Education et Formation des maîtres

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Vendredi, 26 juin 2009

Quelle Education au Développement Durable ?

Les 16, 17 et 18 juin derniers, le château de la CASC a prêté ses murs séculaires au profit d'une manifestation d'envergure. Réuni pour débattre des enjeux et des perspectives de l’Education au Développement Durable (EDD), le réseau national des IUFM tenait là un rassemblement essentiel dont Florence Soriano-Gafiuk, directrice de l’IUFM de Sarreguemines et organisatrice de l'évènement, nous livre ici une analyse détaillée et synthétique.



Le Développement Durable, concept issu d'une tentative de réponse aux dommages inhérents à la nature de nos sociétés industrielles, est en soi sujet à controverses, puisqu’il se réfère à la notion de "développement", c'est à dire de "croissance", dans un contexte mondial de ruine écologique et d'épuisement général des ressources naturelles. Sous cet angle, on comprend sans peine que le développement durable, conception issue de réflexions politiques, puisse susciter la méfiance, voire la résistance de certains collègues enseignants. Vincent Borella, Président du Comité de Pilotage EDD de l’académie, rappelait ainsi la nécessité de ne pas tenir un discours de militantisme écologique à l’école. De fait, il s’agit avant tout d’éduquer aux choix et non d’enseigner des choix ! Dans un même ordre d'idées, Patrick Baranger, Président de la Conférence des Directeurs d’IUFM, s'interrogeait en des termes sans équivoque : "Jusqu’où l’Ecole a-t-elle le droit de prendre en charge l’ « idéologiquement chargé » ?". Incidemment, il est intéressant d’observer combien le mot « politique » s'est révélé brûlant, presque tabou, pendant toute la durée de ce congrès !



L’Education au Développement Durable, qui apparaît pour la première fois dans le Bulletin Officiel en 2007, résulte en fait du recentrage de l’Education à l’Environnement autour des valeurs anthropocentristes. Elle comprend des volets d’apprentissage par l’ « enseignement de » (les savoirs), d’éducation à visée comportementale (les éco-gestes) et, bien entendu, d’éducation au choix raisonné par l’action collective, grâce à la mise en œuvre de pédagogies du débat (participer à la vie de la cité) et de projets éducatifs à enjeux à la fois environnementaux, sociaux et économiques. Il faut bien comprendre que l’EDD s’inscrit dans la rupture de nos modèles pédagogiques, d’abord parce qu’elle s’appuie sur des savoirs incertains (alors que les enseignants sont formés à enseigner des vérités attestées), et ensuite parce qu’elle professe l’a-disciplinarité (alors que les universités françaises forment des spécialistes ultradiscipliniaires). C’est ainsi que dans les collèges et lycées, l’EDD semble ne rencontrer d'écho qu'auprès des professeurs de Sciences de la Vie et de la Terre, et d’Histoire & Géographie, alors que l’ensemble de la communauté éducative devrait contribuer à l’action, du fait de la responsabilité sociale des disciplines mais aussi des nombreux atouts d’une « Ecole intégrée dans la société ».



Ces échanges, particulièrement riches et féconds, ont finalement ouvert la voie à deux chantiers de réflexion, que le réseau national EDD se propose d'analyser et d'approfondir dans les prochains mois : la construction d'une didactique nouvelle, et la mise en place d’une formation des enseignants réservant une place de choix aux questions de l’EDD.

Jeudi, 19 février 2009

(Désin)formation des maîtres

Des échos entendus ici et là font état de rumeurs persistantes selon lesquelles, dans le cadre de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants, l'IUFM (Institut de Formation des Maîtres) se serait vu dépossédé de ses prérogatives en termes de formation des maîtres, et cela au profit de l'université. Il s'agit là d'allégations infondées, qui ne sauraient rester sans réponse eu égard à leurs répercussions déjà perceptibles sur les choix des jeunes qui les ont crues dignes de foi.

Depuis le printemps dernier, le fait est que ces rumeurs ont porté à la formation des maîtres un coup sensible, en modifiant de manière radicale les choix d'orientation des étudiants :

- désaffection pour les parcours "métiers de l'enseignement" des licences,

- désinscription massive de l'IUFM,

- désarroi des lycéens lors des forums d'orientation.

Bien que relatives à la situation en Lorraine, les lignes suivantes constituent cependant une source précieuse de renseignements à l'usage de tous les jeunes se destinant à la carrière d'enseignant, tant le contexte d'application de la réforme au sein d'une région, qui dépend prioritairement de la politique universitaire locale, est souvent transposable à de nombreuses autres régions de France.

A titre informatif, je préciserai les quatre points suivants :

1/ Les maquettes élaborées par l'IUFM relèvent évidemment de l'Université puisque l'IUFM est, de fait, une composante de l'Université.

2/ L'IUFM de Lorraine a conçu, en concertation avec les universités lorraines, un master "Métiers de l'Enseignement et de la Formation" (MEF) dont les deux spécialités correspondent l'une au professorat des écoles ("Enfance, Education et Enseignement" (MEF)) et l'autre au professorat des collèges et lycées professionnels ("Formation professionnelle en sciences et techniques industrielles, éco-gestion, biotechnologies" (MF)). A Sarreguemines, l'IUFM continuera en particulier à former les professeurs des écoles pour lesquels la Moselle Est affiche un intérêt marqué, c'est-à-dire des professeurs ayant développé des compétences linguistiques et d'ingénierie en coopérations transfrontalières.

3/ C'est finalement au niveau du professorat des collèges et lycées que l’IUFM est le moins favorisé, les formations correspondantes étant effectivement dévolues, comme c'était en définitive déjà un peu le cas, à d'autres composantes de l'Université. Il est cependant prévu que l'IUFM prenne en charge tout le volet " professionnalisation" de ces formations (analyse de pratiques professionnelles, organisation des stages, connaissance du système éducatif, …), et que ses équipes pédagogiques soient appelées à intervenir dans les unités d'enseignement disciplinaires, notamment lorsque leurs contenus de formation visent directement les épreuves du concours de recrutement CAPES.

4/ La mastérisation de la formation des maîtres peut être vue comme une réelle opportunité dans la mesure où elle garantit :

- la juste reconnaissance à BAC + 5 d'une formation délivrée à BAC + 5,

- la délivrance d'un Master au sortir de l'IUFM : actuellement, les étudiants échouant au concours de recrutement au professorat, soit la majorité des étudiants pour de nombreuses filières, ressortent de l'IUFM (parfois plusieurs années plus tard) sans aucun diplôme. Afin de tenir compte de cette donnée, les nouvelles maquettes ont été conçues avec une ouverture sur d'autres débouchés professionnels.

- la reconnaissance à l'échelle européenne d'une qualification professionnelle au professorat : actuellement, les CRPE, CAPES et Agrégation, aussi prestigieux soient-ils, n'ont aucune valeur dans les autres états européens.

Je terminerai cette mise au point salutaire sur une dernière considération positive, en notant que ce dossier a fourni aux quatre universités lorraines une occasion privilégiée de démontrer leur capacité à travailler ensemble. A l'évidence, c'est une grande réussite du genre, dont nous avons tout lieu de nous réjouir !

Florence Soriano-Gafiuk

Lundi, 16 juin 2008

Le challenge des IUFM

Depuis plusieurs semaines, les médias annoncent la suppression des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres). J’ai souhaité réagir en répondant aux questions les plus fréquemment posées sur ce thème.



Question 1 Les IUFM vont-ils vraiment disparaître ?

De fait, les IUFM, en tant qu’établissements autonomes, ont déjà disparu ! La loi d'orientation et de programme pour l’école (2005) prévoyait en effet le rattachement des IUFM aux universités. C’est ainsi que dans notre académie, l’IUFM de Lorraine est devenu depuis le 1er janvier 2008 une école interne de l’Université Henri Poincaré – Nancy I.

Il est donc plus pertinent de s’interroger sur l’avenir de ces nouvelles composantes au sein des universités plutôt que de s'inquiéter de la survie d’un institut universitaire qui, dans les faits, n’existe déjà plus !

Question 2 L’intégration de l’IUFM devait s’apparenter à une manœuvre technique et administrative. Qu’en est-il vraiment ?



L’intégration de l’IUFM est en fait une étape du processus d’universitarisation de la formation des enseignants, conforme aux directives européennes.

La première étape en a été, en 1990, la suppression des CPR (Centres Pédagogiques Régionaux) et des écoles normales et la création des IUFM. Nous venons d'en franchir la seconde étape, celle du rattachement de l’IUFM à une université, avec ses phases de turbulences relatives au choix de l’université intégratrice dans le contexte géographique particulier de la Lorraine. C’est la troisième étape, celle de la masterisation de la formation des maîtres, qui génère aujourd’hui un nouveau tollé suite au formidable coup médiatique annonçant la suppression pure et simple des IUFM – à la grande satisfaction d’une partie de l’électorat français (de droite !).



L’universitarisation de l’IUFM est donc un processus politique et politisé à des échelles aussi bien nationale que locale, dont les effets sur la formation des enseignants doivent être maîtrisés.

Question 3 En quoi le projet du Président de la République peut-il menacer les IUFM ?



Avant d’aller plus avant, je souhaiterais préciser que la masterisation de la formation des maîtres était une demande légitime des IUFM depuis déjà près de 8 ans.

La menace relève aussi bien de la masterisation de la formation des maîtres que de la réforme des universités qui tend à donner les moyens aux très grosses structures, et à fermer les centres universitaires plus modestes. Bien entendu, les conditions futures seront largement déterminées par un certain nombre de choix opérés à l'échelle nationale (nature du concours de recrutement, et habilitation de masters professionnels), mais pas uniquement.



Les masters « métiers de l’enseignement » seront, comme tous les masters, des formations « à » et « par » la recherche, et de fait, seront coportés avec les départements disciplinaires des universités partenaires.

Disons-le, la survie d’un IUFM dépendra dans une large mesure de sa capacité d’infiltration dans les composantes universitaires mais aussi de son adéquation avec les contextes locaux (soutien des élus politiques, efficacité et spécificité de la formation, effectifs des étudiants,…).

Question 4 Quel est l’intérêt de masteriser la formation des maîtres ?

Outre la juste reconnaissance d’une formation universitaire dispensée à BAC + 5, la délivrance du master présente trois avantages essentiels :

  • la revalorisation du métier de professeur, et notamment des débuts de carrière,
  • l’accès à des études doctorales,
  • la mobilité européenne des enseignants (puisque la réforme du LMD permet la reconnaissance des diplômes universitaires au-delà des frontières de l’hexagone).

Question 5 ''Quels sont les risques de la masterisation de la formation des maîtres ? '' Les risques existent bel et bien :

  • les dangereux effets sociétaires qui pourraient voir écarter les étudiants issus des couches défavorisées, alors que les enseignants seront confrontés à des élèves de toutes les couches sociales,
  • la césure avec le corps d’inspection, alors qu’il est important de conserver du lien entre formateurs et employeur.
  • le déséquilibre de la formation que génèrerait la prédominance d’enseignements purement académiques, alors que le Président de la République évoque dans son discours « l’exercice de l’autorité devenu plus difficile » et « la complexité croissante » de la mission des enseignants.

Question 6 Que devient le concours de recrutement des professeurs ?

Le nouveau concours de recrutement des professeurs sera ouvert aux étudiants titulaires du Master (jusqu’à présent, la Licence suffisait). Si nous savons la première session de ce concours programmée pour l’année universitaire 2010/2011, la nature des épreuves est encore une variable inconnue, mais essentielle puisque c’est d’elle que dépend le contenu des enseignements de master et par suite, toute la formation initiale des enseignants.

Question 7 Que penser du dispositif de compagnonnage proposé par le Président de la République ?



Les lauréats du concours actuel suivent un an de formation professionnelle (comprenant plusieurs stages) et sont titularisés en fin d’année - du moins si le niveau de leurs compétences à l’exercice du métier est jugé suffisant par l’employeur.



Dans le nouveau mode de recrutement des enseignants, les lauréats au concours seraient automatiquement titularisés et placés d’emblée sur le terrain sans aucune autre formation, procédure inconsidérée compte tenu des difficultés inhérentes à l'exercice de ce métier pour une personne totalement inexpérimentée. Ainsi, le dispositif de compagnonnage proposé par le Président de la République serait le seul appoint susceptible d'amoindrir un peu les risques encourus à placer des débutants complets face à des classes éventuellement difficiles, mais il apparaît de manière claire que cette mesure est notoirement insuffisante !

Le professeur néotitulaire ne sera, dans le cadre d'un tel dispositif, confronté qu’au seul point de vue du "compagnon", dans un contexte particulier donné, alors qu’au contraire, l’enseignant recruté pour 40 ans doit être en mesure de relativiser, d’analyser et de s’adapter à toutes les situations de classe, y compris celles de l’école de demain.

Le dispositif de compagnonnage ne saurait donc trouver d'utilité qu'en complément d’un master professionnel aux métiers de l’enseignement.

Question 8 Pourquoi la formation dispensée par les IUFM est-elle si décriée ?

Rappelons d’abord que la formation des maîtres a toujours semblé idéologiquement suspecte, et les IUFM considérés comme des nids autour de gauchistes.

Ensuite, disons-le sans ambages, les modalités de fonctionnement des IUFM n’ont pas permis à ces instituts d’effectuer un travail satisfaisant : P. Baranger, Président de la Conférence des Directeurs d’IUFM, déclare que : « les trois années de Licence nous échappent, la quatrième année n’est que bachotage (NDLR : préparation au concours de recrutement, portant sur des savoirs purement académiques) et la quatrième année n’est que surmenage (NDLR : apprentissage à un métier difficile en quelques mois seulement) ».



Ceci nous ramène à mes propos de départ : ce ne sont pas les IUFM qu’il faut sauver, mais la formation initiale des maîtres.

Question 9 La plupart des intervenants de l’IUFM sont des enseignants du premier ou du second degré, non titulaires d’un Master. Auront-ils légitimité à assurer des enseignements niveau Master ?

Les masters « métiers de l’enseignement » seront des masters professionnels ; ils comprendront donc :

  • des enseignements académiques qui seront bien entendu assurés par des universitaires (entendez-là des enseignants-chercheurs)
  • des formations de pratiques professionnelles qui seront légitimement assurés par des professionnels. Or, les professionnels du professorat des écoles, ou des collèges et lycées, sont justement les enseignants en poste dans le premier ou second degré.

En bref

Les étudiants se destinant au professorat :

1/ effectueront deux années d’études universitaires supplémentaires

2/ passeront le concours et seront rémunérés un an plus tard

3/ seront titularisés un an plus tard

4/ seront mieux rémunérés en début de carrière.

Lundi, 24 mars 2008

Les métiers qui recrutent en alternance

C’est suite à la publication par le MEDEF de la Lorraine, du guide « 50 métiers qui recrutent en alternance » que j’ai souhaité écrire ces quelques lignes dans le contexte particulier où les modalités de recrutement des enseignants sont plus que jamais à l’ordre du jour des débats politiques.

Dans la visée d’une meilleure harmonisation des systèmes de l’enseignement supérieur à l’échelle européenne, l’admissibilité au concours de recrutement des professeurs, sans doute prévu à l’issue du Master 2, déboucherait sur l’exercice à temps complet du métier sur le terrain.

Ce projet interpelle dans la mesure où il conduit à la titularisation d’enseignants n’ayant bénéficié d’aucune formation professionnelle initiale, alors que le métier de professeur s’avère de plus en plus difficile.

Le cahier des charges de la formation des maîtres, publié le 19 décembre 2006 par le Ministère, mentionnait expressément que :

Enseigner est un métier qui s’apprend. Faire cours et faire apprendre, conduire une classe et individualiser son enseignement, exiger des efforts et donner confiance, susciter l’intérêt, évaluer les aptitudes et percevoir les talents, aider à l’orientation. Tout cela nécessite une formation initiale et continue approfondie : rien ne doit être laissé aux aléas de la vocation pédagogique ou du hasard professionnel.

Pourtant, il est aujourd’hui envisagé qu’un Master purement disciplinaire puisse se substituer à la formation jusqu’ici assurée par les IUFM (*), c’est-à-dire à une formation d’adultes, professionnelle, à caractère universitaire, et en alternance.

Est-il utile de le rappeler ? Une formation en alternance suppose bien entendu des activités de terrain, mais surtout un va-et-vient, un aller-retour, entre les enseignements à l’Ecole et les différentes situations pratiques du terrain. La formation a pour vocation de préparer et de réinterroger après coup les situations d’exercice, alors que l’expérience sur le lieu de travail permet de nourrir les réflexions menées à l’Ecole. C’est bien là une caractéristique essentielle des formations professionnelles, et nul ne doit s’étonner si autant de métiers, dans des secteurs bien différents (de l’industrie au commerce et services, en passant par le bâtiment et travaux publics) et à tous les niveaux d’étude, recrutent désormais en alternance.

De fait, si nous souhaitons pérenniser la qualité de la formation des enseignants, tout en tenant compte de l'européanisation de notre système d'enseignement, il est impératif de :

  • mettre en place des Masters offrant un parcours véritablement professionnalisant aux métiers de l’enseignement
  • créer un concours de recrutement comptant une épreuve professionnelle convoquant une expérience du terrain.

C’est avec impatience que j’attends les conclusions des négociations entre toutes nos instances tutélaires.

Florence Soriano-Gafiuk

Dimanche, 23 décembre 2007

PUBLICATION : L'intuition, la créativité et la rigueur en Géométrie

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PRÉFACE

On trouve sur le marché de nombreux livres pour la préparation des examens et concours. Ce sont en général des manuels de cours ou des annales corrigées.

Le livre de Madame Florence SORIANO-GAFIUK, « L’intuition, la créativité et la rigueur en GÉOMÉTRIE. L’épreuve sur dossier du CAPES externe de Mathématiques », est d’une toute autre nature - plus intelligente.

Il oblige à réfléchir, il donne à penser. Aucune solution toute faite, aucun cours prêt à l’emploi, aucun exercice résolu de la manière la plus élégante qui soit ! On n’est pas dans une perspective de réciter un savoir. On n’est pas dans une perspective d’appliquer un savoir. Pas davantage de reproduire un savoir faire ! Pour le lecteur, le travail reste à faire ! Mais, pour ce faire, le lecteur est accompagné, guidé par de précieux conseils.

Que doit-il faire ? Mettre en œuvre une série de compétences, certaines strictement mathématiques, d’autres « professorales ». Cela suppose de savoir choisir et mobiliser des ressources en réponse à une situation problème qu’il convient d’abord de clairement analyser. Or poser et résoudre correctement des problèmes ne sont-ils pas l’essence même des mathématiques ? Loin de la didactique qui glose sur le comment enseigner, en tentant d’argumenter les choix effectués, ce livre apprend à faire des choix en plongeant d’entrée de jeu son lecteur dans la nécessité d’un agir professionnel.

De plus, toutes les démarches ici suggérées ne sont pas de simples constructions intellectuelles ; elles ont été, depuis plusieurs années déjà, expérimentées avec succès par des étudiants préparant le CAPES de Mathématiques. Puisse ce livre faire encore réussir de nombreux étudiants au concours de recrutement des professeurs de mathématiques. Mais plus encore, puisse ce livre contribuer à faire d’eux de vrais professionnels de l’enseignement des mathématiques.

Patrick BARANGER,

Directeur de l’IUFM de Lorraine

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AVANT-PROPOS

Cet ouvrage est une approche tant scientifique, que didactique voire pédagogique, de la difficile seconde épreuve orale (dite épreuve sur dossier) du CAPES externe de Mathématiques. J’entends par « épreuve difficile » une épreuve qui mobilise des savoirs académiques lointains (acquis au collège et au lycée), et qui exige une connaissance minimale du terrain (expérience de certaines pratiques de classe, compréhension des programmes officiels, analyse des difficultés des élèves, etc.). L’objectif visé dans ce livre est donc d’aider à mieux appréhender un exercice de géométrie « imposé », en permettant au candidat d’en classer l’énoncé suivant une typographie pré-établie (suffisamment large pour pouvoir être quasi-exhaustive), pour finalement, commenter, schématiser et contextualiser plus aisément. C’est en ce sens, que l’ouvrage présent tient compte des modalités de l’épreuve du concours.

J’ai essayé, conformément aux directives officielles de développer :

- l’aspect expérimental (exploitation des figures, utilisation de logiciels de Géométrie, activités de découverte, découpage-assemblage-collage, création et manipulation d’objets en polystyrène, emploi de jeux de construction, etc.), qui ne prend un réel sens que s’il est suivi d’une conjecture puis d’une démonstration ;

- l’aspect pluridisciplinaire (lecture et rédaction, arts plastiques, histoire et géographie, physique et chimie, …), voire culturel.

Je présente quelques animations possibles en cours de Mathématiques (travail en groupes ou en salle informatique, co-animation avec un autre professeur, sortie dans un musée ou autres). De façon similaire, un lexique des types d’exercices a été dressé par l’ensemble des collègues chargés de la formation des professeurs stagiaires de Mathématiques des collèges et lycées, assurée sur le pôle universitaire messin de l’IUFM de Lorraine.



Cet ouvrage sera un outil précieux de travail pour tous les candidats qui prendront la peine de le consulter tout au long de l’année de préparation, en ce sens qu’il ne constitue ni des annales corrigées, ni un cours de mathématiques, mais plutôt, le lexique des savoirs et des méthodologies que les exercices posés à l’épreuve sur dossier, sont susceptibles de mobiliser.

L’ensemble est illustré par de nombreux exercices corrigés et commentés.

Je remercie enfin Patrick BARANGER, directeur de l’IUFM de Lorraine, pour ses remarques constructives.

En attendant, je souhaite à tous les candidats une agréable lecture et beaucoup de succès.

Florence SORIANO-GAFIUK

Lundi, 9 juillet 2007

Un nouveau Président pour la CDIUFM

Je voudrais féliciter Patrick BARANGER, directeur de le l’IUFM de Lorraine, qui vient d’être brillamment élu Président de la Conférence des Directeurs d’IUFM.

Son œuvre remarquable au sein de l’IUFM de Lorraine, ses compétences de gestionnaire et de manager, ses qualités humaines, sa loyauté, son art du discours pédagogique et du débat politique ainsi que sa vaste culture des sciences de l’Education le désignaient tout naturellement comme un excellent candidat.

Et c’est bien méritant qu’il débute à présent son mandat de Président de la CDIUFM…

Dimanche, 8 juillet 2007

Comment former par les compétences ?

Le cahier des charges de la formation des maîtres suscite au sein des IUFM de nombreuses interrogations, puisqu’y est désormais introduit le concept de compétences professionnelles.

1/ Les bonnes questions

Les questions qui viennent sont :

  • Comment former par compétences ?
  • Comment évaluer ces compétences ?
  • Comment aider le stagiaire à construire ses compétences ?
  • Quels dispositifs de formation mettre en place ?
  • Comment mobiliser des compétences dans des contextes particuliers ?
  • Quelle formation de formateurs prévoir ?

2/ La formation par compétences

Même si le concept de compétences rencontre les réticences de nombreux formateurs, il est important de réussir à rendre opératoire ce concept dans le propre système de pensées et d’actions des IUFM, et donc de commencer à se saisir de cette nouvelle orientation de formation dont l’une des caractérisations est d’être plus indélébile, en recourant moins à la mémorisation et à la transmission de savoirs, et davantage à la construction par l’expérience du savoir-agir dans un monde du travail exigeant qui met en scène des situations de plus en plus complexes.

Les compétences nécessaires à l’exercice du métier évoluent en effet avec le temps, mais dépendent aussi d’aspects contextuels très variés. Elles doivent donc sans cesse se reconstruire, se réorienter, se compléter ... Et par suite, elles ne peuvent constituer que des pistes d’orientation pour l’élaboration d’un curriculum de formation des maîtres.

3/ La problématique de l’évaluation par compétences

Dans ce processus de professionnalisation, l’évaluation tendrait à tout figer si aucun changement de culture n’était opéré dans les esprits des professeurs stagiaires qui visent généralement la certification plutôt que la construction de leurs compétences.

Comme nous le savons, le référentiel métier publié dans le nouveau cahier des charges de la formation des maîtres se présente sous la forme d’une liste de dix compétences exigibles pour l’exercice du professorat, et est, avouons-le, totalement inaccessible pour un enseignant débutant. C’est pour cette raison qu’un référentiel formation qui hiérarchiserait toutes ces compétences et fixerait à chaque fois le degré de compétences attendu (on parle de la hauteur du curseur) devrait/pourrait être introduit.

La complexité de l’évaluation des professeurs stagiaires ne va cependant pas s’arrêter là. En effet, si une activité professionnelle mobilise forcément plusieurs compétences, l’ensemble des activités professionnelles sur lesquelles un stagiaire pourrait être évalué ne mobilisera pourtant pas toutes les compétences professionnelles exigibles. L’exemple le plus frappant est celui de la compétence « agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable » dont seule la non acquisition peut réellement être notée par le formateur évaluateur.

Une compétence se révèlerait donc comme une référence d’évaluation, mesurable plus au travers de traces et d’indices que de paramètres réellement observables. Et seul le croisement de plusieurs regards d’experts pourra permettre une évaluation raisonnablement objective des professeurs stagiaires.

Dans ce processus évolutif de professionnalisation, la tâche du formateur devient de plus en plus complexe et exige une disponibilité de plus en plus grande (alors que dans le contexte actuel de l’universitarisation des IUFM, seul le temps présentiel est reconnu). Deux problèmes émergent donc :

  • la nécessité d’une formation des formateurs des IUFM, portant par exemple, sur les écrits professionnels
  • et la valorisation du métier de formateur.

NB

Cet article a été rédigé à mon retour de l’Ecole d’été des IUFM qui vient de se tenir à Colmar.

Mercredi, 9 mai 2007

IUFM : vers une universitarisation réussie

La création en 1990 des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) répondait à la nécessité d’universitariser la formation initiale des enseignants afin de promouvoir les métiers de l’enseignement et d’harmoniser notre système de formation avec les systèmes universitaires européens, dans un contexte national qui voulait l’amélioration de la qualité de la formation des maîtres et qui prévoyait le recrutement massif de professeurs.

La création des IUFM pouvait donc être perçue comme l’étape transitoire du processus d’universitarisation de la formation des maîtres, dont la dernière phase, prévue par la loi de Fillon de 2005 pour une mise en application en avril 2008 au plus tard, est l’intégration pure et simple de l’IUFM à l’Université.

Aujourd’hui, 17 ans plus tard, le contexte a cependant bien changé, à l’échelle nationale puisque l’Etat prévoit de recruter moins et de former autrement (nouveaux outils technologiques, formation à distance, pédagogie différenciée, coopérations avec des partenaires étrangers,…) et à l’échelle internationale, puisque l’Education française en général, et la formation des maîtres en particulier, bien qu’assommée par des réformes successives (qui ne permettent pas à l’existant de mûrir pour prendre toute sa valeur), a perdu sa place dans le peloton de tête des pays européens.

Les défis lancés aux IUFM sont donc nombreux. Je n’en développerai que quelques uns.

1. Réussir à combiner la culture universitaire avec la mission de prestataire de services de l’IUFM

Si l’universitarisation répond à une certaine logique (d’harmonisation européenne), elle entre en revanche en opposition avec l’autonomie de plus en plus grande (et incessamment demandée par les Présidents) des Universités françaises, puisque la formation des maîtres par la parution dans le bulletin officiel d’un cahier des charges, par l’élaboration d’une commission d’évaluation et par la représentation forte de l’employeur dans le conseil d’école de l’IUFM, sera clairement pilotée par l’Etat (et non l’Université).

2. Réussir à développer une politique commune de formation des maîtres des universités

Parce que l’IUFM doit être intégrée dans une université et une seule, alors qu’elle a pour mission de préparer au concours de recrutement tous les étudiants de la région, et de former au métier tous les professeurs stagiaires de l’académie, une charte de politique commune et riche de formation des maîtres devrait pouvoir être signée entre les différentes universités de la Région.

3. Réussir à favoriser l’information et l’orientation des étudiants intéressés par les métiers de l’enseignement (pour une optimisation quantitative de la formation)

4. Réussir à élaborer de véritables curricula de formation (pour une optimisation qualitative de la formation)

Le cahier des charges de la formation des maîtres prévoit des curricula de formation qui s’étendraient désormais, non plus sur une seule année, mais sur sept années (du L1 au T2).

D’autres créneaux de formation seront certainement ouverts : certains IUFM déjà intégrés sont par exemple sollicités par le Centre d’Initiation à l’Enseignement Supérieur, donc dans le cadre de la formation pédagogique des étudiants moniteurs d’enseignement et de recherche de l’Université.

Dans tous les cas, l’IUFM habitué sous les consignes ministérielles à renouveler tous les ans son plan de formation, appréciera de pouvoir inscrire son offre de formation dans le plan quadriennal de l’université.

5. Réussir à mastériser la formation des maîtres

La mastérisation de la formation des maîtres est sans doute l’un des plus grands enjeux de l’universitarisation, dans la mesure où elle permet la reconnaissance au niveau BAC + 5 des professeurs stagiaires, et replace la France sur le marché international. En effet, s’il devenait enfin possible de séparer les modalités de recrutement de la certification, la formation IUFM-ienne pourrait être proposée à tous les étudiants francophones dont le projet professionnel est le professorat. Elle deviendrait ainsi une formation reconnue (par une certification) et transférable (par la délivrance d’ECTS).

Quelques obstacles apparaissent cependant :

- Si l’Université diplômatise les connaissances, la mastérisation aux métiers de l’enseignement ne prendra sens qu’en tenant compte aussi bien des compétences que des connaissances. Sur cette base, le professeur stagiaire (concours très difficile en PE1/PLC1, et haut niveau de compétences en PE2/PLC2) méritera la délivrance de la totalité d’un master professionnel.

- L’architecture semestrialisée de l’offre de formation LMD en unités d’enseignement risque de découper la culture professionnelle.

- L’évaluation des unités d’enseignement est une difficulté majeure, puisqu’elle doit pouvoir mesurer les dix compétences exigées par l’employeur, qui, par nature en tant que finalités semblent justement difficilement évaluables. Comment par exemple mesurer la compétence d’un stagiaire à « agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable » ?

6. Réussir à mettre en place une formation universitaire professionnelle

Réussir l’intégration de l’IUFM à l’Université, c’est donc réussir à articuler deux processus en tension : la professionnalisation et l’universitarisation.

Les nouveaux plans de formation, basés sur le principe de l’alternance, devront favoriser :

- la transformation en savoirs de professeurs les savoirs acquis comme savoirs d’élèves

- une distanciation critique sur la discipline et sur son enseignement

- l’ancrage de l’action professionnelle sur des savoirs de haut niveau et issus des sciences humaines et sociales

- la réflexivité sur la pratique et l’action professionnelle en vue d’une professionnalisation durable : en effet, parce que l’IUFM forme des enseignants pour 40 ans de carrière, les enseignants doivent être en mesure au fil des réformes et des problèmes professionnels d’ajuster leurs pratiques et de transférer leurs savoirs.

7. Réussir à maintenir, voire développer, la formation de formateurs

Nombreux formateurs (professeurs des écoles associés, PIUFM, …) pourront mieux atteindre toute leur légitimité si leur niveau de qualification devient au moins égal à celui des apprenants. Dans ce cadre, il serait important que l’Université intégratice consente à favoriser une formation permettant l’accroissement de la qualification (Master et Doctorat) de tous ces collègues.

8. Réussir à légitimer la recherche en Education

En 1993, soit trois ans après leur création, les IUFM, pourtant qualifiés d’instituts universitaires, ont été en quelque sorte désuniversitarisés : la possibilité de créer des laboratoires de recherche ne leur est pas donnée.

Le défi est d’autant plus grand que la recherche en Education, en tension entre recherche scientifique et recherche de praticiens est souvent dénigrée.

9. Réussir à conserver la richesse de nos modes de fonctionnement

L’identité des IUFM, qui repose en particulier sur :

- une formation articulée autour d’objets de compétences
- une structure très spécifique (gouvernance, organigramme, multiplicité des implantations,…)
- une grande diversité de formateurs (PE, PLC, EMF, DEA, PLP, COP, CPE, IEN, IPRI, chef d’établissement, PRCE, PRAG, MCF, PU,…),

constitue l’une des grandes richesses et forces de ces instituts, qu’il est essentiel de conserver.

10. Réussir à conserver nos liens forts avec le milieu professionnel

11. Réussir à s’engager dans la formation continue des enseignants

12. Réussir à insérer et légitimer les échanges internationaux dans le continuum de formation des maîtres

13. Réussir à investir la formation à distance et son marché

Je voudrais terminer ce billet par une note plus rassurante face à ce processus d’universitarisation qui effraie tant les usagers de l’IUFM : croyons tous à l’hospitalité des universités, et au large champ de nouvelles actions qui va bientôt s’ouvrir à nous, tant sur le plan de la formation que sur celui de la recherche.

Vendredi, 13 avril 2007

Remerciements

Cher(e)s collègues, cher(e)s ami(e)s,

Après des semaines bien éprouvantes, j’ai aujourd’hui la joie de pouvoir vous informer de ma réintégration dans le laboratoire de Mathématiques et Applications de Metz.

Je vous adresse mes remerciements pour le soutien tant moral que professionnel que vous avez su m’apporter durant ces trois derniers mois.

Merci à toute la communauté mathématique. Elle constitue un joli monde. Un monde de justice et de solidarité.

Merci à tous les collègues qui ont alimenté le blog de soutien.

Merci à tous les collègues qui m’ont encouragée.

Je remercie plus particulièrement Laurent HABSIEGER, responsable du GDR de Théorie des Nombres, qui a joué un rôle clé dans les différentes étapes de médiation.

J’applaudis le courage de Jean-François JAULENT, qui fervent défenseur de valeurs éthiques, a osé se lancer dans une bataille incertaine.

Je pense aussi à Marie-Françoise ROY, Présidente de la Société Mathématique de France, et Véronique SLOVACEK-CHAUVEAU, Présidente de l’Association Femmes & Mathématiques, qui m’ont accompagnée tout au long de ce difficile conflit.

Je remercie Jean LUDWIG, directeur du LMAM, d’avoir su, hier après-midi, prendre la bonne décision.

Je souhaite terminer en laissant un message plus tendre à Michel WALDSCHMIDT, en qui j’ai trouvé un ami et à qui je serai pour toujours infiniment reconnaissante. Sans lui, je ne pourrais pas aujourd’hui rédiger ce message.

Soyez certains que je serais prête à aider les collègues en souffrance et dont les conditions de travail seraient dégradées.

Bien à vous tous

Florence Soriano-Gafiuk

Jeudi, 15 mars 2007

Pour la réussite nationale des relations internationales des IUFM

Les échanges internationaux des IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) répondent à une demande ministérielle forte visant la construction de l’Europe, et de façon plus générale, la mondialisation. Dans ce cadre, l’apprentissage des langues vivantes et la mobilité des enseignants revêtent une importance toute particulière.

Malgré la complexité de mise en œuvre de ces échanges, générée par la rencontre de deux logiques opposées (logique de formation et logique de gestion), les services des relations internationales se sont montrés remarquablement efficaces et innovants.

Toutefois, l’introduction à la rentrée 2006 du stage filé est venue fragiliser ces actions, en tendant à marginaliser les stages à l’étranger. Malgré les nombreuses alternatives trouvées par les IUFM, il est aujourd’hui possible d’enregistrer une diminution globale, aussi quantitative que qualitative, de ces stages.

A partir du modèle des échanges franco-britanniques - qui semblent protégés par les accords ministériels entre les deux pays-, cinq critères interdépendants de garanti de réussite d’une action internationale se dégagent :

1.- l’existence d’un cadre conventionnel national bi- ou multilatéral (convention entre les ministères des pays concernés)

2.- l’existence d’un cadre financier collectif (budgétisation nationale)

3.- la création d’un réseau d’IUFM piloté à l’échelle nationale (force du collectif face à l’individuel)

4.- la publication officielle de référentiels et de cahiers des charges (textes de cadrage des stages à l’étranger, prévus dans les parcours « métiers de l’enseignement » de la licence, durant les années de concours ou de professionnalisation, ou enfin, durant les deux premières années de titularisation)

5.- le soutien des autorités institutionnelles (appuis politiques).

Des échanges, autres que franco-britanniques devraient être bâtis sur ce modèle, notamment avec l’Allemagne (pays transfrontalier, de surcroît premier partenaire économique de la France), avec l’Afrique Noire (puisque certains IUFM collaborent déjà avec le Mali, le Sénégal ou encore, le Togo), et avec les Etats-Unis.

Après l’agitation suscitée par l’apparition des stages filés, c’est à présent l’universitarisation des IUFM qui vient semer le trouble dans les cellules des relations internationales (RI) -puisque la loi prévoit un rapprochement ou une mutualisation des services relations internationales des deux établissements (IUFM et Université intégrante).

La méconnaissance mutuelle des deux services RI semble alimenter la crainte des usagers des IUFM d’une perte d’autonomie de leurs actions internationales. Il est donc sans doute nécessaire de rassurer tous les acteurs :

- la spécificité des deux établissements (recherche à l’Université, et ingénierie de formation à l’IUFM) devrait permettre à chacun de conserver un rôle moteur,

- les savoir-faire des deux services sont complémentaires : l’un pourrait investir les chantiers réfutés par l’autre,

- les moyens logistiques pourraient être mutualisés (facilités d’accès au logement et à l’hébergement des étudiants accueillis, centralisation des échanges ERASMUS,…)

- les parcours « métiers de l’enseignement » inscrits dans les licences, et qui parfois prévoient des stages à l’étranger, constituent de potentiels chantiers communs, qui peuvent permettre un rapprochement de tous les acteurs RI,

- quant à l’indépendance financière, elle est de toute façon assurée par la loi.

Le rapprochement des services RI des deux établissements devrait donc principalement se mesurer par le choix d’une politique commune de développement : par exemple, en Lorraine, les établissements sont tous fortement engagés dans des partenariats avec leurs voisins allemands.

Dans ce cas, la poursuite du travail de chacun dans des conditions favorables est assurée, et la réussite garantie.

Samedi, 3 février 2007

Le cahier des charges de la formation des maîtres

Le cahier des charges de la formation des maîtres qui vient de paraître aux journal et bulletin officiels, offre pour la première fois un cadrage commun national. Ce cadrage, qui se révèle en fait globalement proche des pratiques lorraines, a été rédigé dans le contexte particulier qui prévoit l’intégration des IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) dans les Universités.



Le texte, qui semble avoir été rédigé de sorte qu’il puisse recueillir l’adhésion de tous, laisse des zones floues, dans le sens que ces dernières viennent s’heurter aux réalités du terrain, ou encore, peuvent s’interpréter de différentes façons.



La principale nouveauté est qu’il est désormais clairement reconnu qu’enseigner est un métier qui s’apprend, et qu’une formation approfondie est nécessaire. Rien ne doit plus être laissé aux aléas de la vocation pédagogique : enseigner n’est pas un don.



1/ Dans le contexte de l’universitarisation
Fondée sur le principe de l’entrée progressive dans le métier et de l’accompagnement dans le premier emploi, la formation des maîtres s’inscrit désormais dans un cursus universitaire : la licence doit donc intégrer des éléments de préprofessionnalisation aux métiers de l’enseignement. Ces unités de formation peuvent se présenter sous différentes formes :

  • dans la construction du projet personnel et professionnel de l’étudiant (souvent en 1ère année de licence)
  • dans le cadre de stages d’observation ou d’analyse de pratiques
  • dans le cadre d’Unités d’Enseignement de culture générale, de didactique de la discipline ou de pédagogie
  • dans le cadre de parcours bidisciplinaires (par exemple, pour le professorat d’Histoire & Géographie)
  • dans le cadre de préparation aux C2i (Certificat Informatique Internet) ou au CLES (Certificat de compétences en Langue de l’Enseignement Supérieur).

De tels parcours de formation existent déjà dans l’offre de formation des universités lorraines depuis le basculement dans le système LMD (Licence, Master, Doctorat).



La formation des maîtres s’inscrit donc dans un continuum : les étudiants engagés dans les parcours « métiers de l’enseignement » pourront désormais bénéficiés de sept années de formation professionnalisante :

  • la licence (trois années de préprofessionnalisation)
  • la préparation au concours de recrutement (une année)
  • la formation initiale des professeurs stagiaires (une année), qui conduit à la titularisation dans la fonction publique
  • la formation initiale différée (deux années), qui accompagne le néotitulaire dans son nouvel emploi.


Enfin, le dispositif de formation professionnelle prévoit - mais je crains l’ambition trop forte et la mise en application impossible - une connaissance par les enseignants de l’avancée de la recherche universitaire.



2/ Vers une ouverture vers le monde extérieur

A l’échelle nationale

Parce que la formation doit aussi être ouverte sur l’environnement économique et sur la société française, les compétences suivantes sont attendues :

  • connaître le monde du travail
  • coopérer avec les parents et découvrir les partenaires de l’école pour travailler ensemble
  • avoir une pratique effective des métiers pour les professeurs de la voie professionnelle et de la voie technique
  • comprendre la diversité culturelle de la France d’aujourd’hui pour contribuer à la construction d’une culture commune à tous les élèves.


A l’échelle internationale

Et dans le cadre de la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur, le cahier des charges prévoit également des enseignements préparant les futurs professeurs à la mobilité au sein de l’Europe. Les échanges internationaux des IUFM sont donc préservés.



3 / De nouveaux dispositifs d’évaluation



Evaluation des professeurs stagiaires

Désormais, le jury de qualification professionnelle ne se prononcera plus seulement sur la base du dossier de compétences du professeur stagiaire, puisqu’il devra prévoir un entretien personnel avec chaque professeur stagiaire. Il est clair que la mise en application va être très lourde !



Evaluation des formations dispensées à l’IUFM

En parallèle, une Commission Nationale d’Evaluation de la formation des maîtres sera créée : elle expertisera en particulier les plans de formation élaborés par l’université intégratrice au regard du cahier des charges.



4/ Le principe par alternance



Formation en alternance pour les stagiaires

La formation des professeurs stagiaires continue à reposer sur le principe de l’alternance, qui permet aux pratiques de terrain de nourrir la réflexion en pédagogie et en didactique menée à l’IUFM, et à l’inverse, de mettre en application des modes pédagogiques et des dispositifs expérimentaux proposés ou étudiés à l’IUFM.



Formation par immersion pour les formateurs

Le cahier des charges prévoit que 70 % des formateurs IUFM, enseignants des premier et second degrés, restent en contact avec les réalités de la classe : pour cela, une partie de leur service doit être effectuée dans un établissement scolaire.



5/ Les dix commandements



Pour finir, le texte de cadrage cite dix compétences professionnelles indispensables donc exigibles :

  • agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable
  • maîtriser la langue française pour enseigner et communiquer
  • maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale
  • concevoir et mettre en œuvre son enseignement
  • organiser le travail de la classe
  • prendre en compte la diversité des élèves (dont ceux en situation d’handicap)
  • évaluer les élèves
  • maîtriser les technologies de l’information et de la communication
  • travailler en équipe et coopérer avec les parents et les élèves de l’école
  • se former et innover.


Les trente et un IUFM de France sont donc en train de travailler les nouveaux plans de formation qui entreront en rigueur dès la prochaine rentrée scolaire. Les délais sont bien courts, mais les IUFM, habitués à de tels défis, y parviendront !

Dimanche, 10 décembre 2006

La formation initiale des professeurs des écoles biculturelles

La maîtrise des langues est aujourd’hui le gage d’une ouverture des élèves sur le monde, d’une meilleure compréhension des autres par l’accès direct à leurs cultures respectives, en même temps qu’un facteur décisif d’insertion sociale et professionnelle. L’apprentissage de l’allemand, langue du voisin de la Lorraine, revêt dans ce contexte une importance toute particulière. Pour toutes ces raisons, les écoles biculturelles ont été créées. Elles prévoient naturellement un enseignement renforcé de l’allemand, mais aussi et surtout, une partie des enseignements des Disciplines Non Linguistiques (DNL) en allemand. Ce type de cursus, appelé la Voie Spécifique Mosellane (VSM) puisqu’elle restait spécifique à la Moselle (et l’Alsace), devrait être étendu à la Lorraine entière. Et parce que la France et l’Allemagne sont les premiers partenaires économiques l’un de l’autre, de nouvelles écoles biculturelles seront vraisemblablement prochainement ouvertes sur l’académie Nancy-Metz.



Il était donc important de se soucier de la création d’un vivier de professeurs des écoles aptes à enseigner dans ces classes biculturelles (jusqu’à 5 heures hebdomadaires d’enseignement en allemand), voire dans les classes paritaires (où la moitié des enseignements, soit 14 heures, sont assurés en allemand). C’est ainsi que, sous l’impulsion de la Communauté d’Agglomération de Sarreguemines Confluences, dont la politique éducative est très forte notamment dans le cadre des échanges franco-allemands, l’IUFM de Lorraine décida en 2003 d’implanter une antenne à Sarreguemines dont la spécificité serait justement la formation initiale des professeurs de ces écoles spécifiques.



L’antenne de Sarreguemines est aujourd'hui entrée dans sa quatrième année scolaire. Une année qui à destination des professeurs stagiaires, prévoit comme les années précédentes, un stage à l’étranger, une présentation générale de la VSM, ainsi que des temps de formation en allemand de certaines DNL (accès au vocabulaire spécifique des DNL). Mais en revanche, aucune séance ne prévoyait encore une formation pour apprendre à enseigner des DNL en allemand, c’est-à-dire, pour apprendre à véritablement professer dans une classe biculturelle - il est en effet clair que :

- enseigner l’allemand à des écoliers français (apprentissage classique de l’allemand),

- enseigner en allemand à des écoliers français (VSM),

- enseigner en français (enseignement pluridisciplinaire traditionnel),

- enseigner en allemand à des écoliers allemands (mise en situation des stagiaires lors de leur stage à l’étranger)

ne peuvent mobiliser les mêmes compétences chez le professeur des écoles dont la langue maternelle est le français. Il fallait donc élaborer une formation à destination des stagiaires qui tienne davantage compte de toutes ces spécificités.



C’est ainsi que le 10 novembre 2006, le Conseil Scientifique et Pédagogique de l’IUFM de Lorraine a voté à l’unanimité la mise en oeuvre d’un plan de formation transitoire 2006/07, en vue prochaine d’un dispositif de formation plus fortement remanié, qui devrait entrer en application à la prochaine rentrée scolaire, et qui prévoirait en particulier des échanges renforcés avec la Sarre, mais aussi un jumelage avec deux prochaines implantations de l’IUFM d’Alsace à Saverne et à Haguenau.



Je voudrais achever cette lettre en m’exprimant en tant que responsable pédagogique de l’antenne de Sarreguemines de l’IUFM de Lorraine, et par conséquent, en m’adressant directement à l’équipe de formateurs. Je souhaiterais remercier tous ces collègues pour leur investissement dans chacun de nos projets, mais aussi, pour le groupe bien sympathique qu’ils constituent, et avec lequel je me réjouis de travailler. Enfin, je voudrais les féliciter pour les résultats obtenus à la dernière session du Concours de Recrutement des Professeurs des Ecoles (CRPE) : l’antenne de Sarreguemines a en effet obtenu le meilleur pourcentage de réussite de la région, dans un contexte déjà remarquable puisque l’IUFM de Lorraine vient d’être classé en tête du palmarès des trente et un IUFM de France.

Samedi, 2 décembre 2006

Une décharge de service pour les directeurs des écoles à quatre classes

Jusqu’à l’année dernière, les directeurs des écoles à quatre classes ne disposaient d’aucune décharge pour effectuer les tâches administratives qui les incombaient. Mais au printemps 2006, le Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche décida d’apporter une solution (initialement prévue sans surcoût) : les professeurs stagiaires effectueront désormais un stage en responsabilité de 30 jours dans la classe des directeurs des écoles à quatre classes, déchargeant ainsi les directeurs d’une partie de leur service d’enseignement au profit d’activités administratives. Selon les académies, les modalités de ce stage diffèrent : en Lorraine, c'est tous les lundis que les professeurs stagiaires s’en vont remplacer les directeurs d’école.



Jusqu’à l’année dernière, les stagiaires qui devaient effectuer trois stages en responsabilité massés d’une durée de trois semaines, n’avaient donc pas la possibilité de suivre la progression d’une classe (progrès des élèves, avancée du programme, etc.). La solution du stage filé de trente jours a levé ce défaut de formation. Malheureusement, à cet atout s’opposent quelques effets négatifs, d’autant plus forts que la mise en œuvre de ce nouveau dispositif de formation se révèle pour diverses raisons – ci-dessous données - difficiles. La très bonne concertation entre le Rectorat, et donc les quatre Inspecteurs d’Académie (attachés à chacun des départements de la région), avec l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) a cependant permis, dans presque tous les cas, de trouver des solutions alternatives.



1.- Ce dispositif de formation laisse supposer que dans l’académie, il existe autant de professeurs des écoles stagiaires que d’écoles à quatre classes : ce qui n’est pas. Par exemple, en Moselle (département à forte démographie) le nombre de stagiaires est plus élevé que celui d’écoles, alors qu’en Meuse, la situation est inversée. La décision de l’institution a donc été de lever les barrières départementales ; autrement dit, un stagiaire en formation sur un département peut se trouver affecté dans une école d’un autre département.



2.- Les frais (remboursés) de déplacement des professeurs stagiaires sont très élevés : le dispositif oblige en effet les stagiaires lorrains à parcourir 2,5 fois la distance de la Terre à la Lune durant l’année scolaire 2006-07. Le dispositif a donc bien un coût.



3.- Les premiers jours de rentrée, la carte des écoles à quatre classes est encore instable : certaines écoles à quatre classes passent à cinq classes, alors que d’autres (mais ce cas de figure est plus rare) peuvent se retrouver à trois classes seulement. Dans de telles situations, la solution retenue a été de laisser le professeur stagiaire dans l’école initiale pour lui garantir une cohésion de formation.



4.- Le statut accordé au professeur stagiaire n’est pas toujours celui qui devrait être : le jeune enseignant est parfois considéré comme un remplaçant, et non, comme un membre réel de l’équipe pédagogique de l’école.



5.- Le professeur stagiaire se retrouve seul face à une classe d’élèves, après une semaine seulement de formation : ce qui est naturellement source de très grosse angoisse pour le jeune enseignant encore inexpérimenté. Heureusement, la plupart des directeurs se sont spontanément donnés un rôle tutoriel, en accompagnant les nouveaux collègues dans leurs pratiques pour leur permettre de devenir progressivement autonomes.



6.- Les stages à l’étranger sont menacés alors qu’ils permettent aux professeurs stagiaires de développer des compétences linguistiques, culturelles et pédagogiques, donc essentielles dans le cadre de la construction de l’Europe et de la mobilité internationale des enseignants (si promue par le Ministère). La difficulté de mise en œuvre des stages à l’étranger est simple à comprendre : si le stagiaire part, il ne peut évidemment pas prendre en main la classe du directeur d’école le lundi. Outre le problème du remplacement du stagiaire, tant sur les moyens qui diffèrent d’un département à l’autre, qu’au niveau déontologique (en effet, les familles dénoncent le risque de déstabilisation éducative des élèves confrontés à un trop grand nombre d'intervenants, puisqu'il s'agit de remplacer un collègue déjà remplaçant), les professeurs stagiaires hésitent davantage que par le passé à choisir un parcours « relations internationales » pour des raisons affectives : ils sont attachés à leurs premiers élèves et perçoivent un stage à l’étranger comme un abandon (même s’il n’est que temporaire) de leur classe. La solution retenue par les instances a souvent été de réduire la durée du stage à l’étranger, avec une semaine au moins prévue durant les vacances scolaires françaises (sauf lorsque qu'au niveau des affaires étrangères, les enjeux diplomatiques s’avéraient trop forts).



Malgré tout, le bilan de fin d’année scolaire ne devrait pas être négatif : certes, le début de l’année a été difficile, mais avec le temps, la situation semble s’améliorer et les difficultés s’estomper, et il est déjà possible d’imaginer la régulation du fonctionnement du dispositif pour les prochaines années scolaires.