Education et Formation des maîtres

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Jeudi, 19 février 2009

(Désin)formation des maîtres

Des échos entendus ici et là font état de rumeurs persistantes selon lesquelles, dans le cadre de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants, l'IUFM (Institut de Formation des Maîtres) se serait vu dépossédé de ses prérogatives en termes de formation des maîtres, et cela au profit de l'université. Il s'agit là d'allégations infondées, qui ne sauraient rester sans réponse eu égard à leurs répercussions déjà perceptibles sur les choix des jeunes qui les ont crues dignes de foi.

Depuis le printemps dernier, le fait est que ces rumeurs ont porté à la formation des maîtres un coup sensible, en modifiant de manière radicale les choix d'orientation des étudiants :

- désaffection pour les parcours "métiers de l'enseignement" des licences,

- désinscription massive de l'IUFM,

- désarroi des lycéens lors des forums d'orientation.

Bien que relatives à la situation en Lorraine, les lignes suivantes constituent cependant une source précieuse de renseignements à l'usage de tous les jeunes se destinant à la carrière d'enseignant, tant le contexte d'application de la réforme au sein d'une région, qui dépend prioritairement de la politique universitaire locale, est souvent transposable à de nombreuses autres régions de France.

A titre informatif, je préciserai les quatre points suivants :

1/ Les maquettes élaborées par l'IUFM relèvent évidemment de l'Université puisque l'IUFM est, de fait, une composante de l'Université.

2/ L'IUFM de Lorraine a conçu, en concertation avec les universités lorraines, un master "Métiers de l'Enseignement et de la Formation" (MEF) dont les deux spécialités correspondent l'une au professorat des écoles ("Enfance, Education et Enseignement" (MEF)) et l'autre au professorat des collèges et lycées professionnels ("Formation professionnelle en sciences et techniques industrielles, éco-gestion, biotechnologies" (MF)). A Sarreguemines, l'IUFM continuera en particulier à former les professeurs des écoles pour lesquels la Moselle Est affiche un intérêt marqué, c'est-à-dire des professeurs ayant développé des compétences linguistiques et d'ingénierie en coopérations transfrontalières.

3/ C'est finalement au niveau du professorat des collèges et lycées que l’IUFM est le moins favorisé, les formations correspondantes étant effectivement dévolues, comme c'était en définitive déjà un peu le cas, à d'autres composantes de l'Université. Il est cependant prévu que l'IUFM prenne en charge tout le volet " professionnalisation" de ces formations (analyse de pratiques professionnelles, organisation des stages, connaissance du système éducatif, …), et que ses équipes pédagogiques soient appelées à intervenir dans les unités d'enseignement disciplinaires, notamment lorsque leurs contenus de formation visent directement les épreuves du concours de recrutement CAPES.

4/ La mastérisation de la formation des maîtres peut être vue comme une réelle opportunité dans la mesure où elle garantit :

- la juste reconnaissance à BAC + 5 d'une formation délivrée à BAC + 5,

- la délivrance d'un Master au sortir de l'IUFM : actuellement, les étudiants échouant au concours de recrutement au professorat, soit la majorité des étudiants pour de nombreuses filières, ressortent de l'IUFM (parfois plusieurs années plus tard) sans aucun diplôme. Afin de tenir compte de cette donnée, les nouvelles maquettes ont été conçues avec une ouverture sur d'autres débouchés professionnels.

- la reconnaissance à l'échelle européenne d'une qualification professionnelle au professorat : actuellement, les CRPE, CAPES et Agrégation, aussi prestigieux soient-ils, n'ont aucune valeur dans les autres états européens.

Je terminerai cette mise au point salutaire sur une dernière considération positive, en notant que ce dossier a fourni aux quatre universités lorraines une occasion privilégiée de démontrer leur capacité à travailler ensemble. A l'évidence, c'est une grande réussite du genre, dont nous avons tout lieu de nous réjouir !

Florence Soriano-Gafiuk

Lundi, 16 juin 2008

Le challenge des IUFM

Depuis plusieurs semaines, les médias annoncent la suppression des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres). J’ai souhaité réagir en répondant aux questions les plus fréquemment posées sur ce thème.



Question 1 Les IUFM vont-ils vraiment disparaître ?

De fait, les IUFM, en tant qu’établissements autonomes, ont déjà disparu ! La loi d'orientation et de programme pour l’école (2005) prévoyait en effet le rattachement des IUFM aux universités. C’est ainsi que dans notre académie, l’IUFM de Lorraine est devenu depuis le 1er janvier 2008 une école interne de l’Université Henri Poincaré – Nancy I.

Il est donc plus pertinent de s’interroger sur l’avenir de ces nouvelles composantes au sein des universités plutôt que de s'inquiéter de la survie d’un institut universitaire qui, dans les faits, n’existe déjà plus !

Question 2 L’intégration de l’IUFM devait s’apparenter à une manœuvre technique et administrative. Qu’en est-il vraiment ?



L’intégration de l’IUFM est en fait une étape du processus d’universitarisation de la formation des enseignants, conforme aux directives européennes.

La première étape en a été, en 1990, la suppression des CPR (Centres Pédagogiques Régionaux) et des écoles normales et la création des IUFM. Nous venons d'en franchir la seconde étape, celle du rattachement de l’IUFM à une université, avec ses phases de turbulences relatives au choix de l’université intégratrice dans le contexte géographique particulier de la Lorraine. C’est la troisième étape, celle de la masterisation de la formation des maîtres, qui génère aujourd’hui un nouveau tollé suite au formidable coup médiatique annonçant la suppression pure et simple des IUFM – à la grande satisfaction d’une partie de l’électorat français (de droite !).



L’universitarisation de l’IUFM est donc un processus politique et politisé à des échelles aussi bien nationale que locale, dont les effets sur la formation des enseignants doivent être maîtrisés.

Question 3 En quoi le projet du Président de la République peut-il menacer les IUFM ?



Avant d’aller plus avant, je souhaiterais préciser que la masterisation de la formation des maîtres était une demande légitime des IUFM depuis déjà près de 8 ans.

La menace relève aussi bien de la masterisation de la formation des maîtres que de la réforme des universités qui tend à donner les moyens aux très grosses structures, et à fermer les centres universitaires plus modestes. Bien entendu, les conditions futures seront largement déterminées par un certain nombre de choix opérés à l'échelle nationale (nature du concours de recrutement, et habilitation de masters professionnels), mais pas uniquement.



Les masters « métiers de l’enseignement » seront, comme tous les masters, des formations « à » et « par » la recherche, et de fait, seront coportés avec les départements disciplinaires des universités partenaires.

Disons-le, la survie d’un IUFM dépendra dans une large mesure de sa capacité d’infiltration dans les composantes universitaires mais aussi de son adéquation avec les contextes locaux (soutien des élus politiques, efficacité et spécificité de la formation, effectifs des étudiants,…).

Question 4 Quel est l’intérêt de masteriser la formation des maîtres ?

Outre la juste reconnaissance d’une formation universitaire dispensée à BAC + 5, la délivrance du master présente trois avantages essentiels :

  • la revalorisation du métier de professeur, et notamment des débuts de carrière,
  • l’accès à des études doctorales,
  • la mobilité européenne des enseignants (puisque la réforme du LMD permet la reconnaissance des diplômes universitaires au-delà des frontières de l’hexagone).

Question 5 ''Quels sont les risques de la masterisation de la formation des maîtres ? '' Les risques existent bel et bien :

  • les dangereux effets sociétaires qui pourraient voir écarter les étudiants issus des couches défavorisées, alors que les enseignants seront confrontés à des élèves de toutes les couches sociales,
  • la césure avec le corps d’inspection, alors qu’il est important de conserver du lien entre formateurs et employeur.
  • le déséquilibre de la formation que génèrerait la prédominance d’enseignements purement académiques, alors que le Président de la République évoque dans son discours « l’exercice de l’autorité devenu plus difficile » et « la complexité croissante » de la mission des enseignants.

Question 6 Que devient le concours de recrutement des professeurs ?

Le nouveau concours de recrutement des professeurs sera ouvert aux étudiants titulaires du Master (jusqu’à présent, la Licence suffisait). Si nous savons la première session de ce concours programmée pour l’année universitaire 2010/2011, la nature des épreuves est encore une variable inconnue, mais essentielle puisque c’est d’elle que dépend le contenu des enseignements de master et par suite, toute la formation initiale des enseignants.

Question 7 Que penser du dispositif de compagnonnage proposé par le Président de la République ?



Les lauréats du concours actuel suivent un an de formation professionnelle (comprenant plusieurs stages) et sont titularisés en fin d’année - du moins si le niveau de leurs compétences à l’exercice du métier est jugé suffisant par l’employeur.



Dans le nouveau mode de recrutement des enseignants, les lauréats au concours seraient automatiquement titularisés et placés d’emblée sur le terrain sans aucune autre formation, procédure inconsidérée compte tenu des difficultés inhérentes à l'exercice de ce métier pour une personne totalement inexpérimentée. Ainsi, le dispositif de compagnonnage proposé par le Président de la République serait le seul appoint susceptible d'amoindrir un peu les risques encourus à placer des débutants complets face à des classes éventuellement difficiles, mais il apparaît de manière claire que cette mesure est notoirement insuffisante !

Le professeur néotitulaire ne sera, dans le cadre d'un tel dispositif, confronté qu’au seul point de vue du "compagnon", dans un contexte particulier donné, alors qu’au contraire, l’enseignant recruté pour 40 ans doit être en mesure de relativiser, d’analyser et de s’adapter à toutes les situations de classe, y compris celles de l’école de demain.

Le dispositif de compagnonnage ne saurait donc trouver d'utilité qu'en complément d’un master professionnel aux métiers de l’enseignement.

Question 8 Pourquoi la formation dispensée par les IUFM est-elle si décriée ?

Rappelons d’abord que la formation des maîtres a toujours semblé idéologiquement suspecte, et les IUFM considérés comme des nids autour de gauchistes.

Ensuite, disons-le sans ambages, les modalités de fonctionnement des IUFM n’ont pas permis à ces instituts d’effectuer un travail satisfaisant : P. Baranger, Président de la Conférence des Directeurs d’IUFM, déclare que : « les trois années de Licence nous échappent, la quatrième année n’est que bachotage (NDLR : préparation au concours de recrutement, portant sur des savoirs purement académiques) et la quatrième année n’est que surmenage (NDLR : apprentissage à un métier difficile en quelques mois seulement) ».



Ceci nous ramène à mes propos de départ : ce ne sont pas les IUFM qu’il faut sauver, mais la formation initiale des maîtres.

Question 9 La plupart des intervenants de l’IUFM sont des enseignants du premier ou du second degré, non titulaires d’un Master. Auront-ils légitimité à assurer des enseignements niveau Master ?

Les masters « métiers de l’enseignement » seront des masters professionnels ; ils comprendront donc :

  • des enseignements académiques qui seront bien entendu assurés par des universitaires (entendez-là des enseignants-chercheurs)
  • des formations de pratiques professionnelles qui seront légitimement assurés par des professionnels. Or, les professionnels du professorat des écoles, ou des collèges et lycées, sont justement les enseignants en poste dans le premier ou second degré.

En bref

Les étudiants se destinant au professorat :

1/ effectueront deux années d’études universitaires supplémentaires

2/ passeront le concours et seront rémunérés un an plus tard

3/ seront titularisés un an plus tard

4/ seront mieux rémunérés en début de carrière.

Lundi, 24 mars 2008

Les métiers qui recrutent en alternance

C’est suite à la publication par le MEDEF de la Lorraine, du guide « 50 métiers qui recrutent en alternance » que j’ai souhaité écrire ces quelques lignes dans le contexte particulier où les modalités de recrutement des enseignants sont plus que jamais à l’ordre du jour des débats politiques.

Dans la visée d’une meilleure harmonisation des systèmes de l’enseignement supérieur à l’échelle européenne, l’admissibilité au concours de recrutement des professeurs, sans doute prévu à l’issue du Master 2, déboucherait sur l’exercice à temps complet du métier sur le terrain.

Ce projet interpelle dans la mesure où il conduit à la titularisation d’enseignants n’ayant bénéficié d’aucune formation professionnelle initiale, alors que le métier de professeur s’avère de plus en plus difficile.

Le cahier des charges de la formation des maîtres, publié le 19 décembre 2006 par le Ministère, mentionnait expressément que :

Enseigner est un métier qui s’apprend. Faire cours et faire apprendre, conduire une classe et individualiser son enseignement, exiger des efforts et donner confiance, susciter l’intérêt, évaluer les aptitudes et percevoir les talents, aider à l’orientation. Tout cela nécessite une formation initiale et continue approfondie : rien ne doit être laissé aux aléas de la vocation pédagogique ou du hasard professionnel.

Pourtant, il est aujourd’hui envisagé qu’un Master purement disciplinaire puisse se substituer à la formation jusqu’ici assurée par les IUFM (*), c’est-à-dire à une formation d’adultes, professionnelle, à caractère universitaire, et en alternance.

Est-il utile de le rappeler ? Une formation en alternance suppose bien entendu des activités de terrain, mais surtout un va-et-vient, un aller-retour, entre les enseignements à l’Ecole et les différentes situations pratiques du terrain. La formation a pour vocation de préparer et de réinterroger après coup les situations d’exercice, alors que l’expérience sur le lieu de travail permet de nourrir les réflexions menées à l’Ecole. C’est bien là une caractéristique essentielle des formations professionnelles, et nul ne doit s’étonner si autant de métiers, dans des secteurs bien différents (de l’industrie au commerce et services, en passant par le bâtiment et travaux publics) et à tous les niveaux d’étude, recrutent désormais en alternance.

De fait, si nous souhaitons pérenniser la qualité de la formation des enseignants, tout en tenant compte de l'européanisation de notre système d'enseignement, il est impératif de :

  • mettre en place des Masters offrant un parcours véritablement professionnalisant aux métiers de l’enseignement
  • créer un concours de recrutement comptant une épreuve professionnelle convoquant une expérience du terrain.

C’est avec impatience que j’attends les conclusions des négociations entre toutes nos instances tutélaires.

Florence Soriano-Gafiuk

Lundi, 21 mai 2007

Vers une harmonisation des systèmes éducatifs européens

Afin de favoriser la mobilité professionnelle, facteur de réussite économique de l’Europe, il était essentiel de :

- renforcer l’enseignement des langues et le sentiment chez les jeunes d’être de futurs citoyens européens,

- faciliter la mobilité des étudiants en tentant d’harmoniser les systèmes d’enseignement européens.

En France, deux étapes de ce processus d’harmonisation peuvent être notées.

La première est la transformation progressive des cursus universitaires selon le schéma LMD (Licence – Master – Doctorat) réalisé dans le cadre de la construction de l'Espace européen de l'enseignement supérieur (dit Processus de Bologne), et dont l’objectif est de placer les systèmes nationaux diversifiés dans un cadre commun, et ainsi de faciliter les équivalences entre les diplômes (grâce aux ECTS).

La seconde est l’universitarisation de la formation des enseignants, dont le processus avait débuté en 1990 avec la création des IUFM, poursuit avec l’intégration des IUFM aux Universités, et devrait s’achever avec la masterisation de la formation initiale des maîtres.

Au niveau de l’enseignement des premier et second degrés, les difficultés semblent plus grandes en raison du souhait des européens de maintenir les spécificités de leur système éducatif qui donnent âme au peuple et renforcent le sentiment d’appartenance nationale.

Alors qu’en est-il vraiment des possibilités d’harmonisation?

Avant de répondre à cette question, nous allons rappeler la classification des systèmes éducatifs publiée par Francine VANISCOTTE :

1/ l’Ecole unique (Danemark, Suède, Norvège, Islande, Finlande)

L’Ecole unique des pays scandinaves prévoit le même enseignement pour tous les enfants et durant toute la durée de la scolarité obligatoire, soit jusqu’à l’âge de 16 ans. Elle attache la qualité de l’Education à l’épanouissement de l’enfant : les redoublements n’existent donc pas, et l’orientation vers une formation professionnelle n’est envisageable qu’au-delà de cette phase de scolarité obligatoire.

2/ L’Ecole polyvalente (Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Irlande du Nord)

L’Ecole polyvalente ne prévoit pas un unique programme, mais toute une gamme de cours optionnels : les parcours des élèves sont donc personnalisés. Cette Ecole n’unifie pas le primaire et le secondaire comme pour les pays scandainaves, mais recherche une continuité entre le secondaire inférieur (collège) et le secondaire supérieur (lycée). Là aussi, l’orientation professionnelle n’est envisageable qu’au-delà de la scolarité obligatoire. Notons que l’Ecole polyvalente n’accueille que 90 % des enfants : le reste des élèves fréquente des écoles plus traditionnelles.

3/ L’Ecole à filières (Allemagne, Autrice, Luxembourg, Suisses, Pays-Bas et Belgique)

L’Ecole à filières repose sur l’orientation précoce, bien avant la fin de la scolarité obligatoire, destinée à favoriser l’insertion sociale et professionnelle. Les échanges avec le monde du travail sont donc très denses. L’exemple le plus significatif est celui de l’Allemagne qui prévoit une orientation des élèves dès l’âge de 10 ans, même si des passerelles sont possibles entre les différents cursus.

Dans tous ces pays, l’orientation professionnelle n’est pas comme en France ressentie comme une filière d’échec, mais au contraire est très valorisée.

4/ Le tronc commun (France, Italie, Espagne, Grèce, Portugal)

Pour les pays de tradition catholique (à l’exception de la Grèce qui est orthodoxe), la structure du système éducatif, connue pour osciller au gré des réformes, pourrait être à la fois vue comme un tronc commun et comme un compromis entre les autres types de systèmes, dans le sens qu’elle tend à répondre aux demandes sociales de qualité et d’équité, mais que les jeux d’options permettent les réorientations et les sélections. Cette catégorie de pays est caractérisée par l’importance accordée à l’évaluation.

F. VANISCOTTE conclut que la scolarité d’un petit danois et celle d’un petit allemand « sont donc bien différentes. L’un garde toutes les possibilités ouvertes jusqu’à l’âge de 16 ans, alors que l’autre voit son champ d’activités se rétrécir et se spécialiser très jeune. »

Malgré tout, des éléments de convergence existent et pourraient certainement conduire, sinon à une harmonisation structurelle ou organisationnelle des systèmes éducatifs européens, à la construction d’un cadre et d’un portfolio européens de savoirs et de compétences, comme nous en connaissons déjà la formule pour l’apprentissage des langues. Cette idée prend sens dans la mesure où les différents systèmes éducatifs européens ont des orientations communes :

- développer des programmes européens

- favoriser la maîtrise des nouvelles technologies de communication et d’information

- favoriser l’enseignement des langues et les échanges éducatifs avec l’étranger

- ouvrir l’Ecole vers le monde extérieur, et en particulier vers le monde du travail.

Le défi s’annonce donc immense, mais passionnant…

Mercredi, 9 mai 2007

IUFM : vers une universitarisation réussie

La création en 1990 des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) répondait à la nécessité d’universitariser la formation initiale des enseignants afin de promouvoir les métiers de l’enseignement et d’harmoniser notre système de formation avec les systèmes universitaires européens, dans un contexte national qui voulait l’amélioration de la qualité de la formation des maîtres et qui prévoyait le recrutement massif de professeurs.

La création des IUFM pouvait donc être perçue comme l’étape transitoire du processus d’universitarisation de la formation des maîtres, dont la dernière phase, prévue par la loi de Fillon de 2005 pour une mise en application en avril 2008 au plus tard, est l’intégration pure et simple de l’IUFM à l’Université.

Aujourd’hui, 17 ans plus tard, le contexte a cependant bien changé, à l’échelle nationale puisque l’Etat prévoit de recruter moins et de former autrement (nouveaux outils technologiques, formation à distance, pédagogie différenciée, coopérations avec des partenaires étrangers,…) et à l’échelle internationale, puisque l’Education française en général, et la formation des maîtres en particulier, bien qu’assommée par des réformes successives (qui ne permettent pas à l’existant de mûrir pour prendre toute sa valeur), a perdu sa place dans le peloton de tête des pays européens.

Les défis lancés aux IUFM sont donc nombreux. Je n’en développerai que quelques uns.

1. Réussir à combiner la culture universitaire avec la mission de prestataire de services de l’IUFM

Si l’universitarisation répond à une certaine logique (d’harmonisation européenne), elle entre en revanche en opposition avec l’autonomie de plus en plus grande (et incessamment demandée par les Présidents) des Universités françaises, puisque la formation des maîtres par la parution dans le bulletin officiel d’un cahier des charges, par l’élaboration d’une commission d’évaluation et par la représentation forte de l’employeur dans le conseil d’école de l’IUFM, sera clairement pilotée par l’Etat (et non l’Université).

2. Réussir à développer une politique commune de formation des maîtres des universités

Parce que l’IUFM doit être intégrée dans une université et une seule, alors qu’elle a pour mission de préparer au concours de recrutement tous les étudiants de la région, et de former au métier tous les professeurs stagiaires de l’académie, une charte de politique commune et riche de formation des maîtres devrait pouvoir être signée entre les différentes universités de la Région.

3. Réussir à favoriser l’information et l’orientation des étudiants intéressés par les métiers de l’enseignement (pour une optimisation quantitative de la formation)

4. Réussir à élaborer de véritables curricula de formation (pour une optimisation qualitative de la formation)

Le cahier des charges de la formation des maîtres prévoit des curricula de formation qui s’étendraient désormais, non plus sur une seule année, mais sur sept années (du L1 au T2).

D’autres créneaux de formation seront certainement ouverts : certains IUFM déjà intégrés sont par exemple sollicités par le Centre d’Initiation à l’Enseignement Supérieur, donc dans le cadre de la formation pédagogique des étudiants moniteurs d’enseignement et de recherche de l’Université.

Dans tous les cas, l’IUFM habitué sous les consignes ministérielles à renouveler tous les ans son plan de formation, appréciera de pouvoir inscrire son offre de formation dans le plan quadriennal de l’université.

5. Réussir à mastériser la formation des maîtres

La mastérisation de la formation des maîtres est sans doute l’un des plus grands enjeux de l’universitarisation, dans la mesure où elle permet la reconnaissance au niveau BAC + 5 des professeurs stagiaires, et replace la France sur le marché international. En effet, s’il devenait enfin possible de séparer les modalités de recrutement de la certification, la formation IUFM-ienne pourrait être proposée à tous les étudiants francophones dont le projet professionnel est le professorat. Elle deviendrait ainsi une formation reconnue (par une certification) et transférable (par la délivrance d’ECTS).

Quelques obstacles apparaissent cependant :

- Si l’Université diplômatise les connaissances, la mastérisation aux métiers de l’enseignement ne prendra sens qu’en tenant compte aussi bien des compétences que des connaissances. Sur cette base, le professeur stagiaire (concours très difficile en PE1/PLC1, et haut niveau de compétences en PE2/PLC2) méritera la délivrance de la totalité d’un master professionnel.

- L’architecture semestrialisée de l’offre de formation LMD en unités d’enseignement risque de découper la culture professionnelle.

- L’évaluation des unités d’enseignement est une difficulté majeure, puisqu’elle doit pouvoir mesurer les dix compétences exigées par l’employeur, qui, par nature en tant que finalités semblent justement difficilement évaluables. Comment par exemple mesurer la compétence d’un stagiaire à « agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable » ?

6. Réussir à mettre en place une formation universitaire professionnelle

Réussir l’intégration de l’IUFM à l’Université, c’est donc réussir à articuler deux processus en tension : la professionnalisation et l’universitarisation.

Les nouveaux plans de formation, basés sur le principe de l’alternance, devront favoriser :

- la transformation en savoirs de professeurs les savoirs acquis comme savoirs d’élèves

- une distanciation critique sur la discipline et sur son enseignement

- l’ancrage de l’action professionnelle sur des savoirs de haut niveau et issus des sciences humaines et sociales

- la réflexivité sur la pratique et l’action professionnelle en vue d’une professionnalisation durable : en effet, parce que l’IUFM forme des enseignants pour 40 ans de carrière, les enseignants doivent être en mesure au fil des réformes et des problèmes professionnels d’ajuster leurs pratiques et de transférer leurs savoirs.

7. Réussir à maintenir, voire développer, la formation de formateurs

Nombreux formateurs (professeurs des écoles associés, PIUFM, …) pourront mieux atteindre toute leur légitimité si leur niveau de qualification devient au moins égal à celui des apprenants. Dans ce cadre, il serait important que l’Université intégratice consente à favoriser une formation permettant l’accroissement de la qualification (Master et Doctorat) de tous ces collègues.

8. Réussir à légitimer la recherche en Education

En 1993, soit trois ans après leur création, les IUFM, pourtant qualifiés d’instituts universitaires, ont été en quelque sorte désuniversitarisés : la possibilité de créer des laboratoires de recherche ne leur est pas donnée.

Le défi est d’autant plus grand que la recherche en Education, en tension entre recherche scientifique et recherche de praticiens est souvent dénigrée.

9. Réussir à conserver la richesse de nos modes de fonctionnement

L’identité des IUFM, qui repose en particulier sur :

- une formation articulée autour d’objets de compétences
- une structure très spécifique (gouvernance, organigramme, multiplicité des implantations,…)
- une grande diversité de formateurs (PE, PLC, EMF, DEA, PLP, COP, CPE, IEN, IPRI, chef d’établissement, PRCE, PRAG, MCF, PU,…),

constitue l’une des grandes richesses et forces de ces instituts, qu’il est essentiel de conserver.

10. Réussir à conserver nos liens forts avec le milieu professionnel

11. Réussir à s’engager dans la formation continue des enseignants

12. Réussir à insérer et légitimer les échanges internationaux dans le continuum de formation des maîtres

13. Réussir à investir la formation à distance et son marché

Je voudrais terminer ce billet par une note plus rassurante face à ce processus d’universitarisation qui effraie tant les usagers de l’IUFM : croyons tous à l’hospitalité des universités, et au large champ de nouvelles actions qui va bientôt s’ouvrir à nous, tant sur le plan de la formation que sur celui de la recherche.

Vendredi, 13 avril 2007

Remerciements

Cher(e)s collègues, cher(e)s ami(e)s,

Après des semaines bien éprouvantes, j’ai aujourd’hui la joie de pouvoir vous informer de ma réintégration dans le laboratoire de Mathématiques et Applications de Metz.

Je vous adresse mes remerciements pour le soutien tant moral que professionnel que vous avez su m’apporter durant ces trois derniers mois.

Merci à toute la communauté mathématique. Elle constitue un joli monde. Un monde de justice et de solidarité.

Merci à tous les collègues qui ont alimenté le blog de soutien.

Merci à tous les collègues qui m’ont encouragée.

Je remercie plus particulièrement Laurent HABSIEGER, responsable du GDR de Théorie des Nombres, qui a joué un rôle clé dans les différentes étapes de médiation.

J’applaudis le courage de Jean-François JAULENT, qui fervent défenseur de valeurs éthiques, a osé se lancer dans une bataille incertaine.

Je pense aussi à Marie-Françoise ROY, Présidente de la Société Mathématique de France, et Véronique SLOVACEK-CHAUVEAU, Présidente de l’Association Femmes & Mathématiques, qui m’ont accompagnée tout au long de ce difficile conflit.

Je remercie Jean LUDWIG, directeur du LMAM, d’avoir su, hier après-midi, prendre la bonne décision.

Je souhaite terminer en laissant un message plus tendre à Michel WALDSCHMIDT, en qui j’ai trouvé un ami et à qui je serai pour toujours infiniment reconnaissante. Sans lui, je ne pourrais pas aujourd’hui rédiger ce message.

Soyez certains que je serais prête à aider les collègues en souffrance et dont les conditions de travail seraient dégradées.

Bien à vous tous

Florence Soriano-Gafiuk

Lundi, 26 mars 2007

L’Université française boycottée par les élèves des lycées français à l’étranger…

Le Ministère des Affaires Etrangères, et le Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ont signé en décembre une convention avec les trois conférences d’établissements d’enseignement supérieur, pour tenter de promouvoir les Centres pour les Etudes en France (CEF), désormais connus sous l’appellation Campus France, et dont la principale mission est d’améliorer l’accueil et de faciliter les démarches des étudiants étrangers qui souhaitent poursuivre leurs études en France, et ainsi de répondre au défi de la concurrence à l’échelle mondiale des établissements d’enseignement supérieur en renforçant l’attractivité de leurs formations.

Au premier abord, la France peut se réjouir de ses activités d’accueil d’étudiants étrangers, puisque elle vient d’être placée au troisième rang mondial, derrière les États-Unis et la Grande-Bretagne. Elle accueille près de 265 000 étudiants étrangers (soit environ 11 % de la population étudiante nationale).

Pourtant, d’autres chiffres, même si les ordres de grandeur sont sans comparaison à ceux qui viennent d’être affichés, doivent conduire à une réflexion.

Quels sont ces chiffres ?

La mission des 675 établissements scolaires français à l’étranger est de scolariser les enfants des expatriés, mais aussi de contribuer au rayonnement de la culture et de la langue française.

Dans ces établissements, le niveau des élèves est, nulle surprise, particulièrement bon : le taux de réussite au baccalauréat est de 93,5 %.

S’il est naturel de penser que ces néo-bacheliers pourraient projeter d’effectuer leurs études supérieures en France, force est de constater que près de deux tiers de ces jeunes choisissent un autre pays, tout simplement parce que l’image de l’Université française ne les attire pas.

Pourquoi une telle image ?

J’évoquerai quatre principales raisons.

1/ En France, l’Université est la seule filière d’enseignement supérieur ouverte : elle est donc mise en concurrence avec des filières fermées ou sélectives (les classes préparatoires, les BTS, les grandes écoles, les facultés privées, ...). C’est dans ce premier jeu d’opposition entrée sélective / entrée non sélective que se joue une partie de l’attractivité de l’Université.

2/ Le second handicap de l’Université française provient des moyens humains et financiers insuffisants qui sont alloués à la Recherche et à l’Enseignement Supérieur.

3/ Tous les ans, le classement, publié par l’Université de Shanghai, des 500 premières universités du monde est un véritable crève-cœur : sur les 100 premières universités, 4 seulement sont françaises. Ce classement, dont la méthodologie est très discutable, nuit considérablement à l’image de l’Université française.

4/ Les faits excessivement relatés par les médias dans le monde entier lors des situations de crise que connaissent parfois les universités françaises, dont l’exemple le plus récent est le mouvement national de contestation contre le CPE, assombrissent considérablement l’image de notre système d’enseignement supérieur.



Que faire ?

Si nous souhaitons sensibiliser et intéresser les élèves des établissements français à l’étranger, nous devons agir :

  • localement, en créant des relais entre les établissements français à l’étranger et l’Université française. Si le rôle associatif de Campus France peut peut-être contribuer à un tel projet, il est patent que la dimension humaine aura plus d’impact : des délégués doivent se déplacer dans chaque lycée français à l’étranger.
  • nationalement, en travaillant sur l’image de l’Université française (renforcer les liens avec les entreprises, promouvoir l’innovation, mais surtout, restructurer l’enseignement supérieur et la recherche de sorte que l’émiettement des forces savantes françaises soit évité). La création des PRES et la fusion de certaines universités - telle Nancy 1 et Nancy 2 qui deviennent Nancy Université à défaut d’une université lorraine qui aurait alors compté l’Université Paul Verlaine – Metz – constituent en ce sens une première étape.

De telles mesures agiraient positivement sur le choix d’orientation des néo-bacheliers issus des lycées français à l’étranger.

Dimanche, 18 février 2007

Accompagnement à la scolarité dans les lycées professionnels de la Lorraine

Le Conseil Régional et l’Université Paul Verlaine – Metz viennent de s’associer pour la mise en place d’un nouveau dispositif d’accompagnement à la scolarité des élèves des lycées professionnels (LEP).



Ce dispositif vise un public en difficulté scolaire, à qui il est souvent nécessaire de redonner confiance, et de réconcilier avec l’Ecole, pour qu’il prenne conscience de toutes ses potentialités et ait envie de s’investir dans la réalisation d’un projet personnel et professionnel.



Cette année, trois lycées professionnels de la Moselle, placés en Zone d’Education Prioritaire, ont accepté de s’engager à titre expérimental dans ce nouveau dispositif : 15 lycéens volontaires, tous en classe de terminale, bénéficieront de cours de soutien en mathématiques en vue de la préparation à l’examen du CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle) prévu en juin 2007.



Ces séances de tutorat sont assurées (bénévolement) par les étudiants de l’Université Paul Verlaine – Metz se destinant au professorat des écoles (en échange d’une prise en compte de leur investissement dans le barème d’admission en première année d’IUFM – préparation au concours).



Ces étudiants suivent pour cela une formation spécifique en pédagogie et didactique, financée par le conseil régional, et animée par un intervenant de l’IUFM de Lorraine : la première séance qui s’est tenue la veille des vacances de février, portait sur les contenus et les objectifs des programmes de mathématiques en LEP. Déjà, d’autres étudiants de l’Université ont spontanément fait part de leur souhait de participer à ce dispositif !



Si le bilan de cette fin d’année scolaire s’avérait positif, la démarche serait étendue dans d’autres LEP et pour d’autres disciplines (certainement, en français, anglais et allemand) dès la prochaine rentrée scolaire. Espérons donc la réussite au rendez-vous !

Lundi, 11 décembre 2006

Le programme de Réussite Educative

Le dispositif de Réussite Educative, tel qu’il est défini dans le plan de Cohésion Sociale, vise à donner leur chance aux enfants et adolescents ne bénéficiant pas d’un environnement social, familial et culturel favorable à leur réussite. Pour offrir toutes ses chances à chaque enfant, l’école joue un rôle prépondérant, mais elle ne peut pas tout. Une intervention est souvent nécessaire, en dehors du temps scolaire pour retravailler les apprentissages de base. C’est à cette nécessité que souhaite répondre le Programme de Réussite Educative en mettant en place des ateliers d’accompagnement à la scolarité pour les enfants en grandes difficultés.



En effet, l’accompagnement à la scolarité est l’ensemble des actions visant à offrir, aux côtés de l’Ecole, l’appui et les ressources nécessaires dont les enfants ont besoin pour réussir à l’Ecole, appui qu’ils ne trouvent pas toujours dans leur environnement familial.



Cet accompagnement à la scolarité ne se pose pas en alternative à l’Ecole, ni ne souhaite se substituer aux parents dans leurs responsabilités éducatives. Il constitue une dynamique d’accompagnement éducatif qui doit répondre aux besoins spécifiques des enfants.



Par exemple, depuis le printemps 2006, la MJC de Boileau-Prégénie a en partenariat de l’Université Paul Verlaine – Metz mis en place un dispositif de tutorat en mathématiques pour les écoles Pierre et Marie Curie, et Jacques Yves Cousteau, de la ville de Woippy. Une dizaine d’étudiants de l’Université viennent en effet, à hauteur de deux heures hebdomadaires, tutorer bénévolement un trinôme d’écoliers présentant des difficultés en Mathématiques.



De tels dispositifs permettent aux élèves de cycle 3 :

- d'acquérir des méthodes, des approches, des relations susceptibles de faciliter l'accès au savoir,

- de valoriser leurs acquis afin de renforcer leur autonomie personnelle et leur capacité de vie collective, notamment par la pratique de l'entreaide,

- d'accompagner les parents dans le suivi de la scolarité de leurs enfants.



Ce dispositif tout en étant une action de solidarité, entre dans le cadre d’un échange réciproque de services, puisqu’il permet aux étudiants se destinant aux métiers de l’enseignement :

- de vivre une expérience professionnelle par une mise en situation,

- de développer des connaissances sur la prise en charge d'un jeune public en difficulté scolaire,

- et enfin d'augmenter leurs chances d'admission à l'IUFM.

Naturellement, d’autres dispositifs d’accompagnement à la scolarité existent depuis déjà plusieurs années - nous pouvons citer le dispositif SUQE (Solidarité Université Quartiers Ecoles) qui recrute tous les ans une centaine d’étudiants de Metz Campus pour tutorer environ trois cent écoliers (aide aux devoirs, cette fois-ci pour l’ensemble des disciplines enseignées à l’école élémentaire) – alors que de nombreux nouveaux projets éducatifs sont à l’étude avec l’appui des collectivités territoriales et en partenariat de diverses associations.



Toutes ces actions éducatives qui exigent à la fois vigilance et énergie, reposent souvent sur le bénévolat et la bonne volonté des différents acteurs. Mais quelle belle récompense pour tous que de savoir un élève réconcilié avec l’Ecole, voire même parfois avec la Société, et donc, de pouvoir constater que l’on a ainsi contribué à placer un jeune dans une posture qui lui permettra de construire de façon favorable son avenir !