Education et Formation des maîtres

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Mercredi, 1 avril 2009

Enseignement : les nouvelles technologies au chevet d'une relève qui doute

Interview avec une journaliste du mensuel franco-allemand Paris-Berlin.

Première question : En Allemagne, la population enseignante vieillit (ainsi qu'en France) et le système éducatif a du mal à remplacer les enseignants. Pourquoi ?

En France, la situation n'est sans doute pas aussi alarmante qu'en Allemagne, même si certaines académies sont plus touchées que d'autres par la forte diminution du nombre de candidats au Concours du professorat du second degré (CAPES, CAPLP, CAPET ou Agrégation). La Lorraine illustre bien ce contexte, avec une population importante de professeurs partant à la retraite et, simultanément, des difficultés croissantes à recruter et à former le nombre d’enseignants dont elle a besoin. La préparation au CAPES de Mathématiques du pôle universitaire messin a ainsi vu le nombre de candidats diminuer de près de 70 % en moins d'une décennie, avec des interrogations légitimes concernant la qualité des promotions recrutées. De fait, les deux facteurs essentiels de cette désaffection de la jeunesse française pour le professorat des collèges et lycées sont de natures tout à fait distinctes : le premier est affectif et identitaire, tandis que le second est davantage d'ordre médiatique et sociétaire.

Il faut bien comprendre qu'en France, le concours de recrutement au professorat des collèges et lycées est un concours national (encore très difficile), si bien que de sorte que les affectations des professeurs suivent la loi d'un barème dont l'un des paramètres est l'ancienneté dans la fonction publique. Ainsi, les néotitulaires se voient généralement déracinés de leur région, avec la perspective d'effectuer leur mission d'enseignement dans des établissements souvent sensibles, dans les académies de France les moins attractives. Arrachés à leurs attaches familiales et sentimentales, privés des liens identitaires tissés avec leurs territoires d'origine, c'est parfois à contrecœur qu'ils rejoignent une académie qu'ils n'ont pas véritablement choisie. Parallèlement à cette expatriation non souhaitée et quelquefois assez mal vécue, les enseignants débutants sont également confrontés à une épreuve d'un ordre, liée à la crainte d'affronter sur le terrain des situations de tapage, voire de violence, dont on sait aujourd'hui qu'elles ne relèvent ni de faits isolés montés en épingle, ni d'exagérations tendancieuses. Evoquée sans détours par les médias, l'exacerbation des tensions au sein des collèges et lycées dits sensibles provoque l'agression d'une soixantaine de professeurs chaque jour, et mêmes les établissements plus calmes ne sont plus à l'abri de la survenue d'évènements de cet ordre. Dans ces conditions, on comprend que la participation à "l'effort national" soit perçue de manière plutôt mitigée par les principaux intéressés. La situation de l'enseignement du premier degré, pour sa part, obéit à des réalités complètement différentes. Pour commencer, un paramètre absolument capital réside dans le fait que est le concours de recrutement correspondant est académique et, de ce fait, lie les lauréats à leur région ! Le métier de professeur des écoles s'est également vu parer, au cours du temps, des multiples agréments liés à une condition professionnelle paisible et sûre, privilégiant de surcroit les attaches familiales, amicales, associatives, ménageant du temps pour ses propres enfants, offrant une tâche quotidienne gratifiante, bénéfices qui, en définitive, on finalement séduit davantage de jeunes filles (80 % des candidats), leurs homologues masculins marquant quelques réserves liées, justement, à une certaine féminisation du métier, et à un sentiment de dévalorisation plus global et plus flou qu'on ne peut que regretter.

Seconde question : L'école du futur peut-elle se passer de professeurs ? Va-t-on vers la cyber-école ? Qu'en pensez-vous ?

A votre question de savoir si l'école du futur peut se passer de professeurs, je répondrai sans hésiter que non ! Aussi performants que soient les équipements, les réseaux et les logiciels, ceux-ci ne seront jamais que des moyens techniques permettant d'acquérir l'information, de comprendre des concepts, de s'approprier des compétences nouvelles, sans que la valeur impondérable d'une présence humaine au coeur du processus d'apprentissage, qui est d'un autre ordre, ne soit à contester.

Cela dit, il est évident pour chacun que le monde dans lequel nous vivons a profondément changé, et exige des qualifications individuelles complètement nouvelles. De manière corollaire, les élèves qui arrivent dans les établissements scolaires sont eux-mêmes extrêmement différents des enfants d'autrefois, d'une part du fait de leur aisance à maîtriser les outils numériques avec lesquels ils sont nés, mais également par la façon dont ils appréhendent l'appropriation de notions nouvelles.

Pour le premier point, il est très intéressant de savoir que les dix emplois considérés comme les plus valorisés au début de l'année prochaine n'existaient pas encore il y a trois ans ! Dans un même ordre d'idées, la rapidité d'évolution des technologies rend caduques les données assimilées par des étudiants avant même la fin de leurs études ! Comme on le voit, il est donc illusoire d'espérer former des jeunes bien préparés à s'intégrer de manière harmonieuse dans le monde actuel, tout en conservant des contenus de programmes, des pratiques de transmission et des modèles pédagogiques adaptés au contexte socio-économique ancien dans lequel ils ont été pensés.

Le second point évoqué plus haut mentionne les nouvelles dispositions d'esprit des élèves. Désormais habitués à traquer l'information sur les réseaux, ils ont abandonné l'image d'une source de savoir unique (le professeur), sans faille, non critiquable, et sont au contraire amenés à comparer des données contradictoires glanées au hasard de leurs pérégrinations virtuelles, à en juger la fiabilité, à rejeter celles qui leur semblent peu sûres. Naturellement, on peut se demander si ces nouvelles postures, qui intègrent des propensions à la réserve, voire à la critique, seront in fine profitables.

A mon sens la réponse est "oui", à condition, justement, de surfer sur ces tendances, de se donner les moyens de les accompagner, de les compléter, et même de les servir via la mise à disposition d'outils facilitant ces usages d'un nouveau type. On le voit, le vieux modèle d'un enseignant omniscient imposant ses vues à un auditoire passif a vécu, et est en passe d'être remplacé par un canevas plus souple, plus efficace, et surtout plus interactif !

Les expériences tentées dans cette direction se font l'écho de bénéfices multiples, dans la mesure où il devient possible d'aider les jeunes à acquérir une grande autonomie, et à développer en priorité ce réflexe de recherche et de tri d'informations qui va devenir si important dans un avenir tout proche. Dispenser des connaissances relatives à des métiers encore inconnus étant difficile, ce sont des profils qu'il faut façonner, c'est de la capacité à évoluer en fonction des lieux et des circonstances qu'il faut doter les jeunes élèves afin de leur donner des habitudes de pensée qui les rendront indépendants, et aptes à se former eux-mêmes tout au long de leur vue, au gré de leurs besoins.

On pourrait certes reprocher aux considérations précédentes de bâtir sur des idées, sur des concepts, sans rien offrir de concret qui vienne corroborer la validité de ces nouvelles initiatives. Dans la réalité, on constate pourtant de manière bien tangible combien, par exemple, des contacts directs avec des interlocuteurs anglais, via des salles de visio-conférence, est à la fois plus attractif et plus efficace qu'un cours à l'ancienne. De même, la possibilité pour des élèves d'avancer à des rythmes différents a montré qu'au final, le bénéfice pour chacun était nettement supérieur à ce que l'on pouvait espérer auparavant, les plus rapides n'étant pas freinés dans leur élan tandis que leurs camarades moins à l'aise ne se voyaient plus laissés sur place, et abandonnés ! Il semble qu'il soit plus gratifiant encore de tenter de confronter des jeunes de niveaux, de goûts et même d'âge différents, le maître mot étant le travail "collaboratif", amené à remplacer le comportement exclusivement passif d'autrefois. A moyen terme, ces méthodes devraient avoir des répercussions sur l'esprit du monde du travail lui-même, les professionnels étant formés dès l'enfance au principe du travail en groupe, moins hiérarchisé, moins formel, mais plus collectif, plus solidaire.

On va poindre là l'idéal du pacte inter-générationnel, où tous, professionnels, enseignants, et élèves de tous âges pourraient devenir, par une utilisation raisonnée des moyens techniques aujourd'hui disponibles, les acteurs responsables et actifs d'un système d'enseignement de grande efficacité !

Pour finir enfin par un retour à votre question initiale, il est pour moi tout à fait évident que le professeur a un rôle considérable à jouer dans cette nouvelle donne. De nouveaux enseignants investis dans un nouveau système, c'est la solution qu'exige le monde à venir. Prescrire une école sans enseignants, c'est, à mon sens, bâtir sur le sable et aller droit à l'échec.

Florence Soriano-Gafiuk

Lundi, 19 novembre 2007

Education au Développement Durable et à l’Environnement

En novembre 2005, j’ai eu la chance de pouvoir participer au colloque de l’Education au Développement Durable (EDD) et à l’Environnement, qui s’est tenu dans le Poitou (à Cerizay), cœur national de l’Ecologie tant en matière des pratiques et actions pédagogiques, que de recherche (avec par exemple, l’implantation de l’Institut de Formation et de Recherche en Education à l'Environnement, la multiplication des agendas 21 scolaires, et la création d’une multitude d’associations à mission éducative environnementale).



Ces quelques jours passés à Cerizay ont éveillé en moi tant d’émotion, que j’avais souhaité publier dans la foulée trois billets : le premier article est une alerte à la fragilité de la Planète, le second présente la notion de développement humain, et le dernier propose des mesures écocitoyennes aux municipalités (cf. rubrique "Actualités et politique" de ce blog).



C’est aussi à Cerizay que j’ai pu faire la connaissance de Joël RISSAT, Inspecteur de l’Education Nationale de l’Académie de Toulouse, auteur de divers manuels de Mathématiques, axés sur le développement durable et sur l’environnement, et qui m’a fait l’amitié de me transmettre un exercice mêlant Sciences exactes et Environnement, pour l’illustration de mon propre ouvrage dont la parution est prévue ce mois-ci.



Aujourd’hui, c’est suite au forum de l’école éco-responsable (Edition Lorraine Nord), qui s’est tenu le 14 novembre 2007, à l’IUFM de Lorraine, que je souhaite m’exprimer.



J’en profite pour féliciter et remercier les collègues qui ont placé toute leur énergie dans l’organisation de cette manifestation, et qui ont conduit le projet à une véritable réussite.



Si je mesure le bienfait des discours alarmistes, notamment ceux des personnalités médiatisées tels que Nicolas Hulot, dans la prise de conscience par la population de la fragilité de notre planète, je souhaiterais cependant mettre en garde des risques qui pourraient être encourus si des propos trop engagés étaient amenés à circuler dans les classes.

"L'Education au Développement Durable permet de sensibliser et de former les élèves pour en faire des citoyens responsables, actifs, capables de faire des choix et de se comporter en conséquence."



Soyons-en certains : l’Ecole ne doit pas céder au militantisme, au sentimentalisme ou au dogmatisme. Elle doit au contraire former à la démarche scientifique en éduquant en particulier, au doute et au principe de précaution.



L’Ecole doit amener les élèves à réfléchir, en se détachant des catastrophismes médiatiques, sur les valeurs du développement durable :

- assurer la renouvelabilité des ressources naturelles,

- veiller à la réversabilité de tous les phénomènes dont est victime notre planète,

- favoriser l’équité entre les peuples,

- œuvrer pour la solidarité entre les individus,

- défendre la démocratie

- et responsabiliser les citoyens.



Toute la difficulté est donc d’éduquer sans chercher à convaincre, autrement dit, de réussir à inscrire le développement durable dans les gestes quotidiens (trier ses déchets, réduire sa consommation d’énergie, optimiser l’emploi des matériels, ne pas gaspiller l’eau,…), de donner l’envie de s’engager avec énergie dans des actions (notamment partenariales) de protection de l’environnement et de développement durable, avec le souci permanent de développer chez les élèves l’esprit critique et la capacité de faire des choix. Pour cela, l’Education au Développement Durable doit pouvoir intervenir dans toutes les disciplines existantes, à des moments courants ou spécifiques (classes vertes, actions éducatives diverses, …).

Je terminerai ce billet en précisant que si de plus en plus d’établissements scolaires s’engagent dans une démarche d’agenda 21, notamment dans le Sud-Ouest et le Nord de la France, l’enseignement supérieur affiche en revanche un retard certain, qu’il est grand temps de rattraper !

Lundi, 5 novembre 2007

Le cirque et son sens des valeurs : nos jeunes à bonne école

Au printemps dernier, de nombreuses associations (dont Cirk'éole) se sont rendues dans les locaux de l’IUFM de Lorraine, à Montigny-lès-Metz, à l’occasion du festival biannuel du cirque coorganisé par l’IUFM avec l’Inspection d’Académie de la Moselle et le CDDP. Cette manifestation riche par sa structure (spectacle sous un chapiteau dans le parc de l'IUFM, expositions diverses, ateliers de pratique d’arts du cirque,…) a permis à tous les professeurs stagiaires de développer leurs réflexions sur les effets pédagogiques du cirque à l’Ecole.

Dans le monde de l'Education, le Cirque est beaucoup plus qu’une activité populaire, ou un voyage, aussi fascinant soit-il, au pays de la fête, de l’émotion, du risque, de la magie et de l’adresse. Il est loin d'être une simple mise en scène de prouesses effectuées sur une piste où féérie et grâce s’entremêlent. Les arts (je préfère ce terme à celui de « jeux ») du cirque convoquent de nombreuses valeurs, et en ce sens, offrent de réelles perspectives pédagogiques.

Les compétences qui peuvent être développées chez les enfants sont en effet très nombreuses. Elles relèvent selon moi de quatre domaines distincts : la motricité (jonglage, glisse, équilibre,…), la culture (histoire et littérature de jeunesse), la créativité artistique (imagination), mais aussi et surtout, la citoyenneté, dans la mesure où un numéro de cirque exige pour être réussi solidarité et entre-aide des artistes. Contrairement à une activité sportive, il ne place pas les élèves en situation de compétition et donc de concurrence. Le cirque développe des aptitudes du vivre-ensemble, de la communication et de l’écoute. Il encourage à la prise de responsabilités (sécurité de ses camarades lors d’un numéro périlleux, soins quotidiens des animaux de la ménagerie,…). Le cirque permet de valoriser le meilleur de soi-même, et ainsi d’aider à reprendre confiance en soi, voire dans certaines situations, à réconcilier un enfant avec l’Ecole ou à lui permettre de se reconstruire dans la société (enfants avec une déficience mentale, enfants en situation d’échec scolaire,…). L’immense palette de modes d’expression (musique, chant, théâtre, acrobatie,…) peut répondre à chacun des besoins des élèves (extériorisation de sentiments, canalisation d’énergie, reprise de confiance,…), et c’est bien là un enjeu important des arts du cirque à l’Ecole : s’épanouir et progresser à son rythme suivant son histoire, ses envies et capacités.

Ne soyons donc pas étonnés si depuis les années 1970, qui virent toute une nouvelle génération d’artistes entrer en piste (puisque le cirque passa sous la tutelle du Ministère de la Culture), l’Education Nationale encourage tous ces arts par le biais des classes à PAC (projet artistique et culturel), des classes culturelles, des ateliers de pratique artistique,…

En piste !

Jeudi, 19 juillet 2007

La charte nationale d’Education et de Formation au Royaume du Maroc

« Le système éducatif du Royaume du Maroc se fonde sur les principes et les valeurs de la foi islamique. Il vise à former un citoyen vertueux, modèle de rectitude, de modération et de tolérance, ouvert à la science et à la connaissance et doté de l'esprit d'initiative, de créativité et d'entreprise. »

Avant de m’envoler vers le Sud de la France, j'aimerais ajouter quelques précisions à mon billet relatif au système éducatif du Royaume du Maroc, au sujet duquel un certain nombre de lecteurs marocains m'ont fait l'amitié de me faire parvenir des compléments d'information, m'indiquant notamment que mon texte reflète plutôt une situation assez ancienne, et ne rend pas totalement justice aux efforts exceptionnels consentis par le Maroc dans le domaine de l'éducation.

En effet, depuis 1999, année de la promulgation de la charte nationale de l'éducation et de la formation, le Maroc place l'éducation nationale au rang de seconde priorité nationale, et engage pour cette mission près de 30% du budget national (contre 7% en France).

Le pays tend vers une généralisation de la scolarisation. Ainsi dans le primaire, le taux dépasse les 90% grâce à la construction de nouvelles écoles (notamment en milieu rural) et à l'appui social mis en place en direction des élèves des milieux défavorisés qui bénéficient désormais de bourses et de services de restauration.

Toujours concernée par tout ce qui touche au statut de la femme, je tiens à souligner les efforts constants visant à favoriser la scolarisation des filles en milieu rural.

D'autre part, le Maroc a compris l'intérêt d'accorder une attention toute particulière à l'éducation préscolaire, dans la mesure où l'on sait aujourd'hui combien celle-ci a une incidence directe sur l'éducation primaire dispensée ultérieurement aux enfants concernés. Sensible aux études menées par l'Unicef et l'Unesco, le Maroc étudie dans cette perspective les possibilités de mettre en œuvre, dans des délais réduits, une série de mesures très ciblées en faveur de l'éducation de la petite enfance.

Par ailleurs, l’Etat marocain a choisi de mener une politique de décentralisation et de déconcentration administratives, considérant la nécessité d’adapter l’éducation et la formation aux besoins régionaux et locaux. Les académies actuelles ont donc été réorganisées et érigées en autorités régionales d’éducation et de formation, dotées de moyens humains et matériels.

Parallèlement, on assiste à une démocratisation de la gestion des établissements scolaires puisque des représentants des élèves et des familles siègent désormais dans les conseils de gestion et d'administration.

L'obligation faite d'utiliser le manuel "unique" disparaît au profit d'une libération de la créativité pédagogique (production locale d’outils pédagogiques et de matériel didactique) en vue d’une meilleure adaptation des programmes et méthodes d’enseignement aux réalités et contextes locaux.

La refonte des curricula de formation renforce ces orientations puisqu’outre le socle national de connaissances et de compétences, elle prévoit une formation au cadre de vie régional et aux affaires locales, ainsi qu’une palette d’enseignements optionnels proposés par l'école elle-même (soutien pédagogique, activités parascolaires, enseignements d'ouverture,…).

Enfin, les efforts particuliers apportés en réponse à la problématique de la "qualité" de l’enseignement, qui passe entre autres par l’intégration des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) dans la réalité de l’école (formation à distance, accès aux ressources documentaires, activités d’apprentissage diverses,…), visent l'amélioration du rendement du système éducatif du royaume.

Les gros efforts consentis et les mesures audacieuses imaginées et mises en œuvre ont donné d'emblée des résultats tangibles tout à fait remarquables, et servent déjà d'exemples à d'autres pays désireux de moderniser leurs systèmes éducatifs. La forte volonté politique qui sous-tend ces initiatives force le respect, et je salue avec intérêt et enthousiasme ce grand mouvement de réformes, qui s'inscrit dans un esprit global de développement et de démocratisation.

Lundi, 21 mai 2007

Vers une harmonisation des systèmes éducatifs européens

Afin de favoriser la mobilité professionnelle, facteur de réussite économique de l’Europe, il était essentiel de :

- renforcer l’enseignement des langues et le sentiment chez les jeunes d’être de futurs citoyens européens,

- faciliter la mobilité des étudiants en tentant d’harmoniser les systèmes d’enseignement européens.

En France, deux étapes de ce processus d’harmonisation peuvent être notées.

La première est la transformation progressive des cursus universitaires selon le schéma LMD (Licence – Master – Doctorat) réalisé dans le cadre de la construction de l'Espace européen de l'enseignement supérieur (dit Processus de Bologne), et dont l’objectif est de placer les systèmes nationaux diversifiés dans un cadre commun, et ainsi de faciliter les équivalences entre les diplômes (grâce aux ECTS).

La seconde est l’universitarisation de la formation des enseignants, dont le processus avait débuté en 1990 avec la création des IUFM, poursuit avec l’intégration des IUFM aux Universités, et devrait s’achever avec la masterisation de la formation initiale des maîtres.

Au niveau de l’enseignement des premier et second degrés, les difficultés semblent plus grandes en raison du souhait des européens de maintenir les spécificités de leur système éducatif qui donnent âme au peuple et renforcent le sentiment d’appartenance nationale.

Alors qu’en est-il vraiment des possibilités d’harmonisation?

Avant de répondre à cette question, nous allons rappeler la classification des systèmes éducatifs publiée par Francine VANISCOTTE :

1/ l’Ecole unique (Danemark, Suède, Norvège, Islande, Finlande)

L’Ecole unique des pays scandinaves prévoit le même enseignement pour tous les enfants et durant toute la durée de la scolarité obligatoire, soit jusqu’à l’âge de 16 ans. Elle attache la qualité de l’Education à l’épanouissement de l’enfant : les redoublements n’existent donc pas, et l’orientation vers une formation professionnelle n’est envisageable qu’au-delà de cette phase de scolarité obligatoire.

2/ L’Ecole polyvalente (Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Irlande du Nord)

L’Ecole polyvalente ne prévoit pas un unique programme, mais toute une gamme de cours optionnels : les parcours des élèves sont donc personnalisés. Cette Ecole n’unifie pas le primaire et le secondaire comme pour les pays scandainaves, mais recherche une continuité entre le secondaire inférieur (collège) et le secondaire supérieur (lycée). Là aussi, l’orientation professionnelle n’est envisageable qu’au-delà de la scolarité obligatoire. Notons que l’Ecole polyvalente n’accueille que 90 % des enfants : le reste des élèves fréquente des écoles plus traditionnelles.

3/ L’Ecole à filières (Allemagne, Autrice, Luxembourg, Suisses, Pays-Bas et Belgique)

L’Ecole à filières repose sur l’orientation précoce, bien avant la fin de la scolarité obligatoire, destinée à favoriser l’insertion sociale et professionnelle. Les échanges avec le monde du travail sont donc très denses. L’exemple le plus significatif est celui de l’Allemagne qui prévoit une orientation des élèves dès l’âge de 10 ans, même si des passerelles sont possibles entre les différents cursus.

Dans tous ces pays, l’orientation professionnelle n’est pas comme en France ressentie comme une filière d’échec, mais au contraire est très valorisée.

4/ Le tronc commun (France, Italie, Espagne, Grèce, Portugal)

Pour les pays de tradition catholique (à l’exception de la Grèce qui est orthodoxe), la structure du système éducatif, connue pour osciller au gré des réformes, pourrait être à la fois vue comme un tronc commun et comme un compromis entre les autres types de systèmes, dans le sens qu’elle tend à répondre aux demandes sociales de qualité et d’équité, mais que les jeux d’options permettent les réorientations et les sélections. Cette catégorie de pays est caractérisée par l’importance accordée à l’évaluation.

F. VANISCOTTE conclut que la scolarité d’un petit danois et celle d’un petit allemand « sont donc bien différentes. L’un garde toutes les possibilités ouvertes jusqu’à l’âge de 16 ans, alors que l’autre voit son champ d’activités se rétrécir et se spécialiser très jeune. »

Malgré tout, des éléments de convergence existent et pourraient certainement conduire, sinon à une harmonisation structurelle ou organisationnelle des systèmes éducatifs européens, à la construction d’un cadre et d’un portfolio européens de savoirs et de compétences, comme nous en connaissons déjà la formule pour l’apprentissage des langues. Cette idée prend sens dans la mesure où les différents systèmes éducatifs européens ont des orientations communes :

- développer des programmes européens

- favoriser la maîtrise des nouvelles technologies de communication et d’information

- favoriser l’enseignement des langues et les échanges éducatifs avec l’étranger

- ouvrir l’Ecole vers le monde extérieur, et en particulier vers le monde du travail.

Le défi s’annonce donc immense, mais passionnant…

Dimanche, 25 mars 2007

Si vous souhaitez enseigner à l'étranger...

Depuis la mise en place du système LMD, les étudiants de l’Université doivent élaborer dans le cadre d’unités d’enseignement leurs projets personnel et professionnel, et en particulier, construire un parcours pertinent en vue de concrétiser ce projet.

A cette occasion, il est constaté que de nombreux jeunes se destinent à l’enseignement à l’étranger. C’est pour répondre aux questions de tous ces jeunes que j’ai souhaité rédiger ce texte.

Découvrir les réseaux des établissements français à l’étranger

Les établissements scolaires français à l’étranger ont deux principales missions :

  • scolariser les enfants des expatriés français : les élèves de ce type d’établissements sont donc souvent issus de couches favorisées, même si certains peuvent être issus de milieux plus modestes et être boursiers.
  • contribuer au rayonnement de la culture et de la langue française.

Il existe 675 établissements français à l’étranger, rassemblant au total 24 000 élèves, qui sont implantés dans 130 pays - notamment, le Maroc, la Tunisie, Madagascar, …et plus généralement, toutes les anciennes colonies, mais aussi, l’Allemagne (suite de l’occupation) et enfin l’Espagne (conséquence du régime de Franco).

Les deux principaux réseaux sont :

auxquels viennent s’ajouter diverses autres associations.

Candidater dans un établissement français à l’étranger

Les enseignants de ces établissements ont trois statuts possibles :

  • le statut d’expatrié
  • le statut de résident
  • le statut de contractuel local.

1/ Le statut d’expatrié (5 % des enseignants)

Ces postes sont de loin les plus prisés : les avantages sont nombreux (indemnités de frais de séjour, salaire doublé, impôt sur les revenus moindre, …). Le nombre de postes mis au concours a diminué de 20 % en huit ans. Le candidat doit être nécessairement titulaire de l’Education Nationale. S’il est recruté, il l’est seulement pour une durée maximale de 5 ans, à l’issue de laquelle il a pour obligation de retourner sur le territoire français.

Comment candidater ? Les postes sont publiés sur le Bulletin Officiel aux alentours du mois d’octobre.

2/ Le statut de résident (34 % des enseignants)

Même si les avantages ne sont pas aussi nombreux que les expatriés, les postes à statut de résident restent très convoités : le salaire du professeur est augmenté de 35 %. Le nombre de postes mis au concours est en augmentation. Le candidat doit être nécessairement titulaire de l’Education Nationale. Et s’il est recruté, il l’est pour une durée maximale de 5 ans. Une reconduction de trois ans peut être demandée. Puis le retour sur le territoire français est imposé.

Comment candidater ? Les candidatures sont adressées de façon spontanée auprès des chefs d’établissement, de préférence vers le mois de janvier. La liste des établissements de l’AEFE et de la Mission Laïque Française peut être trouvée sur les sites de ces deux associations.

3/ Le statut du contractuel local (61 % des enseignants)

Ces postes sont déconseillés, notamment pour les collègues titulaires de la fonction publique : le professeur recruté devient vacataire. A ce titre, les années d’exercice à l’étranger ne sont pas prises en compte pour l’avancée dans la promotion : l’échelon du collègue peut donc évoluer lors du séjour à l’étranger, mais reviendra à son niveau initial au retour sur le territoire français.

Le nombre de postes mis au concours est en augmentation, alors que les candidats sont en nombre insuffisant. Ces contrats sont à durée indéterminée.

Comment candidater ? Les modalités de recrutement sont les mêmes que celles précédemment données.

Quelque soit le type de poste, lors du recrutement, les formations en FLE (Français Langue Etrangère) des Universités, les stages pédagogiques à l’étranger et les modules « Echanges éducatifs internationaux » (souvent existants dans l’offre de formation des IUFM) sont positivement pris en compte.

Exercer dans un établissement français à l’étranger

Les programmes

Les contenus des programmes sont les mêmes que ceux enseignés sur le territoire français.

Les parents

Comme dans tout établissement privé, les parents paient des frais d’inscription (ici, très élevés), et estiment donc avoir un droit de regard sur tout le fonctionnement de l’école. La pression exercée sur les enseignants par les parents, et donc l’Ambassade, est très forte. Assiduité, ponctualité, travail, rigueur des enseignants sont de grande mise : l’expulsion peut menacer !

Les élèves

Les élèves sont très plaisants : disciplinés et d’un très bon niveau (93,5 % de réussite au baccalauréat). Si la plupart sont des enfants d’expatriés, certains peuvent être des natifs locaux.

Les moyens

Si les moyens humains sont très satisfaisants, les locaux peuvent être délabrés, et les équipements insuffisants.

La gestion de l’établissement

La gestion peut être :

  • directe (donc pilotée par l’Etat français) - cas de 73 établissements
  • conventionnée sous contrat – cas de 178 établissements
  • homologuée (établissement privé hors contrat) : le personnel enseignant doit inclure au moins un titulaire de l’Education Nationale – cas de 155 établissements
  • en « électron libre » - cas de 24 établissements.

Quelque soit le statut du professeur, quelque soit le mode de gestion de l'établissement français à l’étranger, le regard de ce collègue sur les pratiques professionnelles françaises ne sera plus jamais le même.

Enseigner à l’étranger est une expérience très enrichissante tant sur le plan personnel que professionnel !

Dimanche, 11 mars 2007

Alerte à la violence dans les écoles

L’angoisse des jeunes professeurs Le nombre de jeunes se destinant au professorat des écoles connaît une croissance fulgurante, alors que les candidats aux concours au professorat des collèges et lycées sont de moins en moins nombreux. Pourquoi cela ?



Tout simplement, parce que, si les professeurs des écoles sont assurés de rester dans leur académie d’origine par la nature même des modalités de recrutement, les professeurs des collèges et lycées néo-titulaires sont en revanche souvent affectés dans les collèges et lycées professionnels sensibles des académies de Créteil et de Lille, se retrouvant ainsi confrontés en toute première ligne au phénomène de violence, alors que paradoxalement, le cahier des charges de la formation des maîtres défend l’entrée progressive dans le métier.



Dans les IUFM en général, et à l’IUFM de Lorraine en particulier, l’angoisse des professeurs stagiaires face à ces agressions, de surcroît souvent exagérément relatées par les médias, génère une demande forte de formation spécifique, car s’il était possible de penser que les thèmes de la discipline, de l’autorité, de l’agressivité et de la violence pouvaient être abordés à travers des analyses de pratiques professionnelles, les stagiaires font aujourd’hui clairement entendre qu’une telle approche est désormais insuffisante.



Une réflexion est donc lancée : quelle formation apportée aux professeurs stagiaires pour favoriser au mieux leur entrée dans le métier ?



Avant de répondre à cette question, je souhaiterais rédiger quelques notes sur le phénomène de violence à l’école, qui marque de plus en plus notre société.



Un phénomène social

Désormais, les enfants issus des milieux populaires sont admis en masse dans l’enseignement du second degré alors que leurs frères et sœurs aînés rencontrent des difficultés pour accéder à l’emploi, et que leurs parents sont victimes du chômage. Autrement dit, alors que notre société est devenue une société de consommation, où l’accès aux biens matériels est une composante essentielle du bien-être, de plus en plus de familles connaissent une dégradation de leurs conditions matérielles de vie.



Les problèmes individuels des élèves (troubles psychologiques, ou autres), joints à des contextes particuliers :


  • de rupture psychologique (par exemple, divorce des parents), sociale (chômage), ou culturelle (telle dans les familles migrantes),
  • de dysfonctionnement (conditions de vie dans l’école, fréquentation de délinquants,…)
  • ou de revendications (ethniques ou religieuses)


génèrent chez les enfants et adolescents des difficultés d’adaptation et d’intégration, des affects dépressifs, auxquels se rajoute souvent l’échec scolaire.



Le cumul de ces facteurs suscite un profond mal-être chez les jeunes - parfois déjà porteurs d’une culture de l’affrontement physique.



La violence à l’école devient alors un moyen d’expression, un signal d’alarme lancé à l’attention de la collectivité nationale.



Quelles solutions apporter ?



La lutte contre la violence à l’école doit intervenir à différents niveaux :



1/dans les classes :

  • les programmes doivent prendre du sens pour l’élève, susciter son éveil et son intérêt,
  • les activités scolaires doivent lui permettre de s’épanouir, de se sentir valorisé, et de prendre conscience de toutes ses potentialités,


2/ dans les écoles :

  • la lutte contre l’échec scolaire doit devenir une orientation forte de l’établissement (dispositif de tutorat, pédagogie différentiée, etc.)
  • l’encadrement des élèves notamment dans les cours de récréation, les préaux, …doit être renforcé,


3/ dans la formation des enseignants :

  • la violence à l’école doit devenir l’une des priorités de formation des enseignants (outils de lecture des signes d’agressivité, pistes d’actions face à une situation d’incivilité ou de violence)
  • les affectations des professeurs dans les établissements sensibles doivent être raisonnées – cessons d’y envoyer les collègues les moins expérimentés ! -,


4/ dans les familles :

  • les familles doivent être soutenues, et pouvoir entretenir des liens plus forts avec les enseignants,


5/ dans la société :

  • les cellules de Protection maternelle et infantile, d’Aide sociale à l’enfance, de Protection judiciaire de la jeunesse, doivent être multipliées,
  • la question du rôle de l’école doit être posée,
  • la vision de la société sur les métiers manuels et sur l’intelligence doit changer,
  • le dossier de l’emploi doit naturellement rester l’un des axes forts de la politique de notre pays.


A la rentrée des classes 2006, le Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a publié un guide de sensibilisation à l’attention des chefs d’établissement, en vue d’améliorer le soutien et l’accompagnement des victimes de la violence : création d’un site et d’une ligne téléphonique SOS, identification des correspondants extérieurs en cas d’agressions (police, gendarmerie, services divers de l’Etat).



Même si une telle initiative ne peut être qu’approuvée, il est cohérent de penser que la violence à l’école, parce qu’elle est à rapprocher du problème des banlieues, et parce que ses causes et conséquences relèvent souvent de phénomènes de société beaucoup plus larges, devrait devenir un dossier interministériel : le champ d’actions serait alors immédiatement plus important.

Jeudi, 22 février 2007

Regard sur deux écoles belges

En tant que responsable des relations internationales de l’IUFM de Lorraine, je peux témoigner que l’observation et l’étude de systèmes éducatifs étrangers permettent, par l’effet de miroir, de porter un nouveau regard sur les modes de fonctionnement français.



Dans ce billet, nous plongeons dans l’univers de deux établissements du second degré belges dont les projets illustrent l’importance d’un espace d’initiatives pour la mise en œuvre d'une pédagogie adaptée au public local.



Le premier est l'Athénée Royal Da Vinci, à Bruxelles. Il peut accueillir des enfants en très grande difficulté, analphabètes, ou encore, néo-arrivants connaissant peu ou pas du tout le français.



Le seconde est l’Ecole du Futur, à Mons. Son public est plus traditionnel, voire favorisé.



Malgré tout, ces deux écoles prônent la mixité sociale, en cohérence même avec leur projet d’établissement dont les axes sont similaires et visent à permettre à l'élève de devenir un adulte responsable, à favoriser son autonomie, développer sa curiosité intellectuelle, son sens critique, son esprit de coopération, ses capacités d'analyse et de raisonnement, mais aussi de créativité.



En revanche, les moyens de mise en œuvre diffèrent en raison même des profils des élèves.



A travers ces deux exemples, nous allons illustrer qu'un projet d'établissement ne peut prendre vie que s'il tient compte du profil des usagers, de l'implantation géographique de l'école, et bien entendu, de la force d'engagement des enseignants. Sur ce dernier point, il est clair que les professeurs seront plus facilement porteurs s'ils ont été sollicités dans l'élaboration même du projet : l'école doit donc entrer dans une démarche participative, aussi bien au niveau des élèves qu'à celui des enseignants.



Les questions qui peuvent aussi être soulevées concernent les objectifs globaux de formation, autrement dit, le but véritable de l'Ecole : est-ce de préparer à l'entrée à l'université ? Ou plus largement, de créer des adultes responsables qui sauront trouver leur place dans la société d'aujourd'hui ? Dans ce cas, ne faudrait-il pas en parallèle changer notre propre regard sur les métiers manuels en particulier, et toute notre vision de l'intelligence en général ?



L’école Da Vinci à Bruxelles

Cette école se structure comme une véritable communauté éducative dans laquelle le bien-être et l’épanouissement de l’élève est l’une des principales orientations.



Toutes les activités visent à favoriser une dynamique de changement, de participation, de coopération et de remise en question permanente afin de permettre aux jeunes de devenir de véritables acteurs de leur formation et de futurs citoyens responsables.

Trois axes se dégagent :
  • la connaissance de l’autre : apprentissage de la diversité culturelle et de la cohésion sociale (activités communes), travail de l’écoute de l’autre, …
  • la connaissance de soi : parcours individuels, activités sportives (notamment en football), d’expression et de créativité, …
  • la connaissance du monde : éducation aux médias, à la santé, à l’environnement, …


Dans ce cadre, l’Athénée Da Vinci encourage les activités favorisant une réconciliation de l’élève avec l’Ecole, en organisant des activités extrascolaires ou transdisciplinaires en partenariat avec le monde extérieur, et en luttant contre l’échec scolaire. Par exemple, l’établissement a mis en place :


  • des classes passerelles : celles-ci accueillent des jeunes ne parlant pas ou peu le français voire complètement analphabètes. Les objectifs pédagogiques visés sont alors : acquérir un niveau en français suffisant pour pouvoir être intégré dans la classe et profiter des enseignements, mais aussi, apporter les ressources linguistiques et relationnelles nécessaires pour subvenir aux besoins dans la nouvelle société qu’ils doivent appréhender.
  • un tutorat : afin de faciliter la réussite des élèves en difficulté d’apprentissage, une école des devoirs, encore appelée Dispositif d’Accrochage Scolaire, a été créée. La philosophie centrale est d’apprendre aux élèves à apprendre afin de les rendre au plus vite autonomes.


L’école du Futur à Mons

L’école du Futur a pour projet de respecter les rythmes de travail, de permettre à chaque élève de se réaliser humainement et de concrétiser son projet de vie, tout en lui permettant d’atteindre son plus haut niveau de compétences.



Les moyens utilisés peuvent paraître innovants : il n’est plus question de saucissonner les différentes matières en heures de cours Et « l’austère bureau surélevé du professeur disparaît, de même que les antiques bancs alignés en rangée jusqu’au fond de la classe. Ici, le demi-cercle formé par le mobilier moderne offre un panorama plutôt futuriste, complété par une série d’ordinateurs qui trônent dans la halle centrale. »



La méthode scolaire est également très différente : les programmes sont abordés à travers cinq thèmes (par exemple, l’aviation, l’eau, l’actualité, la socialisation et le théâtre). Ce choix pédagogique permet d’approcher les matières traditionnelles via des chassés-croisés interdisciplinaires et transdisciplinaires. L'enseignement vertical habituel laisse la place à un apprentissage horizontal. - Pour cela, les pratiques des professeurs reposent sur la pédagogie différenciée, l’apprentissage par compétences (donner un sens aux savoirs et les rendre plus indélébiles), le travail en projet, la formation par petits groupes d’élèves,…Le principe est de permettre à l’élève de devenir un initiateur et un instigateur de recherches et de travaux d’exploitation, notamment grâce aux nouvelles technologies d’information et de communication, à l’intervention fréquente de personnes-ressources extérieurs, et à l’observation de phénomènes in situ.

Samedi, 10 février 2007

La politique éducative marocaine

Le taux de scolarisation des petits marocains est officiellement de 90 % dans le primaire et de 70 % pour les 12-14 ans, mais dans certaines campagnes, il est bien plus bas. L’aménagement des rythmes scolaires depuis la rentrée 1998 pour permettre aux enfants de conjuguer travail à la ferme et alphabétisation n’a en effet pas suffi pour enrayer l’absentéisme.



Une politique éducative forte



Pourtant, le royaume a, depuis 1999 (année de la promulgation de la Charte Nationale de l’éducation et de la formation), adopté une politique éducative très forte qui place l’Education comme seconde priorité nationale C’est ainsi que près de 30 % du budget national (contre 7 % en France) est mobilisé pour cette mission !



Des résultats encore décevants



Les résultats ne correspondent cependant pas à ceux attendus : le Maroc compte encore le plus fort taux d’analphabétisme des pays du Maghreb.



Deux raisons principales peuvent être données.



La première est historique : en 1956, à l’heure de l’indépendance, la France laisse une population comprenant 87 % d’analphabètes. Le mal est alors très profond.



La seconde est géographique : dès qu’on s’éloigne des grandes villes, les écoles se retrouvent implantées à parfois plus d’une dizaine de kilomètres du domicile des élèves, comme si elles avaient été construites aux centres de cercles imaginaires qu’un maximum de petits ruraux pourraient décemment joindre chaque jour à pied. C’est ainsi que de nombreuses écoles ont été construites en milieu désertique. Il est alors compréhensible que tous les enfants, même s’ils sont conscients du drame de la privation de savoirs, n’acceptent pas d’effectuer de tels trajets.



Ces faits sont encore plus marqués au niveau du collège.



Le français à l'école

Le français n’est naturellement pas une langue étrangère comme les autres : 75 % des marocains estiment cette langue comme indispensable, car facteur d’ouverture professionnelle. Pour cette raison, les établissements français, la Mission laïque, les écoles privées bilingues connaissent un très grand succès



Dans les établissements publics, le français est désormais enseigné dès le CE1. Il devient aussi une langue d’instruction notamment en cours de mathématiques (alors que l’histoire et la géographie sont enseignées en arabe). Malheureusement, en milieu rural, les enfants n’ont pas la télévision : ils n’entendent, ni ne parlent, le français (ni même l’arabe standard) en dehors de l’école. Leur niveau en français s’avère donc très faible.



La formation des maîtres



La volonté politique éducative du royaume est naturellement présente dans la formation des maîtres (désormais recrutés à BAC +2, au lieu du niveau baccalauréat) : le besoin de rénover les modes de pratiques professionnelles a en effet été clairement énoncé par les autorités marocaines.



C’est ainsi que la France, sollicitée, s’est impliquée, via les cellules des relations internationales des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) en collaboration avec les CFI marocains (Centres de Formation des Instituteurs), dans la formation continue des enseignants marocains . Dans ce cadre, l’IUFM de Lorraine échange tous les ans avec le Maroc quelques professeurs des écoles stagiaires, et missionnent régulièrement des formateurs pour assurer un stage en pédagogie ou en didactique des disciplines aux instituteurs marocains.

Lundi, 11 décembre 2006

Le programme de Réussite Educative

Le dispositif de Réussite Educative, tel qu’il est défini dans le plan de Cohésion Sociale, vise à donner leur chance aux enfants et adolescents ne bénéficiant pas d’un environnement social, familial et culturel favorable à leur réussite. Pour offrir toutes ses chances à chaque enfant, l’école joue un rôle prépondérant, mais elle ne peut pas tout. Une intervention est souvent nécessaire, en dehors du temps scolaire pour retravailler les apprentissages de base. C’est à cette nécessité que souhaite répondre le Programme de Réussite Educative en mettant en place des ateliers d’accompagnement à la scolarité pour les enfants en grandes difficultés.



En effet, l’accompagnement à la scolarité est l’ensemble des actions visant à offrir, aux côtés de l’Ecole, l’appui et les ressources nécessaires dont les enfants ont besoin pour réussir à l’Ecole, appui qu’ils ne trouvent pas toujours dans leur environnement familial.



Cet accompagnement à la scolarité ne se pose pas en alternative à l’Ecole, ni ne souhaite se substituer aux parents dans leurs responsabilités éducatives. Il constitue une dynamique d’accompagnement éducatif qui doit répondre aux besoins spécifiques des enfants.



Par exemple, depuis le printemps 2006, la MJC de Boileau-Prégénie a en partenariat de l’Université Paul Verlaine – Metz mis en place un dispositif de tutorat en mathématiques pour les écoles Pierre et Marie Curie, et Jacques Yves Cousteau, de la ville de Woippy. Une dizaine d’étudiants de l’Université viennent en effet, à hauteur de deux heures hebdomadaires, tutorer bénévolement un trinôme d’écoliers présentant des difficultés en Mathématiques.



De tels dispositifs permettent aux élèves de cycle 3 :

- d'acquérir des méthodes, des approches, des relations susceptibles de faciliter l'accès au savoir,

- de valoriser leurs acquis afin de renforcer leur autonomie personnelle et leur capacité de vie collective, notamment par la pratique de l'entreaide,

- d'accompagner les parents dans le suivi de la scolarité de leurs enfants.



Ce dispositif tout en étant une action de solidarité, entre dans le cadre d’un échange réciproque de services, puisqu’il permet aux étudiants se destinant aux métiers de l’enseignement :

- de vivre une expérience professionnelle par une mise en situation,

- de développer des connaissances sur la prise en charge d'un jeune public en difficulté scolaire,

- et enfin d'augmenter leurs chances d'admission à l'IUFM.

Naturellement, d’autres dispositifs d’accompagnement à la scolarité existent depuis déjà plusieurs années - nous pouvons citer le dispositif SUQE (Solidarité Université Quartiers Ecoles) qui recrute tous les ans une centaine d’étudiants de Metz Campus pour tutorer environ trois cent écoliers (aide aux devoirs, cette fois-ci pour l’ensemble des disciplines enseignées à l’école élémentaire) – alors que de nombreux nouveaux projets éducatifs sont à l’étude avec l’appui des collectivités territoriales et en partenariat de diverses associations.



Toutes ces actions éducatives qui exigent à la fois vigilance et énergie, reposent souvent sur le bénévolat et la bonne volonté des différents acteurs. Mais quelle belle récompense pour tous que de savoir un élève réconcilié avec l’Ecole, voire même parfois avec la Société, et donc, de pouvoir constater que l’on a ainsi contribué à placer un jeune dans une posture qui lui permettra de construire de façon favorable son avenir !

Dimanche, 10 décembre 2006

La formation initiale des professeurs des écoles biculturelles

La maîtrise des langues est aujourd’hui le gage d’une ouverture des élèves sur le monde, d’une meilleure compréhension des autres par l’accès direct à leurs cultures respectives, en même temps qu’un facteur décisif d’insertion sociale et professionnelle. L’apprentissage de l’allemand, langue du voisin de la Lorraine, revêt dans ce contexte une importance toute particulière. Pour toutes ces raisons, les écoles biculturelles ont été créées. Elles prévoient naturellement un enseignement renforcé de l’allemand, mais aussi et surtout, une partie des enseignements des Disciplines Non Linguistiques (DNL) en allemand. Ce type de cursus, appelé la Voie Spécifique Mosellane (VSM) puisqu’elle restait spécifique à la Moselle (et l’Alsace), devrait être étendu à la Lorraine entière. Et parce que la France et l’Allemagne sont les premiers partenaires économiques l’un de l’autre, de nouvelles écoles biculturelles seront vraisemblablement prochainement ouvertes sur l’académie Nancy-Metz.



Il était donc important de se soucier de la création d’un vivier de professeurs des écoles aptes à enseigner dans ces classes biculturelles (jusqu’à 5 heures hebdomadaires d’enseignement en allemand), voire dans les classes paritaires (où la moitié des enseignements, soit 14 heures, sont assurés en allemand). C’est ainsi que, sous l’impulsion de la Communauté d’Agglomération de Sarreguemines Confluences, dont la politique éducative est très forte notamment dans le cadre des échanges franco-allemands, l’IUFM de Lorraine décida en 2003 d’implanter une antenne à Sarreguemines dont la spécificité serait justement la formation initiale des professeurs de ces écoles spécifiques.



L’antenne de Sarreguemines est aujourd'hui entrée dans sa quatrième année scolaire. Une année qui à destination des professeurs stagiaires, prévoit comme les années précédentes, un stage à l’étranger, une présentation générale de la VSM, ainsi que des temps de formation en allemand de certaines DNL (accès au vocabulaire spécifique des DNL). Mais en revanche, aucune séance ne prévoyait encore une formation pour apprendre à enseigner des DNL en allemand, c’est-à-dire, pour apprendre à véritablement professer dans une classe biculturelle - il est en effet clair que :

- enseigner l’allemand à des écoliers français (apprentissage classique de l’allemand),

- enseigner en allemand à des écoliers français (VSM),

- enseigner en français (enseignement pluridisciplinaire traditionnel),

- enseigner en allemand à des écoliers allemands (mise en situation des stagiaires lors de leur stage à l’étranger)

ne peuvent mobiliser les mêmes compétences chez le professeur des écoles dont la langue maternelle est le français. Il fallait donc élaborer une formation à destination des stagiaires qui tienne davantage compte de toutes ces spécificités.



C’est ainsi que le 10 novembre 2006, le Conseil Scientifique et Pédagogique de l’IUFM de Lorraine a voté à l’unanimité la mise en oeuvre d’un plan de formation transitoire 2006/07, en vue prochaine d’un dispositif de formation plus fortement remanié, qui devrait entrer en application à la prochaine rentrée scolaire, et qui prévoirait en particulier des échanges renforcés avec la Sarre, mais aussi un jumelage avec deux prochaines implantations de l’IUFM d’Alsace à Saverne et à Haguenau.



Je voudrais achever cette lettre en m’exprimant en tant que responsable pédagogique de l’antenne de Sarreguemines de l’IUFM de Lorraine, et par conséquent, en m’adressant directement à l’équipe de formateurs. Je souhaiterais remercier tous ces collègues pour leur investissement dans chacun de nos projets, mais aussi, pour le groupe bien sympathique qu’ils constituent, et avec lequel je me réjouis de travailler. Enfin, je voudrais les féliciter pour les résultats obtenus à la dernière session du Concours de Recrutement des Professeurs des Ecoles (CRPE) : l’antenne de Sarreguemines a en effet obtenu le meilleur pourcentage de réussite de la région, dans un contexte déjà remarquable puisque l’IUFM de Lorraine vient d’être classé en tête du palmarès des trente et un IUFM de France.

Samedi, 2 décembre 2006

Une décharge de service pour les directeurs des écoles à quatre classes

Jusqu’à l’année dernière, les directeurs des écoles à quatre classes ne disposaient d’aucune décharge pour effectuer les tâches administratives qui les incombaient. Mais au printemps 2006, le Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche décida d’apporter une solution (initialement prévue sans surcoût) : les professeurs stagiaires effectueront désormais un stage en responsabilité de 30 jours dans la classe des directeurs des écoles à quatre classes, déchargeant ainsi les directeurs d’une partie de leur service d’enseignement au profit d’activités administratives. Selon les académies, les modalités de ce stage diffèrent : en Lorraine, c'est tous les lundis que les professeurs stagiaires s’en vont remplacer les directeurs d’école.



Jusqu’à l’année dernière, les stagiaires qui devaient effectuer trois stages en responsabilité massés d’une durée de trois semaines, n’avaient donc pas la possibilité de suivre la progression d’une classe (progrès des élèves, avancée du programme, etc.). La solution du stage filé de trente jours a levé ce défaut de formation. Malheureusement, à cet atout s’opposent quelques effets négatifs, d’autant plus forts que la mise en œuvre de ce nouveau dispositif de formation se révèle pour diverses raisons – ci-dessous données - difficiles. La très bonne concertation entre le Rectorat, et donc les quatre Inspecteurs d’Académie (attachés à chacun des départements de la région), avec l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) a cependant permis, dans presque tous les cas, de trouver des solutions alternatives.



1.- Ce dispositif de formation laisse supposer que dans l’académie, il existe autant de professeurs des écoles stagiaires que d’écoles à quatre classes : ce qui n’est pas. Par exemple, en Moselle (département à forte démographie) le nombre de stagiaires est plus élevé que celui d’écoles, alors qu’en Meuse, la situation est inversée. La décision de l’institution a donc été de lever les barrières départementales ; autrement dit, un stagiaire en formation sur un département peut se trouver affecté dans une école d’un autre département.



2.- Les frais (remboursés) de déplacement des professeurs stagiaires sont très élevés : le dispositif oblige en effet les stagiaires lorrains à parcourir 2,5 fois la distance de la Terre à la Lune durant l’année scolaire 2006-07. Le dispositif a donc bien un coût.



3.- Les premiers jours de rentrée, la carte des écoles à quatre classes est encore instable : certaines écoles à quatre classes passent à cinq classes, alors que d’autres (mais ce cas de figure est plus rare) peuvent se retrouver à trois classes seulement. Dans de telles situations, la solution retenue a été de laisser le professeur stagiaire dans l’école initiale pour lui garantir une cohésion de formation.



4.- Le statut accordé au professeur stagiaire n’est pas toujours celui qui devrait être : le jeune enseignant est parfois considéré comme un remplaçant, et non, comme un membre réel de l’équipe pédagogique de l’école.



5.- Le professeur stagiaire se retrouve seul face à une classe d’élèves, après une semaine seulement de formation : ce qui est naturellement source de très grosse angoisse pour le jeune enseignant encore inexpérimenté. Heureusement, la plupart des directeurs se sont spontanément donnés un rôle tutoriel, en accompagnant les nouveaux collègues dans leurs pratiques pour leur permettre de devenir progressivement autonomes.



6.- Les stages à l’étranger sont menacés alors qu’ils permettent aux professeurs stagiaires de développer des compétences linguistiques, culturelles et pédagogiques, donc essentielles dans le cadre de la construction de l’Europe et de la mobilité internationale des enseignants (si promue par le Ministère). La difficulté de mise en œuvre des stages à l’étranger est simple à comprendre : si le stagiaire part, il ne peut évidemment pas prendre en main la classe du directeur d’école le lundi. Outre le problème du remplacement du stagiaire, tant sur les moyens qui diffèrent d’un département à l’autre, qu’au niveau déontologique (en effet, les familles dénoncent le risque de déstabilisation éducative des élèves confrontés à un trop grand nombre d'intervenants, puisqu'il s'agit de remplacer un collègue déjà remplaçant), les professeurs stagiaires hésitent davantage que par le passé à choisir un parcours « relations internationales » pour des raisons affectives : ils sont attachés à leurs premiers élèves et perçoivent un stage à l’étranger comme un abandon (même s’il n’est que temporaire) de leur classe. La solution retenue par les instances a souvent été de réduire la durée du stage à l’étranger, avec une semaine au moins prévue durant les vacances scolaires françaises (sauf lorsque qu'au niveau des affaires étrangères, les enjeux diplomatiques s’avéraient trop forts).



Malgré tout, le bilan de fin d’année scolaire ne devrait pas être négatif : certes, le début de l’année a été difficile, mais avec le temps, la situation semble s’améliorer et les difficultés s’estomper, et il est déjà possible d’imaginer la régulation du fonctionnement du dispositif pour les prochaines années scolaires.