agriculture, culture, cohésion sociale,…), ne se restreint pas à la lutte contre les discriminations sexistes. Elle est bien plus que cela : nous devons en effet promouvoir les minorités pour lutter contre toutes les représentations stéréotypes qui conduisent, par exemple, seulement 1 % des filles à s’orienter vers un baccalauréat STI (Sciences et Technologies Industrielles), contre 12 % des garçons. Pour cela, des actions de communication doivent être conduites auprès des jeune-filles, de leurs parents, et de tous les acteurs de l’Education dont bien entendu, les conseillers d’orientation pédagogiques (COP) et les enseignants.
Améliorer l’orientation scolaire professionnelle et lutter contre les représentations stéréotypes constituent un champ immense d’initiatives possibles qu’il nous appartient de multiplier, si nous souhaitons réellement favoriser l’égalité professionnelle. Cette démarche vise à :
- favoriser l’accès des femmes aux activités économiques, sociales et associatives,
- augmenter la représentation des femmes aux postes de direction, ainsi que dans les conseils d’administration des entreprises, …
- lutter contre toutes les représentations sexuées des métiers,
-lutter contre les écarts de salaires entre les femmes et les hommes (qui dans le privé s’élèvent à 15 % en moyenne),
- défendre l’égalité des droits (en luttant notamment contre les discriminations et les violences sexistes), - œuvrer pour la conciliation entre les activités professionnelles et la vie familiale (par exemple, en développant les gardes-enfants au sein des entreprises),
- augmenter le taux de femmes dans la population active (estimée à environ 47 %),
- améliorer la diversification des catégories professionnelles (les femmes ont souvent un emploi dans les secteurs d’activités du commerce et des services),
- réduire la part des salariés à temps partiel contrait, qui en Lorraine s’élève à 36 % pour les femmes, contre 5 % pour les hommes, avec toutes les conséquences induites sur l’évolution de carrière et de salaire,
- favoriser l’accès des ouvriers non qualifiés à la formation (environ, trois ouvriers sur quatre sont qualifiés, alors qu’une ouvrière seulement sur trois l’est).
Pour réduire ces écarts de « traitement » des situations professionnelles entre les femmes et les hommes, d’ailleurs plus marqués en Lorraine qu’en France, quelques idées semblent émerger. Elles visent à :
- favoriser l’égalité des chances dans l’accès à la formation, par exemple, en prévoyant des équipements adaptés à l’accueil de jeune-filles dans les lycées professionnels des secteurs industriels, en misant sur un recrutement égalitaire,…
- promouvoir une éducation fondée sur le respect mutuel des deux sexes, en renforçant la dimension « égalité » dans l’Education à la sexualité et à la citoyenneté,…
- lutter contre les représentations stéréotypes en multipliant les actions (telles que le concours de la « vocation scientifique de la jeune fille ») et en créant des outils de communication (tels que la brochure « vanille-chocolat »). Il est navrant de constater qu’alors que les chiffres attestent d’un bon niveau scolaire des filles, ces dernières hésitent à s’engager dans les filières scientifiques (à l’exception des parcours en lien avec les Sciences de la Vie et de la Terre) qui sont pourtant porteuses d’emplois.
- intégrer la dimension « égalité entre les filles et les garçons » dans la formation initiale des maîtres à travers les dix compétences imposées par le cahier des charges. Il est en particulier attendu que le professeur sache :
- agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable,
- prendre en compte la diversité des élèves,
- coopérer avec les parents et les élèves de l’école,
- jouer un rôle important dans l’orientation de l’élève et pour cela, avoir une connaissance du monde de l’entreprise et des processus d’apprentissage des compétences au sein du milieu socio-professionnel (service de formation, validation des acquis ...).
Des groupes de travail devraient être très prochainement mis en place par le Rectorat de l’académie Nancy-Metz afin d’apporter une déclinaison locale de la convention interministérielle qui vient d’être signée, et de développer de nombreux projets qui contribueront chacun à l’avancée de la situation de la femme. C’est naturellement avec enthousiasme et conviction que je me tiens prête à m’investir dans cette démarche.
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